26 mai 2006
Alain Soral : entretien
J'inaugure par cet entretien avec Alain Soral, toute une série - qui ont été, pour la plupart, publiés dans La Presse Littéraire. Celui-ci fut réalisé le 1er Janvier 2005, et diffusé sur la toile, par les bons soins des revues en ligne : Bellaciao - E-torpedo - Oulala.
Marc Alpozzo : Alain Soral, depuis Jusqu'où va-t-on descendre ? vos livres caracolent en têtes des ventes, parfois même devant les livres de BHL, alors qu'ils ne bénéficient d'aucun soutient des médias : comment expliquez-vous ce phénomène ?Et comment expliquer vous ce cruel silence médiatique autour de votre action intellectuelle et littéraire ?
Alain Soral : Que mes livres se vendent, un peu - je ne fais pas non plus les scores d'un Weber ou d'un Coello ! - malgré le boycott de plus en plus sévère des médias, est plutôt rassurant. Cela prouve en effet :
Un. Que le matraquage télévisuel et le décervelage en douce des magazines d'opinion ne parviennent pas à annihiler complètement la demande de sens, et le bon sens de la population.
Deux. Que se maintient donc toujours, à travers les ages, une part irréductible d'honnêteté et d'intelligence, qu'on soit dans l'URSS de Brejnev, l'Amérique de Bush ou la France de Sarkozy !
Quant à expliquer ce "cruel silence médiatique", il suffit de lire, ou de relire, l'excellent "Les nouveaux chiens de garde" de Serge Halimi pour comprendre ce qui attend logiquement toute personne qui ose produire une critique appuyée, et cohérente, du pouvoir et de son idéologie.
M.A. : Vous le reconnaissez vous-même, vos prises de position courageuses à propos de problèmes politiques et sociaux "sensibles" vous attirent beaucoup d'inimitiés parmi les puissants : depuis le piège que des journalistes de Complément d'enquête vous ont tendu, vous êtes même de plus en plus isolé : qu'est-ce qui vous motive à continuer ? Ne ressentez-vous jamais l'envie de jeter l'éponge ? Vous ne vous êtes jamais dit : "à quoi bon ?"
A.S. : Je suis de plus en plus isolé... dans les médias. Pas dans la rue ni dans le cœur des honnêtes gens, je vous l'assure ! Ce qui me pousse à continuer ? Disons que c'est plus fort que moi ! Bien sûr, il m'arrive parfois de vouloir tout arrêter, changer de vie, aller vers l'harmonie et la douceur d'une île idéale introuvable comme la Tahiti de Gauguin... Mais aussitôt planqué dans le calme illusoire de l'"à quoi bon ?", de la consommation, de l'alcool... la souffrance de la lutte, de l'injustice et de l'incompréhension laisse place à la souffrance bien pire encore de la honte du lâche, la dépression.
MA : Vous le dîtes vous-même, vous n'êtes pas un sociologue monomaniaque qui s'évertuerait à n'analyser que les communautarismes. Vous les analysez tout de même beaucoup dans vos livres, notamment Socrate à St Tropez et dans votre dernier Misères du désir. Vous ne voyez pas l'esprit communautariste d'un très bon œil, n'est-ce pas ? Pourquoi ?
A.S. : J'ai calculé que ma critique des communautarismes constituait un sixième de mon travail. Cinq textes que je publie sur six sont donc sur d'autres sujets. Mais les communautaires qui sont, eux, à coup sûr monomaniaques, puisque leur appartenance communautaire prime sur toute autre détermination, ne retiennent jamais que cet un-sixième là. Quel appauvrissement de l'esprit ! Et sans même parler d'esprit, il faut être particulièrement obtus, ou malhonnête, pour ne pas voir à quel point le communautarisme - même s'il fournit à court terme un sentiment de solidarité et de sécurité - mine le "vivre ensemble" dans une société démocratique fondée sur l'égalité et la mobilité. Non seulement vous vous retrouvez vite l'otage des extrémistes de votre communauté - qui d'expérience en sont toujours les plus médiocres représentants -, mais vous voyez en plus se fermer les portes des autres communautés, qui vous traitent à leur tour par le mépris ou le soupçon.
