« Greg Egan : Autopsie de la machine | Page d'accueil | Le doute de Descartes »

01 août 2007

La République selon Platon

ad7c9038e90f69d5dd86770c262a7088.jpgDans une époque qui, à tort ou à raison, porte un grand mépris de la chose publique (Res publica en grec), quoi de plus salvateur qu’un retour à l’un des pères de la philosophie : Platon ?


Reprenant, selon le mythe, l’enseignement de son maître Socrate à la lettre, Platon, dont la vocation politique a été durant toute sa vie contrariée, établit un programme politique pour une cité juste, dans son texte philosophie La République. Qui n’a d’ailleurs jamais entendu en Terminale, le mythe de l’anneau de Gygès ? Ou encore la fameuse allégorie de la caverne ?


L’articulation antique de la morale et du politique, au centre même de ces deux livres de La République, le livre 6 & 7, que la collection Folio+ a l’excellente idée de reprendre et d’agrémenter de commentaire à la fois éclairants et rigoureux, est d’autant plus intéressant à lire de nos jours, que la disjonction entre la morale et le politique est, très probablement, à l’origine de la grande désaffection de l’électorat qui ne saisit toujours pas, d’un bon œil, le visage moderne de la politique depuis Machiavel.


Qu’est-ce qu’une cité juste ? Comment établir et conserver la proportion, la mesure et l’harmonie dans la cité. L’ordre même du monde. La seule réponse pour Platon réside dans l’articulation étroite entre morale et politique.  Car, dans sa définition athénienne, la politique n’est autre que la recherche de bonne fin. Et quelle fin véritable, selon Platon, pour la Cité, que la vertu ?


D’où les livres 6 & 7 : l’un traitant à la fois du juste et de l’éducation des dirigeants de la Cité qui, ne pouvant être des hommes aux ambitions personnelles, ou aux intérêts éloignés de ceux du bien public, doivent être éduqués en philosophes. A lire la très éclairantes analyses de Fulcran Teisserenc sur l’articulation entre justice, philosophie, éducation et dialectique.


Le très célèbre livre 7 vient alors à point nommé pour faire le tri entre réalité et vérité ; erreurs, opinions, illusions et vrai. Que vise à nous faire comprendre Socrate, grâce à sa fameuse allégorie de la caverne si ce à cerner que le niveau de connaissance de l’homme suivant qu’il a été ou non éduqué, l’éloignera ou le rapprochera bien entendu du juste. Le juste comme vérité et comme justice. On pourra, dans une traduction mise à jour, suivre le périple d’un prisonnier de la caverne, enchaîné comme ses amis depuis des années, et plongé dans l’ignorance que symbolise la vie dans la caverne, franchir toutes les étapes du savoir en sortant de la caverne et découvrant les choses réelles.


Cette distinction entre l’apparence, ce qui se voit et semble être, et l’essence, ce qui est, est une première démonstration des erreurs et illusions que l’ignorance recèle. La montée vers la lumière du soleil, et la redescente dans la caverne, est un enseignement fondamental pour la pensée et la liberté de penser.


Comment assurer notre bien et notre liberté si, durant notre si longue histoire, nous persistons à vouloir nous accrocher à nos illusions, nos opinions non vérifiées par un esprit critique neutre et libre, et nos dogmes ?


Un texte à redécouvrir, c’est sûr, de toute urgence.

Platon, La République, Livre VI, VII, Folio-essai, 2006.

02:40 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Envoyer cette note