17 décembre 2007
Faut-il craindre la science ? Note sur le parc humain

Quand les possibilités scientifiques se développent dans un domaine positif, les gens auraient tort de laisser agir à leur place, comme s’ils étaient aussi impuissants qu’avant, un pouvoir supérieur [...] On sait que les refus, les démissions sont condamnés à la stérilité : il faudrait donc à l’avenir jouer le jeu activement, et formuler un code des anthropotechnologies... Il suffit qu’il soit bien clair que les prochaines longues périodes seront pour l’humanité celles des décisions politiques concernant l’espèce. Ce qui se décidera, c’est si l’humanité ou ses principales parties seront capables d’introduire des procédures efficaces d’autoapprivoisement [...], si l’anthropotechnologie du futur ira jusqu’à une planification explicite des caractères génétiques, si l’humanité dans son entier sera capable de passer du fatalisme de la naissance à la naissance choisie et à la sélection prénatale... » Peter Sloterdijk.
Améliorer la race humaine
Dans son article Réflexions sur Hiroshima[1], Jean-Paul Sartre nous dit clairement que la bombe atomique inaugure une nouvelle ère. L’ère de l’homme sans Dieu. Ou plutôt de l’homme-dieu, cet homme qui a définitivement pris la place de Dieu, ce fauteuil si grand pour lui. Et la raison en est simple : on sait maintenant que la bombe atomique peut réellement mettre un terme à l’humanité, car elle peut tout simplement « faire sauter la planète ». L’humanité peut donc « être mise en possession de sa mort ». Pour les amateurs de Fukuyama, de Hegel, donc du grand concept de « fin de l’Histoire », cette fin possible de l’humanité que tous peuvent entrevoir avec un peu de bon sens remet en cause la signification même de l’aventure humaine, si celle-ci devait trouver une interruption brutale après un conflit nucléaire.
Car la bombe met immédiatement en présence le problème de la fin de l’histoire. L’histoire en tant qu’évolution. En détenant la bombe, en 1945, les armes bactériologiques depuis 1970, et la capacité d’interférer sur la volonté de la nature, en manipulant le génome, l’homme est parvenu à son achèvement : se désenclaver de la volonté divine. Détenir (enfin ?) le pouvoir de décider de lui-même et de son propre sort. On a cette impression que l’homme peut définitivement influer sur sa destinée.
Belle réponse à l’injonction cartésienne : il faut se faire comme maître et possesseur de la nature. Oui, j’ai bien souligné la conjonction « comme », car Descartes, bien plus fin et rusé que certains le pensent, savait que rien ne viendrait infléchir définitivement la volonté suprême de la Nature, reine mère qui mit l’homme au monde, et qui peut, un jour, le réaspirer vers elle. Le Tsunami est un premier signe avant-coureur. Les alertes des géologues en disent long. Comme si Dieu semblait tout doucement reprendre son siège, sur lequel l’homme semble bien minuscule.