M.A. : Puisqu'on parle des communautés, l'un des problèmes animant notre politique française aujourd'hui, c'est le "mariage gay", vous dîtes de ce problème que c'est un problème très secondaire. Alors comment expliquez-vous que cela fasse autant de bruit en France et dans la presse ?
A.S. : Ca fait surtout du bruit dans la presse; presse dont le rôle idéologique et d'amplifier les problèmes sociaux secondaires - dit "sociétaux" - pour cacher qu'elle traite de moins en moins des problèmes sociaux plus cruciaux tels l'orientation de gestion et les enjeux de politique étrangère... Que deux trous du cul sponsorisés désirent imiter un bon couple de beaufs hétéros on louant des queues de pies pour passer devant monsieur le maire, qu'est-ce que le salarié français moyen en a à foutre ?
M.A. : Toujours lié à cette question du "mariage gay", on a vu récemment le maire vert Noël Mamère marier un couple homosexuel en vertu d'un principe qui nous vient du philosophe américain Henry David Thoreau : "la désobéissance civile". Quelle est votre opinion à propos de ce grand principe, au nom duquel Mamère, Bové, et d'autres alter-mondialistes agissent, en défiant les lois de la République ?
A.S. : D'abord - lapsus révélateur - il s'agit chez Thoreau de désobéissance CIVIQUE ! la désobéissance civile, c'est le truc d'Isabelle Alonso, un truc de bonne femme en tailleur ! La désobéissance civique nous ramène, elle, au principe même de la démocratie américaine des pères fondateurs, démocratie dont Jean-Claude Michéa a bien rappelé qu'elle est, au meilleur sens du terme - celui de Rousseau - un populisme. Son message est simple: la loi, en régime démocratique, n'a aucun caractère transcendant, elle est choisie par les hommes pour les hommes. Et quand la loi trahit les hommes, qu'elle ne représente plus l'intérêt général mais les intérêts en douce d'une minorité contre l'intérêt général, on a alors le devoir CIVIQUE de lui désobéir ! En l'occurrence, le mariage gay c'est plutôt les intérêts d'une minorité qui essaie d'imposer en douce ses vues à la majorité... On est donc assez loin du sujet, ce qui est moins le cas des OGM !
M.A. : Pour en finir avec le communautarisme, quels sont vos positions à propos de la question du port du voile en France ? Vous avez récemment déclaré sur www.oumma.com : "Je préfère le voile au string". Ne pensez-vous pas que ce type de petite phrase provocatrice ne soit mal perçue par les mouvements féministes ? Quelle est exactement votre position par rapport à cette idée ?
A.S. : J'ignorais que le string était un étendard du féminisme, je pensais que le féminisme, au contraire, commençait par le respect du corps de la femme ! Je ne vois donc pas du tout en quoi "je préfère le voile au string" peut être une provocation. Provocation de qui ? de quoi ? Préférer le voile au string c'est d'abord, sur le plan vestimentaire, le choix du moindre mauvais goût. Le foulard est un vêtement "doux" et universel (les femmes se couvrent les cheveux dans de nombreuses civilisations : juive, chrétienne, musulmane, hindouiste...), le string, lui, est un objet vulgaire, malsain (déjà sur le plan de l'hygiène) et bien plus ostentatoire. Comme symbole civilisationnel, je le trouve bien plus régressif que le voile ! Maintenant, ma position par rapport au voile - symbole de l'implantation en France de l'Islam -, puisque c'est de ça qu'il s'agit, j'eus préféré à vrai dire qu'il n'exista pas ! Mais pour ça, il aurait fallu ne pas organiser le "regroupement familial", ni les banlieues ghettos. Maintenant c'est trop tard, et je pense qu'on ne réglera pas le problème du voile en provocant et en humiliant. Quand on persécute les gens dans leur foi, on renforce leur foi. Les juifs en savent pourtant quelque chose !... Alors pourquoi être soudain si maladroit avec les musulmans ? Quant à monter sur les grands chevaux de Jaurès au nom de la République et de la laïcité, les ex-soixante-huitards qui jouent à ce petit jeu là, eux qui ont craché à la face de Chevènement ! Ils me font doucement rigoler !
