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L’hommage vibrant de Gabriel Matzneff à ses « Maîtres et complices »

L’archange aux pieds fourchus rend hommage dans Maîtres et complices à ses sources d’inspiration et à ceux qui formèrent son esprit, le guidèrent sur le chemin de son art. 

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« Je n’ai pas toujours été fidèle à mes jeunes maîtresses ; en revanche, je le suis à mes vieux maîtres. Ceux qui furent les éveilleurs de mon adolescence demeurent les compagnons de mon âge mûr et seront les témoins de mon crépuscule. Lorsque j’avais dix-sept ans, ils m’ont aidé à vivre ; un jour, ils m’aideront à mourir. »

 

Ceci est donc un livre pour les amis de Matzneff, mais aussi pour les curieux, les amis de la langue, les amoureux du verbe, et les amants de la sagesse, car, ceux qui suivent Gab la rafale, Gab le magnifique depuis déjà plusieurs décennies, qu’ils lisent son journal intime, ou qu’ils lisent ses romans, ou ses essais, savent que chaque nouveau livre rend hommage avant tout à la philosophie et à la bonne chère, à l’amour des corps, à l’amour de la vie, et à l’amour de l’amour. Et, qui plus est, si Matzneff est un tragique, ne l’entendons évidemment pas au sens moderne du terme, mais bien au sens antique : Matzneff s’est délesté de tout espoir et de toute crainte. Matzneff est donc cet homme libre, libre de toute contrainte, de toute peur et de tout reproche. C’est dans ces termes que l’on peut entendre sereinement cette œuvre si singulière, si décriée et mal comprise, et qu’on l’on peut en aborder toutes les contradictions.

 

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Maîtres et complices, qui a nourri déjà plusieurs générations, et qui en nourrira bien d’autres, Matzneff engage un dialogue avec les anciens et les modernes ; ceux qui l’ont formé et avec lesquels il engagea dès l’adolescence un long compagnonnage : « Une des rencontres capitales que je fis, à dix-huit ans, chez M. Vrin, fut celle de Léon Chestov. Je me souviens de mon émotion quand, ouvrant au hasard un petit livre à la couverture grise intitulé Apothéose du dépaysement, j’y lus ces phrases cruelles et toniques, joyeuses et désespérées, qui soudain me parlaient de moi. » Parmi ces compagnons du début, on peut compter Sénèque, Sophrone de Jérusalem, Jean Climaque, La Rochefoucauld, Mirabeau, Sade, Casanova, Joseph de Maistre, Chateaubriand, Byron, Schopenhauer, Baudelaire, Dostoïevski, Flaubert, Nietzsche… Parmi les modernes : Montherlant, Hergé, Cioran.

 

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Tel qu’en chacun de ses livres, Matzneff profite de ces dialogues pour s’interroger lui-même, interroger la littérature, les anciens ; c’est un dialogue entre les morts et les vivants, les hommes et les dieux, les anciens et les modernes ; comme à son habitude, Matzneff sait puiser dans la force tragique des choses pour transcender la vie et lui donner ce sens unique, celui de la légèreté et de la grâce, que les sages antiques, qu’ils soient poètes ou philosophes, et les écrivains modernes ont su lui enseigner ; sans compter cet hommage vibrant à Casanova auquel il voue une passion particulière, lui qui fut, une vie durant, un séducteur impénitent, un amoureux de l’amour, un désespéré de l’érotisme et de la rencontre.

 

Gabriel Matzneff, Maîtres et complices, La Table ronde, « La Petite vermillon », janvier 2018.

  • Chronique parue initialement dans la revue Boojum.net

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