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05 juillet 2005
Le vrai
Quand le sujet s’oppose à l’objet, la vérité semble s’identifier à l’adéquation de l’entendement, la représentation et de la chose.
Mais comment puis-je comparer une représentation avec ce qui est hors d’elle ?
En réalité, la question ne se pose pas, nous dit Hegel, si la rationalité de ma pensée est celle-là même qui commande le mouvement des choses, je ne suis jamais hors du réel. Je suis d’emblée en lui et mes représentations en saisissent un certain contenu.
Il n’y a pas d’objet de la connaissance.
Le problème ce sera de comparer mes pensées avec un objet hors de ma pensée, mais mes pensées et leur rationalité. Et l’accord de ma pensée avec sa propre rationalité.
Un autre concept du vrai : non pas accord entre principe et chose, mais le vrai : c-à-d la réalité même en tant qu’elle est conforme à la rationalité et à son essence, par exemple le vrai soldat qui est conforme à son essence.
Si un problème d’adéquation se pose, c’est que le vrai a déjà par lui-même une posture ontologique : le vrai est déjà dans les choses.
Hegel a-t-il confondu deux problèmes ? Connaissance / Réalité.
Prenons un exemple : un faux Picasso : c’est la connaissance vraie à partir d’une chose fausse (Encyclopédie). D’un tel objet « mauvais » nous pouvons avoir une interprétation juste, « non mauvaise ».
Alors pourquoi Hegel assimile-t-il le vrai de la connaissance et le vrai de l’être ? La distorsion de la réalité ne peut pas se produire dans la science spéculative. C’est la connaissance finie des savoirs empiriques. En réalité, nous ne sommes pas hors de la réalité du monde, donc nos concepts ne peuvent être totalement faux, mais ils saisissent des aspects de la réalité. Ce n’est pas le rapport entre une détermination et le vrai, c-à-d le vrai au sens philosophique, à savoir la synthèse totale des déterminations.
Le vrai se déploie en soi, c’est la totalité (Encyclopédie, §14).
- 1er argument : la science comme spéculative présente le tout dans son processus rationnel. « Le vrai est le tout. Mais le tout n’est que l’essence s’achevant par son développement », Phénoménologie de l’esprit, 21/35[1]/83. Le caractère systématique de la connaissance répond au fait qu’elle porte sur le tout. C-à-d la vraie figure sur laquelle porte la Phénoménologie de l’esprit, Préface, 12/70.
- 2e argument :
a) Seul l’Absolu (Dieu) peut remplir la condition de l’accord de la chose et de son concept. Seul l’Absolu est à son essence. Phénoménologie de l’esprit : « cette conséquence : vérité = Absolu / Absolu = vérité », 51/133.
Voir également la note orale de l’Encyclopédie : les choses finies comme telles ne sont pas vraies : Dieu seul est le véritable accord du concept ; il est pleinement son essence ; les choses finies ne sont pas véritablement leur essence. Par exemple, le plus grand philosophe du monde n’est pas philosophe 24 heures sur 24. Il n’incarne donc pas pleinement la philosophie. Voir la note orale de l’Encyclopédie : « les choses finies doivent disparaître. » Donc, le mauvais philosophe n’est plus rationnel. Il n’est plus effectif en tant que philosophe. L’effectivité étant l’unité devenue immédiate dans son essence, de l’extérieur et de l’intérieur. L’intérieur va se manifester et donc l’existence va être conforme à l’extérieur dans ce cas-là. De ce fait, si le philosophe est mauvais du point de vue de son essence, il est fini. L’essence est ce quoi s’extériorise. L’effectivité de la réalité est l’effectivité même, Encyclopédie, §242.
Le terme qu’utilise Hegel dans le texte allemand, virglish : effectif, est de très éclairant. Effectif précisé par ce terme signifie à la fois la Réalité et l’Existence. Or, Hegel fait une distinction à cause de l’étymologie même du mot : cause. On peut alors dire la chose suivante : pleins de gens ou d’époques de l’histoire sont réels, et pourtant ne sont plus effectifs, Encyclopédie, §6, remarque : « tout ce qui est réel est effectif et tout ce qui est effectif est réel. » C-à-d, en tant qu’égal à l’essence.
