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Entretien avec Nathalie Ganem. Napoléon, c’est la France !

Plutôt que d’aller voir le Napoléon de Ridley Scott, qui n’a pas su se détacher de l’image que s’en sont fait les Anglais depuis 200 ans, allez donc assister à la pièce de Nathalie Ganem , « Rendez-vous à l’Élysée », dialogue entre Napoléon et Fouché après Waterloo, et qui sera joué entre décembre et janvier, au théâtre de Nesle. Cet entretien est paru dans Entreprendre. Il est désormais en accès libre dans l'Ouvroir.

Pour mémoire : Napoléon, ce poète de l’action

 

Marc Alpozzo : Ces jours-ci, sort sur les écrans français le film de Ridley Scott, avec Joaquim Phoenix dans le rôle-titre. Le film a reçu un accueil très mitigé, notamment pour sa cohérence historique : par exemple, à l’ouverture du film, on voit Napoléon assister à la décapitation de Marie-Antoinette, ce qui est historiquement faux. Avez-vous eu le temps de voir ce film ? Que pensez-vous de cette interprétation de Ridley Scott, qui est en grande partie woke, car on y trouve, entre autre, un amalgame entre Napoléon, Hitler et Staline, que l’historien du droit et des institution Philippe Fabry confirme dans un entretien à Marianne ? Le film de Ridley Scott est une œuvre crépusculaire, dont l’objectif, même pas déguisé, est de caricaturer l’Empereur. Les contrefaçons historiques étant si nombreuses, que l’on peine à parler d’approximations ou d’erreurs. On dira plutôt que Ridley Scott montre son mépris pour la France et pour les Français. Il a d’ailleurs déclaré à la sortie de son film dans les salles françaises, que les Français ne s'aimaient pas. Qu’en pensez-vous ?

 

Nathalie Ganem : Ridley Scott est réalisateur et non pas historien. Il a réalisé une fiction et non pas un documentaire. C’était un véritable challenge pour lui. J’ai trouvé le film magnifique et les acteurs remarquables notamment, Tahar Rahim, dans le rôle de Barras. De plus, ce film a le mérite d’avoir suscité l’intérêt et l’enthousiasme pour Napoléon ! Ce qui est regrettable, c’est que ce film ne soit pas français, écrit et réalisé par des Français. Et je m’étonne que les mêmes qui s’offusquent de certaines incohérences ou contrefaçons historiques dans le film, tolèrent que les programmes d’histoire enseignés à nos élèves soient sans cesse revisités, voire parfois travestis. Concernant l’ouverture du film, je crois que ce qui dérange dans cette scène est que Ridley Scott  réveille notre culpabilité d’avoir décapité notre roi et notre reine dans notre inconscient collectif. Enfin sur sa déclaration « que les Français ne s’aimaient pas eux-mêmes », les arguments que je viens de vous dérouler peuvent nous interroger…

 

M. A. : Vous avez, vous-même, monté une pièce de théâtre « Rendez-vous à l’Élysée » qui est jouée actuellement au Théâtre Nesle dans le VIe. Vous y mettez en scène le rendez-vous manqué de Napoléon Bonaparte avec la France et les Français, le 21 juin 1815, après sa défaite à Waterloo, et son affrontement avec son pire ennemi, Joseph Fouché, qui décidera malheureusement de son sort. Pour vous, disons-le, Napoléon, c’est la France. Est-ce que cette pièce peut rassembler notre France actuellement fracturée, sur le sort et le destin de Napoléon, ou pensez-vous qu’il est déjà trop tard ?