Or, que représente exactement toute cette réflexion aujourd'hui ? Précisément le spectre de la toute puissance. Chaque fois l'ignorance des problèmes concrets nourrit tous les fantasmes de toute puissance en nous ramenant à la dimension mythologique. Cette dénonciation d'un totalitarisme et d'une toute puissance imaginaire a pour résultat d'empêcher toute régulation volontaire. Certes, toute régulation a ses limites. L’homme, quoi que pensent les hystériques de tous poils, ne sera « jamais » tout-puissant. Il suffit de se pencher sur toutes les catastrophes naturelles qui, ces dernières années, ont atteint l’homme ! Un scientifique pourra-t-il un jour programmer l'intelligence ? On pourra certes la détruire, rendre schizophrène, dérégler les fonctions vitales, mais aucune intervention sur le génome ne fera d’un enfant un prochain Mozart, ou un futur Hitler. Tous les mous du bulbe qui colportent de telles idioties sont de dangereux terroristes de la pensée. Par contre, la science peut déjà réparer des erreurs génétiques. N’est-ce pas un pas immense ? Et on pourra toujours se diluer dans de longs débats éthiques, mais si nous pouvons un jour permettre à un paralysé de redevenir valide, quel imbécile pourra recourir à la moindre valeur éthique pour empêcher cette nouvelle prouesse scientifique. Les manipulations génétiques, comme toute nouvelle innovation crée l’hystérie, l’angoisse, alimentent tous les fantasmes. Et certes, vous pourriez en vouloir à vos parents –mais finalement sera-ce suivit par beaucoup d’entre eux ?- s’ils avaient, avant votre naissance, changé certains de vos caractères secondaires comme la couleur de vos yeux et la couleur de vos cheveux, il ne faut tout de même pas trop s'affoler, comme dans les théories du Chaos, on se heurte à une limite à la prévisibilité des manipulations génétiques, à la fragilité du vivant constituant un facteur de rétroaction et d'intelligence qui ne saura être supprimée sans conséquences. On ne peut pas accepter la souffrance, il faut y répondre, en tenir compte et corriger le tir sans cesse. Le clonage thérapeutique qui sera, j’en suis sûr, l’une des révolutions majeures de ce siècle, crée encore aujourd'hui la controverse, car on lui fait trop souvent de mauvais procés.
Car, quoi ? Les évolutions de la science en biotechnologies sont loin de l’eugénisme nazi. Et tous les discours qui cherchent à attaquer les biotechnologies sur leur propre terrain, tel que celui de Habermas, relève d’une philosophie humaniste bien-pensante qui s’insurge, car elle pense que l’eugénisme fasciste d’antan n’est jamais loin de l’avenir biotechnologique.
L’humanisme petit bourgeois doit impérativement se remettre en question. Certes, il ne faut jamais oublier l’homme avec un grand « H ». Mais ce n’est pas le problème de l’eugénisme qui est ici en question. Les confusions dans lesquelles les nouvelles découvertes biotechnologiques qui perturbent actuellement scientifiques, philosophes, hommes politiques, nous conduisent un peu trop facilement à associer « eugénisme » et « génétique », parce qu’on retrouve le mot « gène ». L'eugénisme est également disqualifié d'office, sans autre forme de procès, pour les raisons historiques que l’on connaît. Hitler et ses fantasmes ayant notablement freiné durant ces cinquante dernières années, la pensée « eugéniste ». Jusqu’à la seconde Guerre mondiale, des généticiens de toutes nationalités, française, américaine, anglaise, « allemande », de tout horizon politique « étaient » eugénistes. Ils considéraient la génétique comme le meilleur moyen d’améliorer l’espèce humaine.
On est loin de l’eugénisme des nazis qui n'était qu'un fantasme pur. La génétique aujourd’hui moins fantasmatique, liée essentiellement au problème des biotechnologies et des applications de la génétique à l’homme, n’est d’ailleurs pas nécessairement celui de l’eugénisme. Non ! Il ne faut pas avoir peur de la science. Il s’agit d’adapter les outils de pensée pertinents, afin d’entreprendre une réflexion sereine et vigilante autour d’une avancée majeure de ce siècle : les manipulations génétiques, le clonage thérapeutique qui seront, demain, la possibilité pour beaucoup d’êtres humains d’éviter de grandes souffrances. D'améliorer la race humaine.
Peter Sloterdjik et le parc humain
Afin de mieux saisir la portée et la pertinence d’une telle idée, ça ne serait pas inutile d’aller faire un tour du côté de Peter Sloterdijk.