M.A. Croyez-vous que l'immense succès d'un Jamel, la nouvelle médiatisation des rappeurs "beurs", la popularité enregistrée par Zidane suffisent a assurer définitivement l'intégration de la jeunesse maghrébine dans notre pays ? Si l'on en croit votre dernier ouvrage Misères du désir, le problème serait bien plus compliqué que cela.
A.S. : Certes. C'est pourquoi l'expliquer m'a pris trois livres, les trois derniers, que je vous invite à relire !
M.A. : Nous sommes en 2005, entre autres problèmes politiques que devra résoudre, ou tenter de résoudre, notre gouvernement actuel, il y a celui des 35 heures. Pour ou contre les 35 heures, Alain Soral ?
A.S. Les 35 heures correspondent à une conception malthusienne du partage typiquement PS. Comme on n'a pas le courage politique de toucher au Marché libre et mondialisé, destructeur d'emplois, on se donne l'illusion du socialisme en partageant le travail qui reste par une réglementation de type soviétique ! Résultat des courses : les 35 heures favorisent les grandes entreprises les plus délocalisantes et les cadres les mieux payés, au détriment des PME, des artisans et des bas salaires; sans créer un seul emploi ! Bonjour la mesure de gauche ! Non, je crois sincèrement que le seul intérêt des 35 heures, c'est de nous avoir débarrassé un moment de Martine Aubry !
M.A. Vous avez commencé votre carrière d'écrivain il y a 20 ans maintenant, avec un ouvrage intitulé Les mouvements de mode expliqués aux parents : qu'est-ce qui selon vous a radicalement changé dans nos tenues vestimentaires depuis ?
A.S. : Pour avoir la réponse, il vous suffit de regarder la rue !
Pour donner un sens à votre question, ce qui a changé par rapport à il y a 20 ans, c'est qu'à l'époque la branchitude était encore un marché parallèle, une marginalité... alors qu'aujourd'hui le branché est au cœur du marché, il n'en est plus la marge, il en est le moteur. C'est toute la différence entre moi et Ariel Wisman, vous comprenez ?
M.A. : Dans Jusqu'où va-t-on descendre ? vous analysez, pour reprendre le sous-titre même de l'ouvrage, "la bêtise ambiante", et dieu sait qu'elle paraît grande sous votre plume. Ne pensez-vous pas qu'avec la régression actuelle, par exemple la quantité croissante de publication d'ouvrages "psy-cul", de "télé-réalité" qui inondent de plus en plus nos chaînes télé et notre paysage culturel, que ce net recul de l'intelligence ne nous ramène vers l'obscurantisme que notre époque médiévale aurait connue ? Pensez-vous que tout cela puisse continuer longtemps ?
A.S. : Dans mes deux abécédaires, j'ai analysé systématiquement ce processus de recul de l'intelligence (par rapport à une période "progressiste" qui commence effectivement dés la fin de l'époque médiévale), afin de démontrer que ce processus constitue le programme - très intelligent - de la social-démocratie de marché planétaire. Programme dont le but est de renforcer le côté "consommateur" de l'individu, fatalement au détriment de son côté "citoyen". Ce processus durera, sans doute, tant que les avantages qu'en tire le Marché seront supérieurs aux inconvénients produits sur lui par les effets pervers de cette "démoralisation"; effets pervers parmi lesquels il faut déjà compter, selon moi, un certain retour à l'obscurantisme religieux et communautaire... À moins bien sûr qu'il y ait rupture, de type révolution...
