28 octobre 2009
La défaite de la culture ? Zizek, Balandier, Mairet

Nous assistons à une contagion. Certes, de ce terme, on a fait souvent un grand abus. Néanmoins, il n'en existe pas d'autres pour prendre à contre-pied une déviance idéologique qui a fait, de l'ambition démocratique sur le plan du droit, une vaste défaite culturelle sur le plan du fait. Contagion d’une culture totale, globale, planétaire. On assiste à l’extension des normes de consommation américaine, et de la culture américaine. Vitesse, intensité des échanges. Une hégémonie américaine, certes pas inéluctable, mais qui tend à s’étendre à l’Europe, ou encore à des valeurs telles la liberté individuelle, ou les droits de l’homme. Le corollaire de ces valeurs, sont le respect de la différence avec pour conséquence étroite, le « relativisme culturel » qui sous-entend que toute culture serait à mettre sur le même plan, d’où une étendue d’un relativisme entre toutes les cultures 1.
En désignant la mondialisation, cette uniformisation de la culture, Plantu dessinait en décembre 1999 dans le journal Le Monde, un américain moyen tenant au bout d’un bâton un hamburger, et Louis XVI durant la révolution française, demandant le 14 juillet au matin, à l’un de ses proches conseillers : « c’est une révolte ! » L’autre lui répondant« Non ! Sir ! C’est une Révolution ! » Puis rajoutant : « Avec un peu de ketchup. »
De la nation révolutionnaire, de l'identité collective et de la libération par la raison et l'éducation promise par les lumières, nous sommes parvenus aujourd'hui, dans un grand fracas d'étendards brandis sans rime ni raison, tels les droits de l'homme, l'égalité, ou le droit de s'exprimer et de faire ce que l'on veut, à l'une des plus grandes défaites : celle d'une société républicaine et laïque sans coordonnées ni repères, où chaque individu dans l'indifférence généralisée, revendique son autonomie et sa liberté au mépris même du sens réel de ces mots. Défaite de la pensée, comme le proclamait Alain Finkielkraut en 1987, ou absence pure et simple de toute pensée, les chemins de l'esprit semble aujourd'hui essentiellement occupés par les champions de l'égalité, les apôtres de la liberté, les modernes par excellence.
En parallèle à cette hégémonie, nous entrons dans l’ère des revendications culturelles et minoritaires. L’école laïque ne cesse de régresser si l’on en croit Fred Constant dans la revue Agora. La démocratie qui tend à étendre son hégémonie, comme ailleurs, pose la France dans une confrontation à des revendications multiculturelles de plus en plus nombreuses. Et parmi une multitude d’institutions, l’institution scolaire est touchée, au point que les chefs d’établissement et les enseignants se sentent en tout point désarmés. Que faire contre la « montée identitaire des élèves » ? Les nombreuses affaires de voile qui entâche le principe de laïcité depuis 1989 maintenant ? Tout ce prosélytisme à la petite semaine, je dirais, mais qui trouve un écho dans un débat autour de l’identité. Et c’est précisément l’école laïque qui est la cible de ces conflits identitaires. Les exigences alimentaires, au port d’insignes ou vêtements religieux, sans parler des observances de certaines pratiques religieuses.
Les concepts de « sous-culture » ou « sub-culture » puis de « contre-culture » entendent des mouvements qui ne produisent pas de culture alternative ou dénonciatrice, mais de simples mouvements de « contre-culture ». Pis, dans le grand malestrom commun qui absorbe culture et contre-culture, comme autrefois la triade hégelienne absorbait la thèse et l'anti-thèse pour parvenir au dépassement synthètique et conciliateur, la matrice démocratique de notre époque amalgame tout dans une joyeuse confusion collective et brouille désormais tout repère. Justifiant son grand brassage culturel par l'idée de la tolérance généralisée, autrefois espérée et appelée par Goethe lui-même, il n'est plus simple de faire le tri dans cette grande crise de sens. J'ai essayé ici, de rassembler plusieurs textes qui tentent, autant que faire se peut, de faire et défaire les rapports complexes entre ce qui appartient encore aujourd'hui à la culture, aux délices de la consommation, et à la difficile activité de la pensée.
Rappel : Jean-François Mattéi, diagnostic d'une crise de sens
Nicolas Sarkozy ou l'homme au rats de Alain Badiou
Laïcité, la grande imposture ?