 

N. G. : J’ai écrit cette pièce afin de sensibiliser et de mieux faire connaître au plus large public l’histoire napoléonienne. J’observe en effet qu’il existe aujourd’hui deux France dressées l’une contre l’autre : une patriote et l’autre qui ne l’est pas. Napoléon Bonaparte, c’est la France. Son histoire peut rassembler ces deux France. Car elle est un repère pour tous ceux qui veulent apprendre ou réapprendre à aimer la France et un rempart contre tous les prêcheurs de sa détestation. Et j’espère aussi à travers cette pièce faire rêver les spectateurs qui viendront la voir d’un Napoléon Bonaparte qui nous donnerait rendez-vous à l’Élysée…

 

M. A. : À la différence du film de Ridley Scott, votre texte met en lumière les fêlures de Napoléon, que vous avez refusé de magnifier de manière béate. Vous lui donnez un aspect humain, alors que le film de Ridley Scott, dans une brume épaisse et une lumière basse, montre un Napoléon faible, affaibli par son amour pour Joséphine, à qui il doit tous ses succès, ce qui le conduit également à sa perte. Encore, j’imagine, un effet du wokisme américain ! Que pensez-vous de cette interprétation de l’amour que Napoléon porte à Joséphine ? Vous avez préféré miser sur la présence féminine de la Reine Hortense dans votre pièce. Croyez-vous qu’elle s’imposait tant que cela ? Pouvez-vous nous rappeler qui était cette dame ?

 

N. G. : Cette pièce est un huis clos entre trois personnages et se déroule au cœur du pouvoir, le palais de l’Élysée. Elle met en scène la confrontation entre Napoléon Bonaparte, vaincu après la défaite de Waterloo, et Joseph Fouché son ministre de la police. La reine Hortense, fille adoptive de Napoléon sera le témoin direct de cette scène de l’Histoire. Elle est l’une des rares de la famille impériale à être présente pour soutenir son beau-père et défendre sa famille face à Fouché qu’elle ose affronter. Elle incarne également dans la pièce une réminiscence affective de Joséphine de Beauharnais. Ce qui m’a inspiré à écrire deux pièces sur Napoléon Bonaparte La dictée puis Rendez-vous à l’Élysée et un court-métrage Tête-à-tête à Malmaison ce n’est pas le personnage historique, mais uniquement la personne. C’est lorsqu’il est déshabillé de sa redingote de gloire et qu’il se dévoile humain, trop humain, qu’il apparaît alors fascinant. J’ai voulu montrer ce Napoléon qui n’est pas tout-puissant au-dessus des autres et le révéler avec ses failles et ses imperfections humaines. Par son interprétation, Joaquin Phoenix met en lumière également le côté vulnérable de Napoléon Bonaparte à travers cette passion avec l’Impératrice. Il est vrai que Napoléon était très amoureux de Joséphine de Beauharnais. Ma pièce se termine d’ailleurs par une scène où Napoléon, après sa seconde abdication, demande à Hortense de l’accompagner au château de Malmaison. Peut-être, désirait-il se remémorer une dernière fois avant de quitter la France, le souvenir des moments partagés avec Joséphine…

 

M. A. : René Rémond dans son livre Les droites en France rapproche le courant bonapartiste du courant gaulliste. Approuvez-vous cette typologie des droites ? La France aurait-elle pu rester la France si Napoléon n’était pas apparu pour la ressouder ? On sait tous que l’histoire de France s’est faite grâce à des grands hommes, dont il serait long de dérouler la liste des noms, des hommes qui ont eu le courage et la volonté de soudain se lever pour la sauver du danger. Or, on voit aujourd’hui ce pays en très mauvaise posture : divisé, attaqué, fracturé. Que vous inspire l’actualité récente ? Pensez-vous qu’un grand homme de la taille morale et historique, comme Napoléon ou De Gaulle, pourrait apparaître dans le paysage politique dans les années à venir, sorte de nouveaux personnages puissants ? Ou croyez-vous que nous allons inexorablement vers la disparition de la France et des Français ?

 

N. G. : Napoléon Bonaparte comme le général de Gaulle ont été au « rendez-vous » pour sauver la patrie. C’étaient deux hommes d’honneur qui n’étaient ni de droite, ni de gauche, mais des amoureux de la France. Et, hélas, je ne vois pas apparaître aujourd’hui un homme providentiel ou puissant capable de faire un autre « 18 Brumaire » ou de lancer un autre « appel du 18 juin ». Je pense que c’est par le peuple français guidé par l’amour de la patrie que la France peut encore être sauvée. À la question posée à De Gaulle : « Qu’est-ce que le peuple, mon général ? » Il répondait : « La France ! »

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