M.A. : Dans la même idée, les Coluche, Desproges, Gainsbourg, bref toutes les grandes gueules, quelque peu subversives, d'une époque qui est aujourd'hui bien révolue, sont mortes, et à la place, il semble à présent que personne n'ose déroger, sur les plateaux de télé, dans la presse, dans l'édition, aux règles du politiquement correct, enfreindre publiquement la règle de la langue de bois qui va jusqu'à absorber les nouveaux "empêcheur de tourner en rond", c'est-à-dire à les récupérer et les insérer au système mis en place ? Etes-vous d'accord avec l'idée que je développe ? Est-ce que cela vous inspire quelque chose, ou vous laisse indifférent ?
A.S. : Ce que ça m'inspire ? D'abord la qualité des personnes que vous citez n'était pas spécialement d'être subversives, mais d'avoir de la personnalité et du talent. Or, à l'heure du triomphe de l'idéologie de la "différence", c'est fou ce que les personnages d'un peu d'envergure sont devenus rares ! C'est plutôt le règne du petit salarié percingué qui confond mauvaise éducation standard et originalité, originalité et richesse intérieur ! Deuxièmement, sur l'idée du système qui récupère... Je crois qu'on ne récupère bien que ce qui est récupérable. Daniel Cohn-Bendit, c'était déjà récupérable en avril 68, tandis qu'on a toujours autant de mal à récupérer, aujourd'hui, Genet et Pasolini ! Ce qui ne me laisse pas indifférent, c'est que tant de cons, soit disant instruits, aient toujours autant de mal à faire la différence entre la subversion d'un Genet, d'un Pasolini et celle d'un Cohn-Bendit ou d'un Sartre.. sans parler du talent...
M.A. : Parleriez-vous de notre époque comme d'une "dictature molle", pour reprendre les mots de Tocqueville à propos de la démocratie ?
Oui, dictature mole dans la mesure ou l'omerta médiatique, une certaine persécution économique, ça fait quand même moins mal que le goulag ou les camps ! Quant à la démocratie, c'est une belle idée, mais qui n'est pas tout à fait synonyme de la démocratie de marché dans laquelle nous vivons, et où la liberté, avant tout réservée à la circulation des capitaux et des marchandises dans le but de maximiser les profits, conduit à une certaine dictature du Marché, au détriment des hommes, dans leur immense majorité.
M.A. : Vous-même, ne craigniez-vous pas d'être un jour récupéré ?
A.S. : C'est bien sur mon plus grand souhait, puisque ce jour là je serai enfin riche et réconcilié avec le pouvoir, ce qui est au moins la promesse d'une vieillesse confortable ! Mais j'ai bien peur q'un mécanisme en moi, qui me dépasse, me fasse encore rater le coche ! Voyez, j'étais le premier, dans "Jusqu'où va-t-on descendre ?", à oser tancer les maghrébins de France. Si j'avais continué dans cette voie, je serais aujourd'hui le chouchou des médias (quand on voit la place faite à bien plus louche et bien plus médiocre, les Moussaoui... les Fourest...). Mais il a fallu - c'est plus fort que moi -, que je continue bêtement ma critique des communautarismes en appliquant la même grille critique aux juifs de France. Et là, patatras... ! Que voulez-vous, je ne sais pas comment fait un type comme Philippe Muray - sur le plan de la probité intellectuel s'entend - pour critiquer si finement les communautarismes et omettre systématiquement d'évoquer celui-là... Malgré tout son talent de plume, je crains fort que la postérité ne le sanctionne pour ce manquement... Le style sans couilles vieillit fanfreluche...
M.A. Que pensez-vous de l'Internet aujourd'hui, des communautés virtuelles, et des webzines dont l'un des objectifs est de trancher avec la "pensée unique" ?
A.S : C'est un peu Radio Londres... beaucoup de liberté, de quantité, au détriment souvent de la qualité, mais en triant, on trouve tout ce qu'on veut. En plus ça ne coûte pas cher et c'est difficile à fliquer... Voilà l'ironie de l'Histoire à l'œuvre, qui se moque du travail de sape des puissants. Et le temps que les Dassault, Lagardère et autres Rothschild trouvent la parade, la vie aura inventé du nouveau !
M.A. : Puis-je vous demander de quoi traitera votre prochain ouvrage ?