Tant qu'il y aura des langues
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Philosophie intéressante à plus d'un titre, tout l’axe central de l’oeuvre de Zizek, ce penseur révolutionnaire, repose sur la définition même des termes d'une véritable politique d'émancipation. On comprendra alors pourquoi Slavoj Žižek émet, dans l'un de ses ouvrages Plaidoyer en faveur de l'intolérance, l'idée qu'une forte dose d'intolérance est nécessaire pour élaborer une critique pertinente de l'ordre présent des choses. Une idée d’autant plus problématique que l’époque actuelle tend à diaboliser toute pensée qui chercherait à s’élever au-delà d’une norme balisée et « bien pensante » élaborée par des censeurs de la morale, gardiens de la « tolérance » et du « politiquement correct ». Afin de me comprendre, il suffit par exemple de se référer à la mise au piloris jadis de Maurice G. Dantec après son entrée en dialogue avec les Identitaires, ou de la cabale contre Dieudonné, avant qu'il ne déraille complètement -car là est spurement ce qui l'a amené à sa radicalisation irréversible de ces deux dernières années.
Mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière le langage feutré de la tolérance contemporaine ? Slavoj Žižek répond à cette énigmatique question en pointant du doigt ce qui se dissimule derrière ce principe d'indulgence : à savoir un processus de dépolitisation généralisé. Précisément, un multiculturalisme dépolitisé qui est la nouvelle idéologie du capitalisme global. Slavoj Žižek dénonce là la supercherie profondément hypocrite qui se retrouve dans l'idée bombardée tout azimut aujourd’hui, que le plus grand danger réside dans les différentes formes d'intolérance, de nature ethnique, religieuse ou sexuelle. A la frontière de la philosophie et de la psychanalyse, et des thématiques aussi vastes que
Lénine, l’opéra, Schelling, David Lynch, Marx, Kieslowski, Hegel, Matrix, les cuvettes de toilettes, ou encore le 11 Septembre, la prose de Slavoj Žižek est radicale, mais pour nous ramener fermement à s’interroger sur une époque fertile en contradictions. Exit donc l’exigence moderne ultime du « politiquement correct » et de la « tolérance ». Slavoj Žižek se risque sans craintes à reposer les définitions exactes de termes parasités par un vocabulaire intellectuel qui rend l’usage de notions tel le mot « totalitarisme » ou « proto-fascisme » impropre, termes utilisés aujourd’hui de façon très fréquente pour diaboliser une thèse mal acceptée. Il s’agit donc de réaffirmer l’usage des passions politiques fondées sur la discorde, l’usage de l'intolérance pour questionner notre curieuse époque.
« À l’aune des critères politiques traditionnels, nous vivons sans aucun doute des temps étranges. Penchons-nous sur la figure paradigmatique de l’extrême droite d’aujourd’hui, les milices fondamentalistes millénaristes aux États-Unis. N’apparaissent-elles pas souvent comme une version caricaturale des groupuscules séparatistes de l’extrême gauche militante des années soixante ? Dans les deux cas, nous avons affaire à la logique anti-institutionnelle radicale : l’ennemi ultime est l’appareil d’État répressif (FBI, armée, système judiciaire) qui menace la survie même du groupe, organisé comme un corps extrêmement discipliné afin d’être capable de résister à cette pression. L’exact contraire de cela, c’est un gauchiste comme Pierre Bourdieu qui défendait l’idée d’une Europe unifiée en tant qu’« État social » fort, « garantissant le minimum de droits sociaux et la sécurité sociale contre l’offensive de la globalisation » : il est difficile de s’abstenir d’ironiser devant un intellectuel d’extrême gauche élevant des remparts contre le pouvoir corrosif global du Capital tant loué par Marx. »

On comprend alors que le modèle de tolérance multiculturelle dominant auquel nous avons aujourd’hui affaire n’est pas si innocent qu’on veut le faire croire, que le monde post-politique qui est le nôtre s’appuie sur un pacte social basique à partir duquel les décisions sociales ne sont plus l’objet de débats et conflits politiques, ce qui entraîne Slavoj Žižek à utiliser plusieurs outils philosophiques afin de déconstruire les idées aujourd'hui trop bien reçues, et de mettre en lumière le marasme idéologique dans lequel nous baignons : ses principaux outils sont le paradoxe, la conciliation des contraires, sans compter l’humour, humour que détenait déjà Socrate en son temps. L’expérience de paix concrète appelée de nos vœux s’ajoute à celle de « liberté concrète ». Liberté qui ne doit pas s’entendre au sens large, mais comme « liberté déterminée des nations particulières ».
