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Doit-on craindre le transhumanisme ? Du transhumain à la transhumance

En cette période de pandémie mondiale, dans laquelle tous les gouvernements de la planète ont préféré faire passer la santé avant l'économie, ce qui est à ce jour inédit dans l'histoire du capitalisme, la vraie question qui se pose, c’est celle du transhumanisme. Le transhumanisme est-il un humanisme ? On voit aujourd’hui, que certains transhumanistes, notamment dans la Silicon Valley en Californie, rêvent de cyborgs du futur, bardés de capteurs permettant de récolter en temps réel des informations sur l’état de santé de leurs organes, d’alerter en cas de de problème les secours, ou encore d’augmenter leur espérance de vie, avec pour horizon indépassable à leurs délires transhumanistes : le désir d’éternité, donc abolir la mort. Est-ce un rêve possible ou un cauchemar climatisé ?

 

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L’individu moderne, à défaut de vivre éternellement, pourra au moins changer certains organes en les prélevant sur ses clones, et en en remplaçant d’autres par des machines, notamment implanté dans le cerveau, afin de le transformer en superordinateur pour avoir au moins une certaine forme de vie éternelle.

La question éthique du clonage a d’ailleurs été posée dans un film de Steven Spielberg, sorti en 2001, et qui se déroule dans un XXIe siècle, où la fonte des glaces a submergé la majorité des terres habitables et provoqué famines et exodes. Les robots sont devenus une composante essentielle de la vie quotidienne et assurent désormais la plupart des tâches domestiques. Pourtant, le professeur Hobby veut aller encore plus loin en créant le premier androïde sensible : un enfant capable de développer un vaste répertoire d’émotions et de souvenirs. Peu après cette annonce, David, un robot de onze ans, fait son entrée chez Henry et Monica Swinton, un couple dont le jeune fils a été cryogénisé en attendant la découverte d’un remède pour guérir sa grave maladie.

Mais voilà, la science ramène à la vie leur enfant biologique, Martin. Les deux garçons ne s'entendent pas, et Martin provoque David au point de créer des incidents, qui amènent le père à vouloir rendre le petit robot à son créateur pour destruction. La mère, qui lui est plus attachée, décide de l'abandonner dans une forêt en lui donnant comme consignes de ne pas s'approcher de la ville ni des humains.

L'enfant lui demande pourquoi elle l'abandonne. Mais alors que David pleure en la suppliant de ne pas l'abandonner, elle lui fait comprendre qu'il n'est pas réel, qu’il n’est pas « un vrai petit garçon ».

Ce film pose alors la question éthique de l’humanité du clone, au point que David, cet enfant-clone abandonné, entame un périlleux voyage à la recherche de son identité et de sa part secrète d’humanité.

Cette question éthique porte essentiellement sur la notion de clonage d’une forme éventuelle de reproduction humaine.

 

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A.I. Intelleigence artificielle, 2001

 

L'homme augmenté ou diminué ?

Depuis les Lumières, cette évolution alimente la croyance en un progrès continu de l’humanité. L’homme augmenté est complété, prolongé, parachevé, mais aussi réparé, transformé ou remplacé par la machine. Voilà quel sera le monde demain...

La notion d’augmentation signale un homme qui se surpasse, comme l’avait préconisé Nietzsche avec son « surhumain ». Cela dit, il y a aussi un versant négatif, très bien annoncé par le cinéma américain : cette notion peut aussi impliquer un recul de l’humain concurrencé par des machines plus performantes. D’après Heidegger, plus la technique se développe, plus l’homme est lui-même traité comme un instrument disponible et un produit de la technique.

Selon Simondon, prétendre que la machine peut se substituer à l’homme, c’est oublier que l’homme dirige ses propres inventions. Les courants transhumanistes et posthumanistes eux-mêmes définissent les orientations éthiques. Cependant, si nous pouvons admettre que les orientations éthiques modernes peuvent tout à fait accompagner les « intelligences artificielles », rien ne nous dit qu’elles puissent les garantir.