A.S. : Un roman comique, pour éviter les emmerdes... Avec mes 4 derniers livres et ma sortie à Complément d'enquête, des emmerdes j'en ai déjà mis de côté pour 30 ans !
M.A. : Votre dernier mot pour clore cet interview par mail ?
A.S. : Je souhaite qu'elle circule le plus possible sur la toile et qu'elle me fasse vendre des livres, afin que les Ardisson et consorts sachent bien que grâce aux milliers de résistants de l'ombre, je peux moi aussi survivre, comme le courageux Dieudonné, à leur fatwas et leur trahisons !
Bibliographie indicative :
Sociologie du dragueur, Blanche
Vers la féminisation ?, Blanche
Abécédaire de la bêtise ambiante, jusqu'où va-t-on descendre ?, Blanche et Pocket
Socrate à Saint-Tropez, Blanche
Misères du désir, Blanche
CHUTe, blanche.
Henry David Thoreau, La désobéissance civile, Mille et Une nuit, Désobéir, 10/18
Pistes à suivre :
Le site d'Alain Soral
Entretiens sur Oumama.com
Entretien d'Alain Soral sur l'excellent site Vidéodrom.org
08:55 Publié dans Ecrivains | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alain soral, jusqu'où va-t-on descendre, misères du désir


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Commentaires
Surprise! Les textes d'Alain soral sont-ils techniques?
Ecrit par : Vincent Chapin | 16 novembre 2009
Ils le sont en effet ! Mais c'est tout de même gants de boxe et mécano plus que le microscope électronique... Soral est une bonne mise en bouche pour comprendre le système économique, politique et médiatique du moment, mais il faut poursuivre sa recherche avec des penseurs plus pointus. On ne peut pas rester à Soral, car, comme Houellebecq, il prête à penser plus qu'il n'est un maître à penser...
Ecrit par : Marc Alpozzo | 16 novembre 2009
Les réponses qu'il fait dans l'interview sont souvent d'une grande stupidité et bien dans la tradition des petits polémistes d'extrême-droite. Comment faire confiance un seul instant à cet ami de Le Pen pour comprendre quoi que ce soit? La présence de celui qui, entre autres absurdités, se rendit à Beyrouth pour soutenir le Hezbollah en compagnie de Marc Robert (FN), Thierry Meyssan (qui vit en l'attentat du 9.11 un complot de la CIA) et Dieudonné (voir photo) est répugnante. "Penseurs plus pointus"? Ce type est un penseur? C'est une blague...
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
C'est un brillant et drôle polémiste, mais pas un économiste, et pas même un penseur politique très pointu . Mais plaisant, sans aucun doute, et une référence sur le rapport moderne des sexes!
Ecrit par : Vincent Chapin | 16 novembre 2009
Oui, c'est ça, l'antisémite Soral est plaisant et drôle... A peu près autant que son acolyte Dieudonné.
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
Ce que j'aime chez Soral c'est son côté artiste indépendant et libre... Il y a quand même plus de profondeur dans ses thèses et ses actions que tu sembles le dire ici Eric, réduisant la pensée de Soral à de l'antisémistisme primaire... Certes, il est passé par le FN, mais il en est vite sorti, et pour l'instant, il s'aligne plus sur une politique "antisioniste" qu'autre chose... Perso, ce qui est à mes yeux une force, mais aussi une grande faiblesse chez Soral, c'est d'être toujours "excessif" dans ses prises de positions et sa manière de dénoncer, ce qui dessert souvent la cause même qu'il prétend servir...
J'ai relu cet entretien et, comme dans ses livres, il y a des prises de position primaires qui desservent un ensemble pas toujours dénué d'intérêt...
Cela dit, je suis satisfait d'avoir fait cet entretien avec le Soral d'alors, il y a eu en tout cas, quelque chose de brillant et drôle chez ce polémiste qui est et demeure, quoi qu'on en dise, un polémiste, pas un penseur...
