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05 octobre 2007

Les chemins du Viet Nam

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On connaît Anna Moï pour son magnifique roman Riz noir publié aux éditions Gallimard. Née à Sài Gòn, elle est récemment retournée vivre au Vietnam après un long séjour à Paris et Tokyo. Styliste de mode, épouse d'un économiste français, mère de trois garçons, elle écrit dans son bungalow sur pilotis au coeur d'une bananeraie près de Sài Gòn, installe des expositions dans sa boutique parisienne et passe toutes ses vacances à Collonges La Rouge. Autant dire donc que Anna Moï est de ces écrivains qui, dans le style d’un Le Clézio ou d’un Arthaud, est à la fois grande voyageuse et atypique.

 

Dans ses deux recueils de nouvelles parus aux éditions de l’Aube, L’écho des rizières et Parfum de 39aad29592799a27a68755bb18a14405.jpgPagoge, l’univers qu’elle nous décrit est un monde qu’elle connaît mieux que personne. Le Viêt-Nam… là où « tout est plus drôle et plus tragique qu'ailleurs ». C'est ainsi qu’elle entend donner le ton du premier recueil intitulé L'écho des rizières. Vingt petits textes parfois de deux ou trois pages pour nous raconter avec un humour joyeux et un ton grave le quotidien des vietnamiens.

 

« Si partir c'est mourir un peu, je veux bien mourir encore. Personnellement, je ne tiens pas spécialement à mourir, car la mort, c'est très triste. Je fais partie de ces gens qui ne veulent rien à voir avec la mort, ni de près ni de loin. »

 

La vie est donc tragique. Depuis les grecs nous le savions. Mais Anna Moï ne se contente pas de s’en tenir à cette seule constatation. Elle oppose au malheur son rire et sa douce légèreté… elle raconte  les grands et les petits bonheurs et malheurs de son existence… elle aime la vie et communique cet appétit de vivre dans de multiples récits écrits sous forme de digressions… sa passion de musicienne accomplie, le Viêt Nam, les montagnes, les rizières, les croyances, les démons, les êtres enchantés… pays où tout est plus décalé qu'ailleurs… plus drôle et plus tragique.


Des thèmes qui nous concernent tous, au détour de paysages et de personnages bien souvent exotiques… Comment fabriquer le présent et l'avenir ? Que ce soit pour soi et ses proches… peut-on oublier le passé ? Tout le passé ?

 

Parfum de Pagoge reprend les thèmes de son précédent recueil de nouvelles ; une vingtaine, toutes assez brèves, pour nous raconter des histoires intimistes et drôles… et le Vietnam, comme toujours, au centre de tous les récits… l’homme révélé dans ses multiples facettes… la vie… la mort… Anna Moï distille ses textes de visions et de réflexions splendides… entre des paysages et des personnages atypiques…

 

« Comme tu n'es pas mort, je ne peux pas t'offrir un anniversaire de décès digne d'un tel événement. Attends : je ne souhaite nullement ta mort, bien au contraire. Vis aussi longtemps que possible, si tel est ton souhait ! Je voudrais juste te convier à un festin. Et chez nous, tu n'ignores pas que les meilleurs festins sont ceux des anniversaires de mort. »

Anna Moï déploie une étonnante magie dans ses ouvrages : elle sait nous montrer une Asie, un Vietnam qui, jusqu’ici, pour nous occidentaux, nous étaient quasiment inconnu… elle bouscule les lieux communs, piétine les préjugés et fait resurgir les fantômes, les parfums, les paysages, les nuits enchantées d’un monde fascinant et souvent profond…

 

Anna Moï, L’écho des rizières, L’aube poche, 2001, 93 pages.
Anna Moï, Parfum de pagode, L’aube poche, 2003, 140 pages.

 

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