Le risque que les machines prennent la place de l’homme et le réduisent en esclavage, a été raconté par un film américain de James Cameron, sorti en 1984, et qui a été un gros succès de cinéma, Terminator. Le récit se passe en 2029 (une date aujourd’hui proche de nous !), où une guerre oppose ce qui reste de l'humanité — décimée par un holocauste nucléaire — aux machines dirigées par Skynet, un système informatique doté d'intelligence artificielle qui a pour objectif la suprématie des Machines sur les hommes. La résistance humaine, menée par John Connor, étant sur le point de triompher en 2029, Skynet envoie dans le passé en 1984 un Terminator, un assassin cybernétique à l'apparence humaine afin de tuer la mère de John, Sarah Connor et ainsi empêcher la naissance de John, « effaçant » de manière rétroactive son existence et ses actes futurs. En réaction, John envoie à la même époque Kyle Reese, un résistant humain, afin de protéger sa mère.

Pour ceux qui connaissent bien les films des années 80, on peut dire que celui-ci en est un produit par excellence, sans être pour autant démodé aujourd’hui, et pas seulement par sa qualité esthétique, technique, mais aussi grâce à des codes qu’il contribue largement à installer dans le processus de réalisation de films post-apocalyptiques ou futuristes, tels que la confrontation avec les machines créées par l’homme, et l’inévitable destruction de l’homme par l’homme.

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Arnold Schwarzenegger dans Terminator 2, 1991

 

Selon Simondon, prétendre que la machine peut se substituer à l’homme, c’est oublier que l’homme dirige ses propres inventions. Les courants transhumanistes et posthumanistes eux-mêmes définissent les orientations éthiques. Cependant, si nous pouvons admettre que les orientations éthiques modernes peuvent tout à fait accompagner les « intelligences artificielles », rien ne nous dit qu’elles puissent les garantir.

Du transhumain à la transhumance

Pour le philosophe Martin Heidegger, l’homme est le berger de l’être. Chaque été, quand l’herbe des vallées vient à manquer et qu’on ne veut pas pour autant entamer les provisions de foin engrangées pour l’hiver, les bergers partent avec leurs troupeaux vers les montagnes pour retrouver de l’herbe fraîche. Cela s’appelle la transhumance, ce qui veut dire l’action de changer de terre (humus ou plutôt de retourner à la terre et de retrouver des racines (à brouter). C’est donc à la fois changer d’air et changer d’herbe...

Retrouver le sens de l’humus (et de l’humour si cher à Rabelais) c’est peut-être là ce qu’il faut faire pour retrouver l’humilité de l’humanisme et l’enracinement terrestre concret de l’humain.

Heidegger fit d’ailleurs de la transhumance un concept philosophique.

Contre le transhumanisme qui lui, inverse le mouvement, et veut rendre l’homme de plus en plus abstrait, l’entrainant à se déraciner par le progrès technique et un processus de réduction de l’homme à la machine, à l’informatique et à la froide abstraction du concept, rendant flou la notion même d’humain, l’élargissant aux Intelligences Artificielles ou autres objets connectés (réfrigérateurs ou stores intelligents, etc.), niant ainsi les limites de l’homme, de la nature et de la nature humaine, Heidegger offre une réponse plus positive.

On voit qu’aujourd’hui, tout devient trop abstrait : l’homme ne sait presque plus construire tout seul une machine, puisqu’il lui faut des machines pour construire des machines, et un immense arsenal technique et technologique pour contrôler la nature et dépasser la sienne.

L’homme a donc perdu son ancrage dans le sol de la nature au point d’être déraciné et dénaturé.

En étudiant un tableau de Van Gogh, Les souliers, Heidegger montre que les souliers du paysan renvoient au travail de la terre. Si l’on chausse ces vieux souliers à lacets, les nouveaux humanistes pourront enfin se mettre en route pour la grande transhumance. Il s’agit alors de ne pas se couper du sol de notre humanité, en sombrant irrésistiblement dans un humanisme sans humilité, ce qui risque de ressembler à une nouvelle barbarie.

Retrouver notre humanisme en retrouvant nos racines, c’est retrouver un terreau sûr de valeurs transcendantes, au lieu de vouloir construire dans l’abstraction, donc dans le vide... 

 

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Tableau de Giovanni Segantini, l'homme est le berger de l'être 

 

En couverture : affiche de Enki Bilal

 

Commentaires

  • Tranhumanisme est une forme évoluée du nazisme.

  • Le capitalisme nous a déjà beaucoup dénaturé, le transhumanisme veut encore aller plus loin.

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