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Napoléon, ce poète de l’action

Élie Faure retrace en 14 chapitres admirables l’histoire du vainqueur d’Arcole, du « poète de l’action », du fils de 1789, du père de l’Europe, dont le libre portrait donne toute la dimension artistique et révolutionnaire à l’homme. Son style, dont on ignore combien la figure du politique, flamboyante, frappe notre imaginaire. Ce livre demeure un ouvrage phare sur la figure de l’empereur, ayant inspiré à Abel Gance un film extraordinaire, et dont l’éclat et la modernité nous frappent encore au cœur. Le 5 mai 2021, cela aura fait deux cents ans que l'Empereur sera passé de vivant à trépas. Je reprends ici un article paru dans le n°36 de Livr'arbitres, de décembre 2021. Le voici désormais en accès libre dans l'Ouvroir en cette date anniversaire. 

 

élie faure, napoléonCe qui marque avant tout à la lecture de cette biographie, c’est l’écriture, le style. La griffe, le trait par lequel l’écrivain dessine la figure de Napoléon, le comparant à Jésus, raconte qu’à l’inverse le chef Corse n’est pas « entré dans le mythe ». En 1920, Napoléon cachait encore de nombreuses zones d’ombre ignorées des historiens. Comédien, tragédien, menteur, il n’y a pas que la dimension révolutionnaire que l’on doit peindre lorsqu’on parle de Napoléon, il y a aussi la dimension artistique.

 

On pourrait les multiplier les citations, je n’y résiste qu’à grand coups de gourdin tant l’écriture est belle, envoutante et somptueuse, faisant d‘Élie Faure une sorte de vampire d’âmes, lui qui ne s’intéresse pas à la nature au premier chef mais à l’homme, éveillant l’esprit du chef de guerre, du révolutionnaire, de cette singulière subjectivité qui se manifeste dans tout ce qu’il est, ses gestes, ses paroles, ses actions, nous révélant son âme très honorable, fragile et forte à la fois, se présentant devant les hommes et devant l’esprit, emporté dans sa mission et avec ses moyens, Prométhée de l’histoire recherchant à donner aux siens les outils de la conquête de l’homme sur la nature, de l’homme sur l’histoire, de l’homme sur soi-même, de l’homme sur la liberté, cet éclaireur d’âmes, cet « héros parfait », dont nul ne peut croiser sa route sans, alerté, se laisser déterminé par son empreinte.

 

élie faure,napoléon

Aimable dédicace du préfacier

 

Ce qui est le plus remarquable dans ce livre, au-delà des qualités de l’historien majeur qu’il était, c’est le style, qui nous laisse littéralement abasourdis aujourd’hui encore, l’écriture de cet homme de gauche anticolonialiste et antifasciste. Je demeure très sensible aux couleurs et à l’élégance de cette manière d’écrire, sans emphase, sans maniérisme mais avec force, ce qui confère au sujet que l’auteur traite un réalisme lyrique qui frappe avec flamboiement l’imaginaire. Cela me rappelle quelques lignes de Marcel Jouhandeau, dont je ne résiste — là encore ! — à citer quelques mots :

 

« Le style, c’est un peu comme de la musique, quand je mourrai, l’instrument brisé, il restera de moi dans les bibliothèques, quelques airs à la disposition de quelques mélomanes. »

 

 élie faure,napoléonParu dans le n°36 de Livr'arbitres, décembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

Élie Faure, Napoléon, présenté par Michel Bernard, Tempus, Perrin, juin 2019.

 

En couverture : Napoléon Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, dans les Alpes, en 1801. Tableau de Jacques-Louis David, conservé au Musée national du château de Malmaison, Rueil-Malmaison. © Crédit photo : Wikimedia Commons

Commentaires

  • Vous devriez relire la véritable histoire du Pont d'Arcole. Elle a été réécrite par Napoléon, car elle n'est pas aussi glorieuse que certains l'ont décrite ou peinte.

  • (suite) La légende napoléonienne au pont d'Arcole passe sous silence le geste d’Augerau, qui avait avant Bonaparte tenté de traverser le pont avec le drapeau. Surtout, le pont d’Arcole n’a pas été franchi. Napoléon est tombé dans la vase, et la position d’Arcole a dû être évacuée par les Autrichiens parce qu’elle était contournée, et non parce que les soldats galvanisés par Napoléon l’ont prise de force.

  • Il est toujours bon d’avoir des nouvelles de sa famille. Merci pour cette élogieuse mise en bouche. Vous m’avez donné l’envie de lire ce « Napoléon » d’Élie Faure.
    L’Histoire ne serait sans doute rien si elle n’était pas cette tentative toujours vivante de réécriture, voire de reconstitution, de toutes ces histoires rapportées ci et là.

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