Mais cela ne signifie pas pour autant que tout ce qui existe est réel, mais le contraire : ce qui est effectif est ce qui dans le réel est conforme à l’Absolu, au mouvement de la Raison. Prenons l’exemple de la révolution française, le 13 juillet 1789, le règne survie, le 14 juillet au matin, l’ancien régime est ineffectif, ce qui fera dire à l’un des proches conseillers du roi qui lui disait « c’est une révolte ! », « non ! Sir ! C’est une Révolution ! ».
b) Les choses finies n’ont pas d’existence propre. Elles sont des manifestations des phénomènes de l’Absolu, et c’est l’Absolu qui est leur être véritable. Kant a présenté le phénomène comme la chose qui se présente à nos yeux. Or, pour Hegel, c’est comme l’Absolu apparaît. Et il le fait dans les choses finies. Le moindre être du phénomène n’est pas lié, mais à la finitude même des choses comme phénomènes. Selon la philosophie Kantienne, la dichotomie phénomène / chose en soi. Or, pour Hegel, les choses dont nous avons connaissance immédiatement ne sont pas phénomène mais sont des choses en soi, note orale de l’Encyclopédie, §122.
En récusant la chose en soi kantienne, Hegel montre que la vérité (au sens de connaissance) dépend de la perspective ontologique.
La coupure pour tel qu’il m’apparaît n’a de sens que pour une conscience finie, et qui se dit que la chose n’est pas en elle-même telle qu’elle se présente.
La relation même de la connaissance oblige la distinction entre la chose en elle-même et la chose qui apparaît. Du fait même, que le savoir empirique fait la différence entre l’objet et ce qu’elle en connaît, et donc la relation de connaissance se distingue de la conscience de l’objet, Introduction, Phénoménologie de l’esprit, 72/142.
Pour Hegel, la différence entre la chose en soi et le phénomène est une différence entre deux formes de conscience.
Mais il y a une opposition entre un en soi pour moi qui est un type de conscience, et le phénomène pour moi qui est un autre type de conscience. Le mouvement de la connaissance empirique ordinaire, c’est le mouvement pour réduire l’écart des deux. N’importe quel savant cherche à franchir la barrière de la connaissance pour descendre dans la chose elle-même. C-à-d, dépasser la relation que nous avons avec la chose pour descendre dans ce que nous ne connaissons pas encore.
C’est une inversion du concept de réalité de l’objet ; mais la réalité de l’objet est-elle un concept ? Est-ce que l’objet est bien conforme à son essence réelle ? Pour Hegel, ces deux questions en réalité n’ont font qu’une. Cela équivaut à :
Est-ce que ce que je vois est bien vrai ?
La chose en soi est la chose réelle, c-à-d conforme à son essence. Donc, la chose en soi est la chose réellement connue. « Il y a une épreuve, si l’objet correspond à son concept », Phénoménologie de l’esprit, Introduction, 71/141. Il faut rapporter cette idée à Kant, et sa révolution copernicienne (cf. CRP), c-à-d régler les objets sur les structures de nos connaissances, ce qui suppose que les objets eux-mêmes se règlent sur leur définition.
· En soi : en deçà de la connaissance
· Pour soi : en delà de la connaissance
Mais ils ne font qu’un. Par exemple, le chimiste étudie l’eau. Pour Hegel, il part de l’eau telle qu’elle apparaît, et descend à l’essence : H2O. Pour Hegel, il est parti du phénomène, et il est descendu à la chose en soi.
L’objet : ce qui jette devant ; cela suppose donc une relation. Mais Hegel nous dit qu’il a atteint la véritable structure de la chose.
Il y a une relation à l’étymologie allemande : Ding an sich, avec Sach an sich / Object an sich. L’entendement est cette puissance de décomposition. Pour Hegel dans ce travail naît la question de la raison. Les sciences empiriques supposent la question philosophique, au même titre que l’entendement suppose la raison.
La totalisation rationnelle vise le tout systématique qui est l’Absolu lui-même. Le vrai c’est le véritable. Donc les choses finies ne sont jamais véritablement conformes à leur essence, car leur essence c’est l’Absolu. Cela nous montre que la raison ne peut pas être une véritable faculté objective. (Encyclopédie, §24) Pour qu’il y ait une pensée objective de la connaissance, il faut que la Raison soit déployée dans le monde. Pour Hegel, la philosophie consiste à accepter le caractère non vrai du fini. Désigner le fini comme caractère idéel.
Toute philosophie ramène le fini à un principe infini, explicatif de la totalité de l’étant : « cette idéalité du fini est le principe fondamental du fini et toute philosophie est de ce fait un idéalisme », dit hegel.
L’idéalisme : il y a un principe infini, rationnel qui gouverne le fini.
Le matérialisme est malgré lui un idéalisme. Donc sans le savoir, sa position est intenable, car il ne se contente jamais des choses qui existent, mais prend en compte les principes infinis de l’existence.
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