Peter Sloterdijk a créé un tollé et un véritable scandale en 1999, après avoir prononcé son allocution sur Les règles pour le parc humain[2]. Décidément, toute pensée en marge, pertinente, mais pas systématiquement calibrée aux paramètres de ce que l’on appelle la « pensée correcte », est aussitôt diabolisée, combattue, par une horde de bien-pensants dont le chef de file n’était autre, à ce moment-là, qu’Habermas lui-même, « prêts » à tous les meurtres, tous les nettoyages pour faire respecter leur vision du monde, et le respect de leur idée de la tolérance. Une tolérance qui devient parfois bien intolérante…
En se plongeant dans ce court texte publié aux éditions des mille et une nuits, on peut s’imprégner de ce discours savamment mené autour de ce que Sloterdjik appelle le « retour à la bestialité », ce retour qui se nourrit en autres de nouveaux jeux de cirque multimédia. Et quoi qu’en ait dit une horde de petits roquets de tout acabit, prêts à tous les meurtres, la problématique réelle du penseur allemand, loin d’être animée par la flamme sulfureuse de l’idéologie eugéniste, cachant par-là même le spectre du nazisme, était de se poser des questions essentielles autour de tout ce qui est lié aux biotechnologies, et leur intervention en ce qui concerne le futur processus de l’espèce.
S’interroger sur les voies que peut suivre l’humanité sur un apprivoisement d’elle-même. Questionner la sélection prénatale et ses revers. Revenir à Nietzsche et principalement à Heidegger et ce qu’il a appelé « la clairière », avec pour vif rappel que l’être humain en soi n’existe pas, et qu’il doit se produire lui-même dans une querelle permanente autour de son être non déterminé. Voilà de quoi révulser toute une tradition philosophique !
Ce qui a indigné ses auditeurs, parmi lesquels des philosophes et historiens juifs, c’est que Sloterdijk annonça derrière Heidegger la mort de l’humanisme. Nous disant, - mais n’est-ce pas à juste titre ? – que les fondements de la société actuelle ont changé, devenant « post-littéraires, post-épistolaires et donc post-humanistes ». Un constat explicitement référencé par des penseurs de la trempe des Nietzsche, Heidegger et Platon. Voilà qu'il n'est pas tolérable alors de constater (très légitimement !) l’échec de l’humanisme à domestiquer la face animale de l’homme ? Mais l'« infâme » ne s'en tint pas à ce seul pêché, se demandant dans la foulée si l’évolution ne va pas vers « une réforme des qualités de l’espèce », « une technologie anthropologique, y compris une planification explicite des caractéristiques » ; si « toute l’espèce humaine ne va pas passer d’un fatalisme de la naissance à une naissance choisie et une sélection prénatale ». Déplorant cette ignoble « bestialisation » de l’homme par les industries du divertissement, Sloterdijk envisagerait alors, voulant coûte que coûte contrer une telle dérive, une vraie « réforme génétique de l’espèce ». Les références au terme par exemple de « sélection » ont aussitôt réveillé de vieux démons dans le débat, démons qui l’ont emporté sur la juste raison. Mais n’aurions-nous pas mieux fait de nous pencher avec plus d'attention sur l'utilisation de la définition de ce terme par Sloterdijk lui-même au lieu de polluer le débat des spectres du nazisme ? Est-ce une attitude encore possible dans un univers intellectuel ou culturel dont le scandale demeure la seule vraie valeur aujourd'hui ?
Oui, les horizons de la technologie génétique sont bien mis en question par Peter Sloterdijk. Sur cela, il n'y a pas de doute. Et pourtant, que disait Sloterdjik, si ce n’est qu’« on doit enfin comprendre que, depuis toujours, les hommes ont été "faits" (...) par une combinaison de règles de classes et de castes, de règles de mariage et d’éducation - il s’agit bien d’une sélection. Entre-temps, de nouvelles possibilités d’optimisation sont en vue. C’est pourquoi il faudra convoquer dans les prochaines années des états généraux des sciences de l’homme pour discuter des limites de la biotechnologie et de la formulation d’un code de conduite » déclara-t-il dans un entretien avec l’hebdomadaire Focus. Certes, on peut comprendre qu’en Allemagne certains sujets, toujours emplis de soufre et de passion, empêchent de penser librement, notamment la « fameuse » question de l’eugénisme, encore trop absorbée par l’eugénisme nazi. Et on peut se demander si l’utilisation de ce terme de « sélection » était-elle seulement pertinente, ou si elle n’était pas réellement provocatrice ? Il faudrait alors se demander pourquoi…
Toujours est-il que Sloterdijk, pose l’idée non dénuée d’intérêt, au moins sur le plan théorique, que des manipulations génétiques pourraient permettre d’opérer une « sélection prénatale », voire une « planification explicite des caractéristiques » de l’espèce humaine en vue d’établir sa « domestication » sur des bases nouvelles.
