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11 novembre 2005

Vers un pogrom annoncé : 1. La mort de Socrate

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« Cette explosion est d’abord celle d’une jouissance meurtrière, l’acte pervers consistant à se faire instrument de la jouissance du grand Autre », Slavoj Zizek, Bienvenue dans le désert du réel.

Par ce titre, je fais référence à un entretien accordé par Alain Finkielkraut à la radio RCJ, entretien sur lequel j’aurai l’occasion de revenir dans ces prochains jours. En attendant, suite à des mails et des commentaires qui me laissent songeur, j’aimerais rappeler la fin d’un homme qui est à la base même de notre culture humaniste. Celle de Socrate.

Socrate : un philosophe courageux :
J’aimerais rappeler le refus prompt que Socrate opposa en ce qui conerna la condamnation des généraux qui n'avaient pas recueilli les corps des naufragés à la bataille des Arginuses en 406 et en 404, sous la tyrannie des Trente. Sa critique ouverte des exécutions sommaires ordonnées par ces derniers, son refus de participer ne serait-ce qu’à une seule arrestation. Ce courage de Socrate s'associe à une grande « maîtrise de soi » et ce, en toutes circonstances ! Jamais ivre, même après avoir beaucoup bu, Socrate ne s'emporte jamais,  supporte avec flegme injures ou critiques, à la grande admiration d'Alcibiade, par exemple.
Ses disciples louent cette attitude et ce caractère. Sa méthode d'enseignement qui est la philosophie, et la pratique de celle-ci n'étaient pas non plus de tout repos.

L’ironie de Socrate
Socrate dérange les puissants, instruit les ignorants, dialectise avec tout honnête homme. Les esprits conservateurs verront d’ailleurs d’un très mauvais œil cette novation sur le plan de la pensée, et iront jusqu'à accuser Socrate d’athéisme, de corrompre la jeunesse et de nier les vieilles valeurs morales, - probablement plus pour s'en débarrasser que pour faire surgir la vérité ! - soulignant combien Socrate constitue un réel danger pour l'ordre social. En 399, Socrate est accusé par Anytos et deux autres hommes d’être : « coupable du crime de ne pas reconnaître les dieux reconnus par l'Etat et d'introduire des divinités nouvelles (…) de corrompre la jeunesse ». Après un procès retentissant, où Socrate refuse qu'on le défende, voulant s'en charger tout seul, il propose comme peine, pour sa conduite passée... d'être nourri au prytanée (honneur suprême !) pour le restant de ses jours. Cette proposition est prise comme une provocation, et il sera condamné à mort.
Socrate dit alors un dernier adieu à ses juges en les laissant sur cette formule ouverte : « Il est temps pour nous de nous quitter, moi pour mourir et vous pour vivre, et seul le dieu sait quel est le pire des châtiments ».

Enfermé en prison, Socrate n'est cependant pas exécuté immédiatement. Il faut encore que le vaisseau qui part à Délos chaque année porter des offrandes à Apollon soit de retour pour qu’une exécution capitale puisse avoir lieu.

Etre citoyen, c’est accepter les lois de la cité
Pendant les trente jours de son emprisonnement, Socrate s'entretient alors avec ses disciples qui lui proposent en vain un plan d'évasion.

Face à son vieil ami Criton qui le presse de s'évader, Socrate oppose un refus catégorique. Criton, en voulant le convaincre de fuir, se fait l'écho de l'opinion du plus grand nombre : « pourquoi mourir quand il est si facile de s'échapper ? » Mais Socrate choisit de mourir. Pourquoi ? Certes il est convaincu que sa condamnation est injuste. Mais lorsqu'il en discute avec ses amis, faisant intervenir les Lois de la cité dans la prosopopée, c’est une véritable profession de foi de civisme qu’il accomplit. Une profession de foi qui nous parle à nous, lecteurs d'aujourd'hui ! Comment rester insensibles aux affirmations de Socrate, à sa conception loyaliste de l'Etat, qui ne peut effectivement exister sans cette reconnaissance implicite du bien-fondé de ses institutions. Athènes à abrité et protégé Socrate. Il en a accepté les droits et les devoirs. Sa sentence est peut-être injuste. Mais ce n’est pas à Socrate de le dire. Car Socrate est citoyen d’Athènes. Il le restera jusque dans sa condamnation. Pas de traîtrise. Pas de désolidarisation du groupe dont il est membre à part entière. Platon fera de sa mort un événement qui ne cesse de nous faire réfléchir. Surtout en ces jours sombres d’émeutes et d'incivilités extrêmes.

Piste à suivre :
Le temps des kaïra, par Raphaël Dargent

08:00 Publié dans La démocratie moribonde , Philosopher à coups de marteau , Politique , Post-humanisme , Société | Lien permanent | Envoyer cette note

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