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Catherine Siguret : Un mouton dans la ville

Catherine Siguret nous offre avec son nouveau roman une fable urbaine, entre Paris et la Corse, à la poursuite d’un amour singulier pour un jeune ovin.

La narratrice, une parisienne quarantenaire et célibataire endurcie, grande déçue de l’âââmour, décide de rapporter de Corse un mouton pour lequel elle s’est éprise. Jusque-là rien de à signaler, sauf que son lieu de destination est son petit appartement avec jardin situé place des Vosges. On imagine alors la tête des copropriétaires de cet immeuble très chic d’un des plus bels arrondissements de Paris, voyant débarquer un mouton, que la narratrice aura baptisé : « Toi ». S’en suivra une bataille judiciaire, qu’elle contera non sans humour, devenue « le mouton noir de la propriété ».

Cette histoire d’amour improbable est racontée par une femme libre, une femme authentique, aspirant à rapporter un petit bout de sagesse corse dans ce quartier très bourgeois de la mégalopole, pas bohème pour un sou.

Et, si elle s’y accroche à son bovidé, c’est qu’il a été un rêve dans son enfance. C’est en effet à huit ans, lisant Ulysse échappant au Cyclope accroché à la toison d’un mouton, qu’elle a formé ce rêve fou. Depuis elle ne cesse de poursuivre son rêve car, elle le dit elle-même, « je voudrais qu’il soit bien clair dans l’esprit de tout le monde qu’il ne faut jamais lâcher ses rêves, même quand on sait qu’ils ne vont pas se réaliser. » Ce mouton-sauveur qui aura forcé son admiration car «  il savait jouer l’un parmi d’autre et emmener stoïquement un homme vers la liberté », elle voudra partager sa vie avec l’un de ses congénères, au moins un instant, l’instant d’une parenthèse enchantée, au beau milieu de la ville, comme si elle avait rêvé de libérer la mégalopole de la tyrannie de l’urbanisme et de l’indifférence.

 

catherine siguretCe sont donc les tribulations d’un mouton à la ville qui vous sont contées, celle d’une femme aussi qui revendique sa liberté dans un monde aseptisé et bourgeois, une histoire caustique, décortiquant tous les rouages des comportements humains ; c’est une ode à la liberté et à l’amour, présentée sous fore de farce philosophique. Une fable humoristique dans laquelle, après avoir promené son animal entre Paris et la Corse, après s’être battu pour préserver cet amour impossible, elle trouvera l’amour, le vrai, parce qu’il faut toujours y croire, parce que la vie n’est qu’une question de récit que l’on s’écrit. Dans un monde désenchanté, au bord du gouffre, prêtant allégeance aux écrivains dépressifs, aux ouvrages les plus cyniques, qui jouissent de la démoralisation générale, Catherine Siguret propose un roman vivace, humoristique, et poétique, histoire de donner le change aux contempteurs de la vie et de la joie. Roman de la nature, roman d’un amour avec un mouton contre l’abêtissement des interdits et des conventions sociales. Une sorte de traité libertaire, jouissif et simple, contre un monde où il est désormais interdit d’interdire d’interdire ! Tout un programme !

 

 

A propos de Un mouton place des Vosges, Albin Michel, 2015.

(Chronique parue dans le Grand Genève Magazine, n°5, juil-août-sept 2015)

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