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Laurent Scalese, Baiser insipide

Sur la pochette du dernier roman de Laurent Scalese, on peut y lire : « Les Anglo-saxons sont les maîtres incontestables du roman policier. Pour notre plus grand plaisir, un Français paraît capable de leur tailler la croupière : Laurent Scalese. » Malheureusement, à la lecture de son dernier opus, beaucoup risquent d’être tout de même déçus.



baiser.jpgLe prologue du dernier roman de Laurent Scalese démarre sur le cadavre affreusement mutilé d'une passeuse de Grande Bleue, retrouvé dans un hôtel de la banlieue parisienne. Un crime signé : Jason. Pour le commissaire Vidal qui le traque depuis déjà trois ans, cela ne fait aucun doute. Mais qui est ce mystérieux Jason ? Trafiquant de drogue sans foi ni lois, il sévit dans les milieux branchés parisiens, un monde « des apparences reposant sur des fondations de poudre ». Autant vous citer immédiatement un exemple précis pour vous dire combien ce roman policier est jalonné de poncifs. Mais ceci n’est pas tout.

 

On est donc projeté dès l’entrée en matière du roman, dans le vif du sujet. Tout l’histoire s’organisera autour de la traque du criminel, depuis trop longtemps insaisissable pour les hommes de la brigade du 36, quai des orfèvres. Malgré cela, le démarrage de ce polar, contrairement à ce que peut en laisser penser la quatrième couverture,  n’est pas des plus tonitruantes, ni des plus originales en la matière, au point où l’on s’y ennui un peu.

Et puis, au fur et à mesure que les témoins disparaissent, éliminés par les bons soins de Jason lui-même, le noeu de l’intrigue se met enfin en place : Jason semble anticiper les actions de la police. Pour Vidal cela ne fait aucun doute : il est bien persuadé qu’une taupe dans son équipe rancarde le gaillard.  Mais qui serait la balance ?

 

Vidal qui veut définitivement en découdre avec Jason, en fait une affaire « très » personnelle, au point que le maître en illusions et pièges mortels que représente Jason, fait bientôt peser un lourd danger sur sa propre femme, et les hommes de son équipe. Jason est parfait en semeur de fausses pistes. Durant une partie du roman, tous les soupçons pèsent sur l’un des équipiers de Vidal. Et puis, rebondissement, ce dernier, au trois quart de l’ouvrage est disculpé. En réalité, Jason est l’un des leurs. Jason n’est donc pas rencardé par l’un des flics. Non ! Jason EST l’un des flics qui forment l’équipe de Vidal. Mais lequel ?

 

Certes, l’écriture est soignée. Mais sans aucun style personnel. Les descriptions des lieux, des personnages sont exhaustives, et souvent laborieuses. Comme nombre de polars américains, tels ceux de Michael Connelly, ce roman est très documenté : procédures, vocabulaire, etc. L’auteur le reconnaît d’ailleurs lui-même : « J'ai toujours travaillé de cette façon : une fois que j'ai l'histoire en tête, un début et une fin, je consulte des policiers, je vais sur le terrain et je les observe dans l'exercice de leurs fonctions. Ce sont en quelque sorte mes conseillers techniques. » Mais cela ne suffit pas à rendre le récit crédible et surtout haletant. Pour enfoncer le clou, Laurent Scalese se pose des principes très peu originaux. Pis ! Il les suit sans jamais les réinventer : « Quand je raconte une histoire, j'ai trois règles d'or : une intrigue musclée, sans temps mort, un suspense entretenu par des rebondissements inattendus et surtout un héros attachant, qu'on a envie de revoir par la suite. » Soit ! Il ne déroge en rien aux règles qu’il s’est fixées, malheureusement, par manque d’efforts personnels, il s’enfonce beaucoup trop souvent dans les sentiments mièvres, les rebondissements convenus, les héros inspirés de séries télés américaines. Le texte pas assez écrit, la trame trop prévisible laissent du coup le lecteur sur sa fin. Certes, la lecture de ce polar français inspiré des romans noirs américains n’est pas poignante, mais elle se déroule sans mal. C’est un roman qu’on lit très vite. Et que l’on oublie malheureusement tout aussi vite. Un polar qui aurait gagné à chercher un peu plus d’originalité, et un ton plus personnel.

 

A l’image de son titre : mièvre !

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Laurent Scalese et Franck Thilliez

 

Laurent Scalese, Le baiser de Jason, Belfond, Thriller/noir, 348p, avril 2005.

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