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Annie Ernaux, un Nobel pour rien ? (Tribune + Entretien)

On ne dira jamais assez de mal de ce siècle stupide. Désormais, les jurés de Stockholm ont ajouté une pierre de plus à l'édifice de bêtise, de nullité de ce siècle, décernant le prestigieux prix Nobel (enfin, pour ce qu'il en reste) à Annie Ernaux. Ils l'ont refusé à Philip Roth, à Milan Kundera, à Michel Houellebecq, préférant couronner une œuvre mineure. Vingt ans plus tôt, aurions-nous cru en Annie Ernaux ? La raréfaction et l'obscurcissement des esprits expliquent certainement le peu de résistance qu'a rencontré l'étrange couronnement de cette œuvre. Pourtant, si les polémiques ad principia ne sont pas dénuées d'intérêt, elles ne deviennent pourtant percutantes qu'en s'incarnant, en devenant ad personas. Salman Rushdie n'était-il pas le meilleur candidat au prix Nobel de littérature dans le contexte actuel ? Cette idée n'est-elle pas frappée au coin du bon sens ? N'y a-t-il pas un esprit aujourd'hui fanatique et borné dans ce prix Nobel de littérature que l'on devrait judicieusement rebaptiser prix Nobel de politique, puisque les jurés suédois ne s'intéressent guère aux grands écrivains. Ils préfèrent leur idéologie, collant avec l'air du temps, et qui, pardonnez-moi, pollue le débat plus qu'elle ne l'apaise. J'ai réalisé une tribune pour le site du mensuel Entreprendre, qui a fait débat sur certains réseaux sociaux. La veille, j'avais répondu à quelques questions du journal IPost.be, qui m'avait interrogé sur le sujet. C'est ainsi que la tribune et l'entretien (où je réponds aux questions de Régine Kerzmann) sont désormais réunis ici, en accès libre dans l'Ouvroir. Je peux comprendre que l'on soit heureux que ce prix ait été décerné à Annie Ernaux. Mais je crois que l'on a aussi le droit de le déplorer. Cessons avec les calembredaines de notre époque. Tâchons de déboulonner les idoles, cela s'appelle aussi l'esprit critique. 

La suite de cet article figure dans Tabula rasa
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Commentaires

  • Toute attribution du Nobel de littérature n’est elle pas politique ?

  • Moins que rien
    Pire que rien
    Rien de rien
    En fait personne ne s’y intéresse au-delà du périph …
    Dans 15 jours , plus personne ne saura qui c’est
    Et c’est très bien ainsi.

  • Le prix Nobel est soumis à la pression annuelle de délivrer un prix à un auteur. La liste des auteurs inconnus nobelisés et qui le sont restés après est longue. Il y a très peu d’auteurs de rang mondial dont l’œuvre perdure. Sans doute une fréquence moins élevée rendrait son aura à ce prix. Remarque : la médaille Field en mathématique est attribuée tous les 4 ans.

  • Elle obtient le prix Nobel le 6 Octobre et manifeste 10 jours plus tard à la droite de Mélenchon... est ce que ce monde est sérieux?

  • Et le Goncourt qui ne récompense pas Le mage du Kremlin de Giulano da Empoli... Quelle époque.!

  • Incongruité de mode ! Les valeurs foutent le camp même dans les standards réputés indépendants .Après le prix Nobel d'Obama ,on croyait avoir tout vu.

  • Dans notre monde de vulgarisation, le Prix Nobel de Littérature est un Goncourt amélioré. Ces récompenses doivent faire connaître et vendre. Cependant j'ai quelques doutes au sujet de G Carducci (1906), de E A Karlfeldt (31, à titre posthume), W Szymborska (1996), dont les œuvres ne sont pas en rayon, même à la FNAC. Signalons à l'attention de Mme Ernaux que certains écrivains qui ont décliné cette offre ou ne l'ont pas reçue, n'en sont pas pour autant oubliés.

  • Alexandre Jardin qui a écrit d'excellents ouvrages aurait également comme Philip Roth, Milan Kubdera et Michel Houellebecq, le prix Nobel. Nous parlons bien de littérature n'est-ce pas ?

  • Quant au prix Goncourt ! Lucide, Tahar Ben Jelloun, juré, a déclaré que le jury était passé à côté d un grand livre en l' occurrence "Le mage du Kremlin " de Giuliano da Empoli. 14 tours de scrutin tranchés in fine par la voix double du président. Voilà ce qui arrive quant on confond l art, la littérature dans ce cas, avec la bien-pensance du moment.

  • Chaque fois que j'ai émis, gentiment, des réserves sur l'attribution de ce prix Gobel (du verbe gober, je précise !),
    je me suis pris des volées furieuses de bois vert, avec toutes les insultes imbéciles liées !

  • Petit jeu pour détendre les esprits sur le mode cherchez le, la ou les intrus dans les Nobel français de littérature … plusieurs réponses possibles évidemment.