Ecrit par : Marc Alpozzo | 16 novembre 2009
Un polémiste dans le style - édulcoré et auto-censuré car certains drames sont passés par là - des années 30. Ce sont ces gens là qui, lorsque l'Histoire leur en donne la possibilité, deviennent des Doriot ou des Déat. Pendant que les "polémistes" de cette époque faisaient des bons mots dans les salons, on mettait les enfants juifs dans les wagons.
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
Je suis assez d'accord sur le fait qu'il faille faire attention à la polémique... Elle peut être l'arbre qui cache la forêt... D'ailleurs, depuis 2005, j'ai quelque peu évolué à ce propos, et essaye même, à présent, de m'écarter, par besoin d'objectivité, des polémistes qui jusque là m'ont nourri, pour garder une certaine cohérence de la pensée... Mais Soral, comme Houellebecq, a trouvé une place dans les médias français, durant les années 2000, faute d'y trouver de vrais penseurs, et un public capable de recevoir la pensée de ces derniers...
Ecrit par : Marc Alpozzo | 16 novembre 2009
La sociologie du dragueur ne donne pas vraiment envie de lire davantage; il est passé aussi dans "C'est mon choix", ça lui allait bien; il me fait penser à un de mes oncles dans la restauration, sympa, beau parleur, mais un peu lourd...
Ecrit par : Jean Gorzar | 16 novembre 2009
Perso, je suis arrivé à Soral, début 2000, justement par la "Sociologie du Dragueur" que j'ai trouvé intéressant, à la fois par sa lecture critique et polémique de l'activité du dragueur (bizarrement ignoré des sociologues universitaires lui préférant le séducteur) et pour sa grille de lecture très marxiste de la drague. "Vers la féminisation", malgré quelques thèses visionnaires m'a foutu la gerbe par son aspect misogyne... Et pour le reste, c'est l'activité du pamphlétaire, un peu dans l'esprit Léon Bloy, mais d'extrême gauche qui apparait. Car il ne faut pas oublier que, malgré les apparences, Alain Soral demeure un marxiste convaincu... Il n'a pas retourné sa veste en entrant au FN, il a juste prolongé sa pensée à propos du système qu'il dénonce comme étant à la botte des oligarques économiques... Dans la droite, il ne respecte que la droite des valeurs, dans la gauche, que la gauche prolétarienne...
Ecrit par : Marc Alpozzo | 16 novembre 2009
Un marxiste au FN? C'est une blague... Ce n'est pas la première fois que l'extrême-droite prétend être contre le capitalisme, "la ploutocratie", comme ils disaient autrefois. De la même façon que Le Pen se dit "avec le peuple". Il y a dans l'extrême-droite une malhonnêteté congénitale. Ah, c'est bien le terme "histrion" qui convient à ce genre de type, qui, je répète, s'il en avait la possibilité, n'aurait pas de désir plus vif que de baiser les bottes du premier SS venu. Sans que nous ayons la chance qu'il se suicide après, comme un vulgaire Drieu, qui avait un peu plus de talent, mais était fait de la même trempe crapulière et saloparde.
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
Je pense que Soral s'est enlisé dans une sorte de paranoïa aigüe anti-capitaliste, anti-système, anti-pensée unique, est qu'il est plus un punk à la dérive qu'un nazi déguisé... Je ne suis pas sûr que la comparaison avec un Drieu soit pertinente. Mais ce qui est sûr, c'est que le marxisme auquel se rattache Soral fait tâche au FN et qu'il aurait tout de même dû percevoir l'imposture de JMLP. A moins que, tel que je le soupcçonne dans mon article Qui veut la peau de Soral ?, son seul but soit pathologique, cad de passer finalement à son ultime acte de destruction : sa propre destruction finale !!
Ecrit par : Marc Alpozzo | 16 novembre 2009
On m'ôtera difficilement de l'esprit que la proximité avec des Le Pen ou des Dieudonné et consort ne discrédite pas totalement un tel individu et ne le rende pas tout aussi totalement infréquentable.
Drieu? Parce qu'il fait partie de de cette clique.
