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06 juillet 2005
Louis-Ferdinand Céline : écrivain (anti ?) humaniste !
« Oui, [je suis] tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu'il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne me résigne pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-ving-quinze millions et moi tout seul, c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux: je ne veux plus mourir. »
Ferdinand in Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
On peut bien calomnier Louis-Ferdinand Céline, comme le font certains, il s’agit de prendre de la hauteur, d’enfin envisager une œuvre profonde, riche, souvent humaine, de ses divers angles de vue. Céline le réformateur ! Céline le styliste ! Céline le mitrailleurs de la langue[1] ! Céline le plus grand écrivain du 20ème siècle aux côtés de l’inimitable Proust. Combien furent-ils à vouloir la peau du médecin, du vieux Destouches calomnié de toutes parts ? Ils eurent Drieu de la Rochelle, Robert Brasillach. Mais jamais Céline ! On peut affirmer sans risques de dérapage qu’il fut l’une des plus grandes plumes, l’une des plus grandes verves de ce siècle, enterrant les pauvres cafouilleurs qui se recopiaient entre eux. Ce moment du Voyage est une véritable scène d'anthologie. Roman de la petite bourgeoisie française de la première moitié du 20ème, dont on peut dire qu'il invitait en tout premier lieu à haïr la guerre. Le constat sans appel de Bardamu est d'autant plus conséquent qu'il repose en grande partie sur une "désillusion" quasi-générale : tant de souffrances, tant de sacrifices ne trouvèrent après guerre aucune récompense ! A tous ces deuils, toutes ces victimes, s'ajoute la vraie vision humaniste de l'écrivain, quoi qu'on dise de son antisémitisme, d'autant plus innattendu qu'au commencement du roman, Bardamu est le juif de ce microcosme[2]. On peut d'ailleurs reconnaître également à Céline une méditation intensive autour de ceux qui sont exclus, hors du coup, jugés différents. Il faut noter que Céline a été élevé au moment où la campagne d'hostilité contre Dreyfus battait son plein, dont l'affaire commence l'année de sa naissance. Donc pas un jour sans entendre parler des juifs. Ce qui a très certainement marqué le garçon. Impossible qu'il ne puisse se persuader, entre dreyfusards et antidreyfusards que les juifs ne forment une société spéciale. Une conviction qui ne devait pas s'accompagner nécessairement d'une hostilité ou d'un antisémitisme particulier. Mais qui demeurait tout de même une vraie porte à l'antisémitisme. Une conception du mot "juif" à laquelle il restera attaché sans jamais lui donner la moindre évolution, et qui lui jouera sûrement quelques tours au moment où Elisabeth Craig, sa compagne, se marie avec cet avocat juif, réveillant en lui, les "monstres" de l'antisémitisme sommeillant. Mais la définition qu'il donne au mot "juif" en étonnera plus d'un, jusqu'à l'antisémite le plus convaincu. Dès lors, deviennent juifs tous ceux qu'ils craint : noirs, jaunes, comme tous ceux qu'il honnis. Gallimard ou Gide crurent, avec Bagatelles pour un massacre, à la farce de conséquence destinée à combattre le racisme par le ridicule. Il suffit de relire aujourd'hui ces piètres pamphlets pour être aussitôt convaincu qu'ils sont véritablement sans "danger". N'en demeure pas moins que le Voyage est un roman-monstre, très jubilatoire. Un roman à relire régulièrement…
[1] Maurice G. Dantec, Théâtre des opérations, Gallimard.
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