Contre la pensée unique, l’intoxication volontaire des masses par la société du spectacle, pas de quartier, pas de maison pour la tolérance… Pourquoi ?
Sa thèse est la suivante : le monde nouveau qui s’annonce et dans lequel nous entrons est global, pas universel. Cet ordre nouveau, nous ne devrions le nier, car nous ne perdrons rien dans ce nouveau monde à venir des particularismes dans lesquels chacun trouve une place bien définie. La globalisation ne menace pas les particularismes, elle ne menace que l’universalisme.
De fait, « la véritable opposition aujourd’hui n’est pas celle existant entre le Premier Monde et le Tiers-monde, mais existant entre la Totalité du Premier Monde d’un côté, le Tiers-monde (l’Empire global américains et ses colonies) et le Second Monde restant (l’Europe) de l’autre. »
Pour le comprendre il s'agit désormais d'étendre son analyse et de décrypter la vraie énigme que représente en réalité l’Europe elle-même, et de poser une question clé : que veut-elle ? A-t-elle un objet ? Une finalité qui lui serait propre ?
Slavoj Zizek s’est interrogé autour de cette Europe précisément celle de l’Union européenne, dont l’identité culturelle risque d’être profondément menacée par « l’« américanisation » culturelle comme le prix à payer de leur immersion dans le capitalisme global. » Autant de pistes à suivre, sentiers noueux par lesquels notre vision des choses ne peut être que modifiée, transformée par sa fine capacité à poser les bons problèmes. Et de nous mettre en garde : il faut être sévère à l’égard de la vision de l’Europe telle qu’elle est envisagée par nos élites politiques : Que veut l’Europe ? Comment faire pour qu’elle ne débouche pas sur une arrogance à l’américaine ? Un dialogue extrêmement critique avec ce projet s’impose. Car comment se permettre de critiquer les États-Unis sans critiquer dans un premier temps l’Europe ? Pour cela, il s’agit de « penser radicalement ». Ce qui semble impossible aujourd’hui selon Slavoj Zizek dans l’état de la démocratie actuelle. « A l’instant où l’on présente le plus petit signe d’engagement politique dans un projet politique entendant remettre sérieusement en question l’ordre existant, la réponse fuse immédiatement : “Aussi chargé de bonnes intentions cela soit-il, tout cela finira nécessairement par un nouveau Goulag !”»

Entre « défaire » et « refaire », Georges Balandier nous raconte l’histoire d’un monde qui se « transforme sans achèvements identifiables ».
Le monde contemporain, comme le nier, vit une crise sans précédent. Au niveau économique, culturel, identitaire, idéologique, écologique... Et pourtant, si en France, il y a trente ans de cela, les choix, les idéologies, et les sensibilités divergeaient sur la direction à prendre en matière de changements, il semble aujourd’hui patent que le futur de notre monde « global » s’impose à nous dans son aveuglante et assourdissante nécessité. Ce grand chambardement qui déstabilise les esprits, qui remuent nos sociétés contemporaines, qui alarme, George Balandier l’appelle : Le grand dérangement, en référence à cet épisode dramatique de l’exil collectif des Acadiens francophones au XVIIIe siècle qui, refusant de prêter serment au nouveau protecteur anglais, partirent se réfugier en Louisiane.