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
Et que les membres de cette clique buvaient duchampagne avec l'occupant nazi pendant que d'autres risquaient leur vie dans la résistance et que fumaient les cheminées des camps. Pourquoi donner la parole à de telles crapules?
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 16 novembre 2009
Oui, mais voilà où le bât blesse... On rapproche les gens qui font dit-on "partie" de la même clique, parce qu'ils sont "infréquentables"... Mais les époques ne sont pas les mêmes, et la dérive de Soral est loin d'être comprabale à celle de Drieu... Soral est un punk qui veut en finir avec le système économique et politiquement oligarchique, Drieu est un fasciste au sens propre du terme, et non dévoyé, et il soutien l'idée d'une collaboration avec l'Allemagne durant l'occupation au nom de ses idées... avant de se rétracter d'ailleurs... Qu'est-ce qu'ils ont à voir tous les deux ? Soral est certes à présent anit-sioniste, s'est rallié quelques temps au FN, ami de Dieudonné qui a définitivement buggé, mais faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain du fascisme ? Il me semble qu'il faut être plus précis que ça... Soral a perdu le sens de son combat, parce qu'il est plus obsessionel, plus paranoïaque qu'autre chose, et qu'il cède trop facilement depuis ces deux dernières années à la théorie du complot comme son ami Dieudo d'ailleurs... Je suis d'accord tout de même sur le principe : ces deux dernières années l'ont discrédité en tant que polémiste d'extrême gauche... et sa dérive va lui être désormais fatale... mais de grâce, pas de confusion excessive, ce serait même, je pense, desservir le combat contre les "vrais" fascismes...
Cela dit, en réponse au second post, je n'ai pas donné la parole à la collaborateur nazi, mais à un polémiste d'extrême gauche qui était, à l'époque, invité sur tous les plateaux de télé : Ardisson TF1, Durand, Fr2, Mireille Dumas, Fr3, et intervenait même régulièrement dans Les grandes gueules sur Europe 1 avec d'autres invités.
Ecrit par : Marc Alpozzo | 17 novembre 2009
La crapulerie en matière de polémique, quant bien même elle serait reconnue, n'est pas un vice ; seul l'écrit pèse .
Ecrit par : Vincent Chapin | 17 novembre 2009
Petit rappel pour ceux qui l'ont oublié des liens trés proches entre l'extréme droite et le nazisme:
http://www.resistances.be/ednazi.html
Je me refuse à écouter toute personne cautionnant les theories neonazistes méme si elles n'ont fait que les fréquenter un certain temps .
Cela par respect pour ma mére qui n'est plus de ce monde est était une résistante et a sauvé avec son réseau des centaines de personnes de la mort.
et relier le marxisme au FN..je pense comme Eric que c'est antinomique.... rappelons également le rôle actif du parti communiste (le vrai) au sein de la résistance .
Et c'est pas parce qu'il est passé ds les médias ce Soral qu'il devient fréquentable à mes yeux mais connaissant Ardisson qui est de gauche il a bien du se faire descendre...
ton pb Marc c'est que par gout de la polémique tu fréquente sdes gens qui ne méritent pas d"étre fréquentés. ça n'est que mon avis ...moi lorsque je vois une crapule , je change de trottoir ..c'est tout.
Ecrit par : Christine Just | 18 novembre 2009
Je suis assez d'accord avec Christine!
Ecrit par : Eric Laurent Paul | 18 novembre 2009
Mais Eric, tu es d'accord avec Christine, parce qu'elle aboie avec les loups sans même connaître le sujet. Soral est un polémiste qui a longtemps été "infréquentable" pour ses idées sur la féminisation de la soiété capitaliste, le dévoiement du libéralisme un peu trop "excessives", pas pour ses fréquentations (avec les nazis de 1943 ou des collabos.) Vous devriez peut-être lire tous les deux l'excellent article sur ces belles plumes qui ont mal tourné pendant la guerre dans le dernier n° du Magazine des livres. Soral a pris un virage décisif en 2005 après le piège que Fr2 lui a tendu.
