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Le journal de travail de Patrice Chéreau

Patrice Chéreau, acteur, scénariste, metteur en scène de théâtre et d’opéra, réalisateur, notamment du très beau film L’homme blessé (1983), nous a quitté en 2013. Ayant joué un rôle majeur sur la scène artistique et culturelle européenne durant quarante ans, il était finalement logique, que ses carnets de travail paraissent, à l’attention de quelques amateurs et de quelques curieux. Cette recension est d'abord parue dans la revue en ligne Boojum, et elle est désormais en accès libre dans l'Ouvroir

chéreau.jpgSix volumes seront consacrés aux notes du metteur en scène. Ces notes, issues des archives du fonds Patrice Chéreau, sont conservés à l’IMEC et publiés par les éditions Actes sud. Celui dont je parle est le troisième tome. Je n’ai pas eu la chance de recevoir les deux précédents, mais il faut dire que je ne les ai pas réclamés non plus à l’éditeur non plus, donc je ne vois pas bien pourquoi je me plains, mais bref, ce n’est donc, que sur la base de ce nouvel ouvrage que je peux me prononcer.

 

D’abord, il s’agit d’aimer Patrice Chéreau. Il faut être entré dans son univers. Que ce soit au théâtre, à l’opéra ou au cinéma. Je pense personnellement à L’homme blessé, qui était sorti en salle en 1983, et qui racontait l’histoire de ce jeune homme ordinaire, fils d'un ouvrier d'origine polonaise, qui, s'ennuyant dans sa famille, croise un jour dans une gare parisienne, un homme, plus âgé que lui et bien impliqué dans le milieu de la prostitution, mais pour lequel il ressent une passion brûlante et, pour lequel, il va donc tenter de se prostituer pour gagner son amour. Bien, je sais que vous serez nombreux à m’opposer son autre film, sorti en 1995 celui-là, avec Isabelle Adjani, La Reine Margot. Les notes que nous trouverons dans ce recueil, qui succède aux deux précédents, le premier consacré aux années de jeunesse (1963-1968) et le deuxième à l’apprentissage en Italie (1969-1971), sont bien antérieures à ces deux films. Ils concernent exclusivement les années 1972-1974.

 

En même temps, nous informe le préfacier François Regnault, Patrice Chéreau préparait le film La Chair de l’orchidée d’après l’écrivain américain spécialisé dans des romans noirs de grande qualité, James Hadley Chase. Les notes pour ce film, comme pour tous les autres projets abordés dans ce Journal de travail, à savoir Massacre à Paris de Christopher Marlowe (un autre excellent auteur de romans noirs !), La Dispute de Marivaux, Les Contes d’Hoffman de Jacques Offenbach et Jules Barbier, ainsi qu’un court-métrage Le Compagnon.

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Roger Planchon (à droite) et Patrice Chéreau, nouveaux directeurs du TNP en 1972

Dans ses notes, on ressent l’homme au travail. Le fourmillement d’idées. La recherche de la nouveauté. L’envie de coller avec une certaine modernité. Le besoin de moderniser. De sortir de la vision classique de la mise en scène. Une foultitude de questions aussi le fait écrire, l’amène à s’interroger.

 

« Ce film se fera-t-il ? Il faudrait – l’intérêt du film par rapport au théâtre – après cette Lulu et ce monstrueux Massacre à Paris à Lyon – est d’en faire un récipient de mythes modernes – c’est-à-dire que l’histoire de Chase (ne plus le citer) soit le début d’un mythe moderne, soit une cosmogonie d’un certain monde en 1972 avec ses contradictions, avec les contradictions du metteur en scène et l’aspect moderne dans peut-être tout ce qui est vieux dans le moderne en nous... »


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A propos du Massacre à Paris, mise en scène de Patrice Chéreau. 28 mai 1972

Les annotations de Julien Centrès permettent de mieux comprendre les notes de Patrice Chéreau. On sait donc, qu’en 1972, au moment où commencent ces notes, Patrice Chéreau a quitté le Piccolo Teatro de Milan et a rejoint le TNP de Villeurbanne, inauguré le 12 mai 1972. On sait aussi qu’il a dirigé les répétitions de Lulu à Milan, et, maintenant, il décide de reprendre un projet, refusé par deux fois au Teatro Piccolo, Massacre à Paris de Marlowe. C’est donc, ce qui va lui donner « un sentiment de grande liberté et en même temps de grande irresponsabilité ». D’où le sous-titre de ce troisième tome : L’invention de la liberté.

 

On trouve également dans ce volume, un grande nombre d’écrits relatifs à des projets inaboutis comme Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, la reprise de Lulu de Franck Wedekind, Lucio Silla de Wolfgang Amadeus Mozart parlant précisément de « la violence de la musique », La Giaconda d’Amilcare Ponchielli et Arrigo Boito (« -Tous les gradins libres [...] – remise des maquettes le 1er avril ? [...] – fumigènes – orchestre par la loge orchestre »), et L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner.

 

Un livre presque essentiellement destiné aux amateurs ou aux professionnels du théâtre qui admirent Patrice Chéreau. Mais aussi, un livre qui referme une mine d’or d’informations sur comment un artiste pense son œuvre et comment celle-ci se déploie dans de grandes fulgurances créatrices.

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Patrice Chéreau à Paris en 1979

 

Patrice Chéreau, Journal de travail, L’invention de la liberté, Tome 3, 1972-1974, Actes sud, mai 2019.

En couverture : Patrice Chéreau (à droite) au côté de Roger Planchon, en 1972 à Villeurbanne.

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