La rupture brutale de la destinée des Acadiens bouleversa leurs manières d’être et de penser. La métaphore sert ici à dénoncer notre époque dans laquelle l’humanité entière est engagée dans une « perte », un « nouveau commencement ». Précipités dans l’ère de la surmodernité, nous sommes ces « immigrés dans le temps » des « nouveaux Nouveaux mondes ». Mais quels sont-ils ? « Ce sont les mondes mal connus de ce temps, où l’homme crée de l’exotisme à ses abords et en lui-même, car il devient par ses propres transformations plus difficilement identifiable. » Que l’on touche aux défis technologiques à la fois sans limites et irréfléchis, au culte de la performance, aux frontières du vivant, à l’économie mondialisée, le monde que nous dépeint Georges Balandier est celui des « avancées conjuguées de la science, de la technique et de l’économisme désentravé. » Nous sommes dans le tout et le rien, l’utopie ratée, cette incapacité crasse pour l’individu contemporain de se décentrer, bien trop aux prises d’une « double perte » qui se réalise « dans le proche et le lointain ». Car au-delà d’une identité « produite sans achèvement », « l’individualisme actuel […] se renforce de cet avantage accordé à l’opportunité immédiate au détriment du projet. »
L’anthropologue Georges Balandier dresse un portrait sans complaisance de l’individu postmoderne, et de cette modernité sans silence et véhiculaire qui voit un véritable recul de la « civilisation des mœurs », dans laquelle des avalanches d’images virtuelles et des signes abêtissants sont le « tout-communication ». Alors que nous pourrions facilement croire que le bruit le plus perturbant, le plus dérangeant nous proviendrait de l’industrie, il nous provient plus précisément de notre voisinage. Cette terrible et aliénante présence d’autrui. Avec le téléphone portable, véritable vecteur de nuisance puisqu’il impose l’intrusion verbale à la fois dans le temps et l’espace, ou l’Internet par son encombrement d’informations, sa surabondance de réponses ou son apparente facilité d’accès à des savoirs et des connaissances génère des nouveaux « effets de bruits ».
Ainsi « le temps du post-moderne se perd […] dans le temps du post-humain ».
En quelques 118 pages, Georges Balandier balaye une époque curieuse et irréversible, ou la confusion du réel se mêle au fictif, au spectaculaire et au jeu, où la mobilité universelle remplace le nomadisme d’hier, l’« amortalité », qui est une forme de suspension de la mort, remplace l’antique rêve d’immortalité que l’Achille d’Homère incarne à merveilles.
Il ne s’agit néanmoins pas, pour l’auteur, de céder aux sirènes du pessimisme. Il le prouve d’ailleurs en refusant toute fin de l’histoire et en appelant à une « transformation ». Ainsi s’agirait-il de « renouveler » les sciences humaines, d’« apprendre à se désengluer du « présentisme » en retrouvant le désir de projet ». Il s’agirait surtout de prendre la mesure d’un fait majeur : nous n’avons affaire à rien de connu jusqu’ici. « C’est un monde tout autre qui se crée ainsi, largement indépendant de l’étroite contrainte des espaces géographiques et des servitudes de la matérialité, où les savoirs interprétatifs hérités s’effacent. » Loin d’être parvenu à son terme, le Grand dérangement n’est encore qu’à ses prémisses, entretenant la confrontation entre un ordre défait et un devenir encore obscur. Formule à la fois fascinante et égarante. Aussi s’agit-il d’en prendre toute la mesure.
*
La grande transformation : n'était-ce pas le voeu de l'Europe. Parlons-en d'ailleurs de l'Europe. Sa question n’a jamais autant fait écrire, parler, que depuis de débat sur le référendum à la Constitution européenne, débat dans lequel une émeute électorale selon certains « spécialistes » aurait dit « Non ! » à Kant, aux lumières, et… à la « fin de l’histoire ».

On a beau dire. Le grand projet européen, voulu des vœux mêmes de Victor Hugo ou encore Friedrich Nietzsche a mis les Européens a l’abri de toute guerre possible sans vraiment leur offrir une vie tout à fait paisible. Car, selon les mots mêmes de Gérard Mairet, l’ex-citoyen-soldat s’est transformé en un citoyen-consommateur et l’ancienne guerre européenne est devenue à présent la paix du marché européen. De fait l’Europe ne pense plus « l’éthique de sa liberté » et reste relativement inactive au niveau international.
Voilà donc pourquoi la fable du monde est terminée, car le concept de « souveraineté » n’est historiquement plus porteur d’avenir, si l’on s’en tient aux dires de l’auteur Gérard Mairet qui mène là une véritable « enquête philosophique sur la liberté de notre temps ». Tout un programme. Le titre même de l’ouvrage est alors très parlant : La « fable » du monde. Sorte d’allégorie, fiction qui ne se préoccupe pas de la vérité.