Autre pb que je vois chez Christine, c'est qu'elle confond une crapule avec quelqu'un qui a le sens de la disputatio, ce qu'elle n'a semble-t-il pas... (Mais Soral ne l'a pas plus d'ailleurs !!) Avoir le sens du débat, ça n'a rien avoir avec la polémique pour la polémique, ce qui serait stérile, tout comme changer de trottoir chaque fois qu'une personne ne partage pas son univers riquiqui... Mais ça n'est que mon avis !
Ecrit par : Marc Alpozzo | 18 novembre 2009
Il ne s'agit pas de changer de trottoir à chaque fois que quelqu'un ne partage pas notre vision des choses. Le simple fait que ce type ait pu s'acoquinet avec Le Pen le rend, sans plus de réflexion, définitivement infréquentable. Peu m'importe qu'on lui ai tendu tel ou tel piège. Il existe beaucoup d'autres gens qui valent eux la peine d'être lus et discutés.
Evidemment que Soral n'a jamais fréquenté les nazis! Il n'y a pas de "belles plumes qui ont mal tourné". La collaboration de beaucoup d'intellectuels de l'époque avec le nazisme est impardonnable. D'autres, je le répète, risquaient leur vie. Est-ce que Pétain a mal tourné? Un de Gaulle fut d'une autre trempe.
Bref, défendre un Soral me paraît une tâche bien étrange.
Ecrit par : Eric Paul Laurent | 18 novembre 2009
Marc tu te trompes j'ai le sens de la disputation bien au contraire .la preuve j'accepte de discuter avec des nanas antiféministes et reacts ...pour finir par me faire insulter...je me demande à quoi cela sert ..mais désolé il y a certaines personnes que je ne préfére pas fréquenter encore moins lire leurs bouquins .
Je m'interresse plus à des gens qui sont constructifs ou se battent pour des causes justes qu'à des gens qui ont fleurté avec le FN ou qui ont retourné leur veste
..encore moins s'ils sont misogynes .
Ecrit par : Christine Just | 18 novembre 2009
Il ne s'agit pas de défendre Soral, mais de discuter des idées émises dans cet entretien. J'ai cité plus haut un article que j'ai écrit fin 2006, où je montre le pb pathologique du polémiste (et apparemment je ne suis pas le seul à le penser, puisqu'un certain Serge Rivron qui a déboulé sans crier gare dans ma boite mail, m'a adressé des accusations ad hominem selon lesquelles je l'aurais tout bonnement "pompé" cherchant jusque dans la moindre de mes fautes de frappe le lapsus qui servirait sa thèse... Dont acte !) L'insulte est insupportable et ne doit pas entrer dans le débat, mais j'ai effectivement lu les livres de Soral, et non seulement je l'assume, mais j'en suis fier, car je sais au moins de quoi je parle...
Eric, tu es définitivement décidé à "éliminer" tout intellectuel, ou écrivain qui se serait commis avec une pensée qui a montré dans l'histoire qu'elle était au final nocive. Donc les Heidegger, Drieu, Céline, etc. C'est juste un parti pris : décider de jeter le bébé avec l'eau du bain, par pur esprit de vengeance privée. Cela dit, je ne vois rien d'objectif là-dedans, ou c'est que je n'ai rien compris.
Quant à Soral, il s'est commis avec Le Pen, ça n'est pas Hitler ni Mussolini. Juste un énième "excès" de Soral qui l'a désormais disqualifié aux yeux du système, mais cela n'empêche pas qu'il est parfois juste dans ses propos, je n'ai pas dit toujours, encore moins qu'il serait un "penseur". Loin de moi cette idée. C'est un polémiste, peut-être même un histrion qui a vu parfois juste par seul esprit de bon sens. Il faut dépasser Soral, comme il faut dépasser Houellebecq.Par exemple, la mysogynie de Soral est "patente" est me parait insupportable... et là-dessus vous entends tous les deux... Mais je n'entends pas des gens qui ne souhaitent pas parler des idées contraires aux leurs...
Ecrit par : Marc Alpozzo | 18 novembre 2009
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