Derrière Heidegger auquel il fait référence, Sloterdijk nous recommande de liquider les humanismes sur les décombres desquels on pourra faire apparaître un « homme nouveau », écrivant précisément : « Par quels moyens pourrait-on apprivoiser l’homme si même l’humanisme, véritable école de domestication, a échoué ? Qu’est-ce qui pourrait l’apprivoiser si, malgré toutes les expériences d’éducation de l’espèce humaine, la question de savoir qui forme les éducateurs à enseigner quoi n’est toujours pas claire ? » Puisque l’éducation traditionnelle ne fonctionne plus ne doit-on alors pas recourir à une régulation de l’espèce humaine par d’autres voies ?
D’où l’utilisation pertinente de potentialités inédites offertes par les manipulations génétiques pour envisager une nouvelle étape, celle-ci explicite, volontaire et consciente, de la domestication de l’humanité.
Mais quelle serait alors l’ignoble faute commise par Sloterdijk, si ce n’est de toucher là, aux « droits de l’homme » idéologies déjà dépassées, ou devenues quelque peu tyranniques ces dernières années.
Peter Sloterdijk touche également à la morale classique, à l’éthique, et remet fondamentalement en question les humanismes (qu’on croyaient éteints ces derniers temps), choquent les « bien pensants », crée la confusion, l’hystérie presque collective. Il n’est pas pour autant si novateur, ni nostalgique d’une période sombre de notre histoire où l’eugénisme fantasmatique sévit de façon dramatique. Non ! Relisez sa conférence, ses thèses ne sentent guère les relents de l’eugénisme nazie. Elles ont toutefois le mérite de reposer le problème de l’homme et son éducation, de son « élevage » dans les villes, « tâche zoopolitique » qui devient alors une véritable réflexion politique moderne.
La question que soulève ainsi Sloterdjik quant aux différentes sortes d’élevage fait irrémédiablement penser à Nietzsche et à cette lutte entre humanistes, éleveurs du petit homme, et sur-humanistes, éleveurs du surhomme. La question de l’anthropotechnique[3] est ici ouverte : c’est la question de la sélection. Peut-on parler de la « sélection », du « rôle du sélecteur » que joueront pendant longtemps culture et humanismes, sans se mettre en porte-à-faux avec la morale de nos temps présents, et notre idéal de démocratie, égalité de tous entre tous[4] ? Accepter d’accepter l’anthropotechnique, ce serait refuser l’aveuglement. Ce serait finalement redonner en dernier recours un « vrai » sens à l’humanisme, car ce serait redonner une place centrale à l’homme. Pas seulement au sein de la communauté humaine lettrée, mais également comme force opératoire sur lui-même[5].
Toute la polémique qui fut déclenchée suite à cette allocution prononcée par Peter Sloterdjik met en lumière avec un talent non dissimulé combien la question finale posée par le philosophe est brûlante et actuelle, et combien elle ne trouve toujours pas de réponse aujourd’hui : que reste-t-il quand l’homme est devenu savant et que, par conséquence logique, Dieu a quitté la scène ? Car, « on ne doit pas oublier que chez Platon, nous rappelle Sloterdjik, Dieu est le seul être envisagé comme gardien et éleveur originel des hommes ». Tout au plus, demeure-t-il quelques livres de sages disparus. Livres que personne ne pense plus à lire. Tout au plus restent-ils quelques archivistes, bibliothécaires-gardiens d’archives de sagesse n’ayant plus aucune efficience car, on peut le dire, en paraphrasant Paul Ricœur, un monde de textes qui ne serait pas saisi ou approprié par un monde de lecteurs, ne serait qu'un monde de textes possibles, inertes, sans véritable existence. Ainsi sommes-nous renvoyés à notre responsabilité : nous devons repenser notre approche de l’anthropotechnique et notre approche de ces « livres déterminants de jadis » qui ont bien cessé « d’être des lettres d’amis ». Ainsi dit le philosophe, il est bien rare « que des archivistes redescendent vers les antiquités textuelles pour aller chercher des propos anciens sur des questions modernes ». Et nous devons le déplorer. Ces humanistes-là ayant disparu, nous n’avons plus l’habitude de rouvrir les textes antiques pour nous rendre compte que notre vie confuse n’est que réponse confuse à des questions posées jadis, on ne sait plus bien où ! C’est ainsi ! Aux humanistes ont succédé les archivistes d’un monde sans lumière.