    Les lauréats français :

    1901 : Sully Prudhomme
    1904 : Frédéric Mistral (en même temps que l'espagnol José de Echegaray)
    1915 : Romain Rolland
    1921 : Anatole France
    1927 : Henri Bergson
    1937 : Roger Martin du Gard
    1947 : André Gide
    1952 : François Mauriac
    1957 : Albert Camus
    1960 : Saint-John Perse
    1964 : Jean-Paul Sartre (refuse le prix)
    1985 : Claude Simon
    2000 : Gao Xingjian
    2008 : J. M. G. Le Clézio
    2014 : Patrick Modiano
    2022 : Annie Ernaux

  • Je trouve que Houellebecq n'est pas plus digne du prix Nobel
    qu'Annie Ernaux ...Tous les deux sont étriqués l'un obsédé par la dépression et la frustration sexuelle ,l'autre par la frustration de classe sociale...Moi j'aime la littérature qui fait boum ..qui m'emmène loin ,me fait découvrir des mondes nouveaux , j'aime les personnages divers qui ont des sentiments de toute sorte....amour , haine, jalousie, bonté, tristesse ,joie et qui aiment l'aventure...etc Bref ,il nous faudrait un Victor Hugo moderne...!

  • Je pense qu’Annie Ernaux ne mérite ni tous ces honneurs ni toute cette opprobre… Ce sont ses positions politiques qui la dévaluent à mes yeux… pas ses textes qui témoignent d’un certain talent.

    Écoutez le podcast Les Années sur France Culture…

    Pour le Nobel, Kundera aurait été plus légitime… Et bien sûr, Michel Houellebecq… mais c’est probablement trop en demander à un jury plus politique que littéraire…

  • Hélas… triste époque où tout et n’importe quoi est primable ou nobelisable… enfin ça permet à certain de pouvoir se mettre à la lecture et commencer sans se fouler par un prix Nobel, qu’elle chance !

  • J’apprécie beaucoup l’œuvre littéraire d’Annie Ernaux mais pas la militante enragée : on rappellera qu’elle a été à l’origine de la cabale voire de la chasse à l’homme visant l’écrivain Richard Millet désormais totalement blacklisté et également qu’elle a cosigné dans le quotidien « Le Monde » une tribune de soutien à Houria Bouteldja, antisémite notoire, et appelé au boycott d’une manifestation culturelle franco – Israélienne. Son amie Bouteldja juge que Miss Provence était indigne de participer à Miss France, parce qu’elle avait un père israélo-italien. Elle trouve d’ailleurs d’une manière générale qu’on « ne peut pas être Israélien innocemment ».

  • @Jean-françois Dupont J’aime pas cette bonne femme ni son écriture

  • Les prix Nobel sont devenus de petits entre-soi de la doxa, des faits divers !

  • Le Nobel d'Annie Ernaux, largement mérité. Un nouveau style, une autre histoire. Quant à ses engagements (que je ne partage pas tous et loin s'en faut...) ils ne regardent qu'elle. Brigitte Giraud ? Son bouquin est formidable. Ce "flash back" en forme de questionnement, drôlement futé. Et pas de pathos. Une écriture claire et digne. La superbe suite de son À présent d'il y a, quoi ? 10 ans peut-être ? Là aussi, un prix mérité.

  • Ce très long article a charge n'est absolument pas une critique littéraire, il n'y a rien sur le fond qui nous expliquerait pourquoi elle ne mériterait pas le Nobel, et en tout cas Houellebecq ne le mérite certainement pas plus qu'elle, je ne vois pas ce que l'œuvre de Houellebecq a de révolutionnaire. J'ai bien compris que chaque année on nous dira pourquoi pas Roth ou Kundera , et c'est vrai, mais une fois qu'on n'a dit ça, on n'a rien dit de plus, par contre je vois beaucoup de critiques sur le fait que c'est une femme de gauche et féministe, et c'est bien son droit, de là à dire que c'est pour ça qu'elle a eu son Nobel, sa s'appelle juste un procès d'intention. Et dire que son écriture n'a rien de révolutionnaire ne veut rien dire, des écrivains qui ont une écriture révolutionnaire, il y en a un par siècle, alors on a qu'à décerner un Nobel par siècle. En tout cas, dire que décerner un Nobel à Ernaux est indécent, c'est cette outrance qui est indécente de la part de personnes que ça fait tout simplement chier qu'une femme de gauche soit consacrée. Ce qui me fait tout de même marrer, c'est que l'extrême droite n'arrête pas de dire que nous ne sommes jamais assez fiers d'être français, visiblement quand un français est consacré, on ne peut en être fier pour ces gens là que quand c'est un français de droite.

  • @Philippe Farre c'est assez juste ..

  • Anne-Sophie Non c'est faux. Il y a au moins une dizaine de pages. je veux bien que le mec se répète, insiste (pour être plus juste) mais bon dire que le papier n'est pas argumenté c'est faux. Qu'on soit en désaccord avec les arguments développés, c'est le droit de quiconque mais dire qu'il n'y a pas d'argument c'est faux.

  • ce n'est même pas moi qui défendrais* l'idée qu'Ernaux serait une mauvaise personne.
    Simplement, ce n'est pas la nature de son sexe qui fait que je la trouve inintéressante d'un point de vue littéraire. C'est mon point de vue. Je pense qu'il est assez partagé parce que si cette écriture a pu être pertinente à une époque, il semblerait que celle-ci soit dépassée.
    A la rigueur ,un Goncourt ne m'aurait pas choquée . Le Nobel est éminemment politique. Délaisser Rushdie pour Ernaux est clairement signifiant et particulièrement lâche. Voilà ce qui agace avant tout.

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