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20 juin 2005

Le surhomme, incarnation de la puissance

Les équivoques se dissipent dès qu’on examine le contenu de la puissance par laquelle Nietzsche définit la maîtrise dévolue au surhomme.
Cette puissance est essentiellement celle du créateur, associant le bien et le mal, le négatif et le positif, l’instinctif et le rationnel; chez lui, «règne cet effrayant égoïsme de l’artiste au regard d’airain, et qui se sait justifié d’avance dans son «œuvre», en toute éternité, comme la mère dans son enfant» (VII, 383). Le surhomme est prioritairement un artiste! Aimer, pour lui, c’est prodiguer des formes, c’est travailler une matière pour qu’elle rayonne l’éclat de la beauté.
Mais la puissance triomphe dans la véracité. Les nobles, par principe, sont les véridiques. «Ils ont le courage de voir les choses comme elles sont: tragiques» (XIV, 370). À cet égard, le surhomme procède nécessairement de cette caste des intellectuels dont Nietzsche dit: «Les intellectuels, étant les plus forts, trouvent leur bonheur là où d’autres périraient: dans le labyrinthe, dans la dureté envers soi-même et les autres, dans la tentation; leur joie c’est de se vaincre eux-mêmes» (VIII, 302).
Enfin le surhomme exprime, selon Nietzsche, l’adhésion la plus fervente à l’Éternel Retour. Il correspond au type de l’homme «synthétique, totalisateur, justificateur» (XVI, 287). Son vouloir, affranchi de toute culpabilité, de tout regret, de toute négation, n’est rien d’autre qu’amor fati. Affirmant l’éternité de la vie, il rachète l’ensemble du passé: «Nous justifierons, rétrospectivement, tous les défunts et nous donnerons un sens à leur vie si nous réussissons à pétrir de cette argile le Surhumain, et à donner ainsi un but à tout le passé» (XII, 360).
La jubilation du surhomme sera celle de Dionysos lui-même: «En partant du bonheur du Surhumain, Zarathoustra explique le secret: tout fait Retour» (XII, 401). Le surhomme incarne la souveraineté de la volonté de puissance en laquelle «le penseur, le créateur, l’amoureux sont un» (XII, 250). Il se dresse, à l’heure du «Grand Midi», lorsque l’ombre du désir métaphysique est la plus courte et que l’Idéal recule devant le soleil d’Apollon, qui est aussi le rire de Dionysos. Il est le Sens de la Terre.

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