Piste à suivre :
Des choses et des fantômes, par Transhumain.
03:35 Publié dans Philosopher à coups de marteau, Philosophie, Politique, Post-humanisme, Réflexions post-métaphysiques, Science, Société | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peter sloterdijk, la science, l'eugénisme, le parc humain


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Commentaires
"Berechit hayah ha-davar"
La volonté divine, c'est le Verbe de Dieu.
Les puissances de Dieu sont des émanations de Sa Royauté (malkhout).
Le LOGOS de Philon d'Alexandrie (dit Philon le Juif) est ce trait d'union de la volonté Une "et" agissante.
Les chrétiens, surtout la tradition orthodoxe, distinguent Son essence et les énergies incréées (surtout les Pères de l'Eglise, cf. La Philocalie).
Dieu = Force au même titre que Alsace = Choucroute.
Bien à vous,
Ecrit par : Le Logocrate | 23 novembre 2005
Je vote pour la Filoucratie !
Ecrit par : Démocrate à donf ! | 24 novembre 2005
Démocrate, peut-être m'expliquerez-vous un jour le sens de votre intervention !
Ecrit par : Marc A. | 24 novembre 2005
Volonté divine ? On peut imaginer comme chez Leibniz ou Hegel, un Dieu qui emmène les hommes vers une fin : un progrès réalisé.
Ecrit par : Marc A. | 24 novembre 2005
Il faudrait donc faire le point sur ce que l'on entend par le concept de "détermination" et par celui de "finalité" pour éclaircir la source de la volonté.
"Détermination" veut-il dire ici "pré-destination", eX-Time ?
Question : la volonté peut-elle être sans objet, intransitive, "pure volonté" ? Si oui, elle peut s'apparenter à une Force. La volonté sans objet est une notion problématique si on la considère du seul point de vue de l'ontologie ; et du point de vue de la phénoménologie, n'est-elle pas la Raison immanente au devenir historique ?
Ecrit par : Le Logocrate | 24 novembre 2005
Cela dit, la question ici est moins Dieu que l'homme-dieu.
A vous
Ecrit par : Marc A. | 24 novembre 2005
L'homme-dieu, en effet...
"Améliorer la race humaine", annoncez-vous, Marc, dans votre bel article que j'ai déjà salué par ailleurs.Je crois que tout ce qui prend acte de notre "imperfection essentielle" est la source même de l'énergie créatrice (et participe, de fait, à la volonté du Très-Haut)... "Non sum dignus", dans cette maxime je vois le seul garde-fou, éthiquement valable, à toutes les exécrations commises au nom de la Science. L'Humilité ne signifie en effet ni la reddition ni l'abandon de toute volonté de "perfectionnement"... Ah ! Les jérémiades sulpiciennes de ceux qui, le cul vissé sur la DDDH, brandissent la sacro-sainte notion de "dignité humaine" pour empêcher toute "manipulation du vivant", pour calcifier la création dans un toujours-déjà-là qu'ils contemplent, repus, sans crainte ni tremblement.
Shalom à vous, eX-Time et Marc,
Ecrit par : Le Logocrate | 24 novembre 2005
La "volonté du Très-Haut", dites-vous, Logocrate ? "La volonté suprême de la Nature, dites-vous, Marc ?... Volonté sans objet alors, en effet : manière purement tautologique, en somme, de suggérer une quelconque finalité (question de foi, donc, et non de science ou de philosophie).