Alors de quoi parlons-nous ? De la question du « monde ». Monde libéré des « guerres », de la violence comme moteur de l’histoire. Autrefois les nations européennes derrière le projet kantien de paix perpétuelle, rêvaient de paix. Elles en rêvaient en se faisant la guerre. Cruelle paradoxe ? Pas nécessairement ! L’Union européenne tel qu’on le sait est un projet « humaniste » né de la peur d’une nouvelle guerre. Un concept ayant nécessairement qui pris naissance au centre d’une Europe construite au fil des divers crises, crises d’une histoire pleine de violence, grosse d’un nouveau monde qu’il lui fallu accoucher dans la douleur et les guerres qui inspirèrent aux peuples le sentiment de leur particularité, pour s’achever sous nos yeux, en une Union des peuples fondée désormais sur la paix, à la suite d'un génocide suicidaire. De fait, plus aucune nation européenne ne se fait la guerre, au point même que notre ex-ennemi juré l’Allemagne nous parait aujourd’hui comme l’un de nos alliés les plus sûrs. A la paix « rêvée » voire « idéale » s’est substituée dès lors une paix « concrète ».
« C’est précisément un tel processus – individuation des peuples historiques – qui est désormais achevé en Europe. Il est achevé dans le sens où, dans leurs tendances formelles générales, les nations européennes ne peuvent plus se faire la guerre car, si ce qui se constituait au travers des guerres c’étaient des nations mêmes, alors celles-ci étant désormais vivantes, elles ne s’opposent plus pour exister. »
Doit-on alors derrière Francis Fukuyama parler de « fin de l’histoire » ou, tel que le dit Gérard Mairet, d’« achèvement » de la philosophie politique moderne ?

Or, penser l'achèvement de la philosophie politique, c’est également penser l’achèvement de la « souveraineté » qui inaugure une nouvelle ère du politique : le cosmopolitisme européen. Dès lors, voilà notre nouvel impératif européen : « Penser la moralité à venir, l’éthique de sa liberté, non selon les dispositifs d’un nouvel âge guerrier, mais dans la paix. »
L’éternelle répétition des formules telles « la volonté du peuple », « l'indivisibilité de la république », « la dictature du prolétariat et les droits de l'homme » doivent être abandonnées au profit d’une autre moralité, nouvelle fable pour un « monde nouveau » sans quoi le marché demeurera l’unique support de la moralité moderne.
(Texte établi à partir de Slavoj Žižek, Plaidoyer en faveur de l’intolérance, Climats, 2004,
et Que veut l’Europe ? Réflexion sur une nécessaire
réappropriation, Climats, 2005,
Georges Balandier, Le grand Dérangement, PUF, 2005,
et Gérard Mairet, La fable du monde, Enquête philosophique sur la liberté
de notre temps, Collection NRF Essais, Gallimard, 2005.)
(Chroniques parues dans le magazine en ligne Boojum-mag.net en 2005.)
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1 Vers une culture mondiale ?, Alternatives économiques, HS n°46, 4ème trimestre 2000.
06:04 Publié dans La démocratie moribonde, La fin des idoles, Philosophie, Politique, Réflexions post-métaphysiques, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la défaite de la culture


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Défaite de la culture ou défaitisme d'une "élite" cultivée qui n'a pas le courage d'assumer jusqu'au bout les conséquences d'une revendication d'autonomie amorcée et encouragée par l'élite cultivée elle-même ? Du cogito au perspectivisme nietzschéen, en passant notamment par la monade, le contrat social et l'autonomie kantienne, le relativisme individualiste n'est-il pas d'abord une "fiction" inventée par l'animal raisonnable moderne en réaction à la fiction absolutiste de l'ordre cosmique des Anciens ? Au lieu de reculer avec horreur devant le "monstre" qu'elle a engendré et de pleurer sur un monde rigide auquel elle a délibérément choisi de tourner le dos, cette élite ne devrait-elle pas plutôt prendre le taureau par les cornes et se réjouir du travail de façonnement qu'il lui reste à accomplir pour faire ce que l'animal raisonnable a toujours fait : inventer un sens à l'Homme et au Monde ?
Mais au fait, cette "élite" cultivée ne souffre-t-elle pas surtout d'être devenue inutile, sinon superflue, aux yeux de l'individu hyper-autonome qu'elle a contribué à "créer" et qui préfère "s'inventer" tout seul plutôt que de passer par elle ? Est-ce réellement la "culture" qui connaît une crise sans précédent ou cette "élite" cultivée qui, à l'instar du Moi devenu parfaitement autonome, se demande sans doute à quoi et à qui elle peut encore bien servir aujourd'hui?
Ecrit par : Eric Bénier-Bürckel | 30 octobre 2009
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