Pour le reste, Marc, Ex-Time et Logocrate, j'abonde évidemment dans votre sens, mon pseudonyme en témoigne ! Pour autant, méfiez-vous de l'idée fausse d'une "amélioration" technicienne de l'espèce (espèce, et non race comme vous l'écrivez) qui est à la source des idéologies eugénistes (l'eugénisme est un utilitarisme : il subordonne l'individu à la collectivité ; l'autre face, en somme, du système néolibéral qui glorifie l'individu et ses moindres pulsions) parce qu'elle considère l'humanité comme un seul homme. Une monade. Je préfère donc pour ma part évoquer la possibilité, la nécessité d'un "progrès mélioratif". Permettez-moi de citer un extrait de la 4e partie de l'article "Des choses et des fantômes" que vous avez lié ci-dessus, et auquel je ne retire pas une ligne. J'y écrivais :
"L’idée [...] d’un progrès mélioratif, processus sans sujet et dépourvu de telos, ne présuppose plus aucune finalité de perfection ni même de perfectibilité (dont la réalisation effective n’est d’ailleurs que pure conjecture) mais seulement l’idée d’évolution, de dépassement d’un état ponctuel, d’amélioration des conditions de vie – ce qui ne nous exempte pas, j’en conviens volontiers, d’encadrer la recherche d’une éthique rigoureuse, comme le préconisent entre autres Peter Sloterdijk et Pierre-André Taguieff."
Amélioration des conditions de vie, donc, mais pas de l'espèce ! Comme vous l'avez vous-même suggéré, l'intelligence n'est pas programmable pour la bonne raison qu'elle est en grande partie exogène. Et de la même façon, l'intelligence de l'espèce ne saurait être "améliorée" ou "perfectionnée" sinon au détriment de l'individu (l'humanité deviendrait alors Machine).
A propos de clonage et de questions éthiques, les commentateurs des deux bords (technophobes et fanatiques de l'éthique d'une part, pro-anthropotechniciens d'autre part) oublient souvent de rappeler - je ne suis pourtant pas spécialiste - que l'environnement jouerait un grand rôle dans l'évolution génétique de l'individu et de l'espèce. Le génôme ne serait pas une carte aux coordonnées fixes comme la partition perforée d'un piano mécanique, mais le support d'un réseau dont les schémas seraient indissociables des conditions de vie (c'est là qu'entrerait en scène le Junk-DNA). Un scientifique confiait récemment sur France Culture (j'espère ne pas mal interpréter ses propos) qu'il n'était pas rare que pour une même souche de mouton cloné (ou de quelque animal), les pelages soient de couleur et de texture différente - pour obtenir une reproduction parfaite du même mouton il aurait ainsi fallu reproduire rigoureusement à l'identique les conditions de la genèse. Ce qui change radicalement les perspectives, n'est-ce pas ?...
Ecrit par : Transhumain | 26 novembre 2005
Quand l'infiniment grand rejoint l'infiniment petit ou l'inverse ...Il n'y aura jamais de réponse absolue à une telle question .Dieu ne révèlera jamais son secret aux hommes .
Ecrit par : myriamdiv | 28 novembre 2005
Chère Myriamdic, est-ce bien le secret de Dieu, ou le secret de l'univers. en ce cas, peut-être que les physiciens pourraient un jour approcher la vérité. Qu'en pensez-vous ?
Ecrit par : Marc A. | 28 novembre 2005
Je pense que chacun doit trouver sa voie et que notre vie n'est rien d'autre qu'une quête spirituelle , elle est différente pour chacun ...Cette quête nous permet d'avancer vers une ou des parcelles de vérité(s) , que les directions sont multiples pour tenter d'y parvenir .
La physique est un chemin parmi d'autres...Et le secret de Dieu n'est il pas aussi le secret de l'univers ?
Avez-vous vu le film K-PAX ?
Ecrit par : myriamdiv | 29 novembre 2005
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