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Nicolas Malebranche et la vérité

Qu’est-ce que la vérité ? Ou plutôt, nous devrions dire : comment parvenir à une vérité universelle et exacte ?

folio.jpgDans la veine de l’école cartésienne, dont Malebranche, en petit cartésien, est l’un des représentants de la pensée, La Recherche de la vérité tente d’expérimenter une méthode philosophique qui permettrait à tous de découvrir une vérité entière, valant pour tous, et donc indubitable. Une démarche qui pourrait nous paraître aujourd’hui des plus naïves et des plus vaines, depuis le XXème siècle et l’avènement d’une pensée scientifique qui, avec Henri Poincarré, Albert Einstein et Leopold Infield, nous a enseigné que le vrai n’était pas accessible, seul le vraisemblable était à la portée de la connaissance scientifique… Certes, on pourra également objecter à Malebranche d’être véritablement imbuvable dans ses démonstrations souvent rigoureuses et précises…

 

Mais quel  plaisir de le suivre sur le chemin d’une démonstration qui vient à point dynamiter les théories fumeuses des gardiens du petit cortex, soutenant que l’opinion aurait droit de citer dans une discussion qui prétendrait faire la lumière sur le vrai et le faux, alors que toute opinion, nous le savons très bien, n’est que la somme de connaissances personnelles, bien souvent non vérifiées, et relatives à chacun.

 

Soyons clair : le titre même de cet ouvrage pourrait donner des maux de crâne aux moins paresseux d’entre vous… parmi vous, le projet même de rechercher ainsi la vérité, pourrait vous sembler des plus laborieux. Certes ! Quand Nicolas Malebranche se met en tête, dans ces deux parties de son ouvrage majeur La Recherche de la vérité, de déconstruire l’imagination, - tout comme tenta de le faire en son temps Sartre – il y a fort à faire entre la définition dualiste de l’imagination, le cerveau – tel qu’on le concevait à l’époque de Descartes -, la contagion et les erreurs. Mais avouons-le : que fait Malebranche si ce n’est de poursuivre le but même de la philosophie et de la science : c'est-à-dire en découdre une bonne fois pour toutes avec la définition de la vérité ? Considérons simplement notre expérience quotidienne et l’histoire de la pensée ! Facile alors de constater que l’esprit humain est engagé dans des contradictions, dans des erreurs, dans des préjugés. La connaissance de la vérité reposant alors sur la mise en doute de toutes les opinions reçues telles quelles, sans vérification, et sur les définition des caractéristiques des idées vraies. Et celle-ci ne saurait ne pas passer par la délicate expérience de l’imagination.

 

Allez ! tâchons de nous rappeler l’enseignement de Descartes : il faut ériger la raison en tribunal. Le bon sens, c’est-à-dire cette formidable faculté de distinguer le vrai d’avec le faux, et qui nous différencie de l’animal, doit disposer de tous les pouvoirs de « juger » tout objet qui se présente. Coextensive à la pensée, il est vrai que la raison est en nous une lumière naturelle, et comme la lumière du soleil éclaire la variété des choses du monde sans perdre son identité, en demeurant la même lumière, la pensée « jugeante » garde son unité sans jamais se briser ni se perdre, quels que soient les objets auxquels elle s’applique : quoi que je juge, c’est toujours moi qui juge ! La science même doit être définie à partir de ce foyer, comme une certaine façon de penser, ou de juger, et non à partir de la diversité de ses objets. Rejeter les opinions reçues, et jugées bonnes parce qu’elles étaient reçues, c’est retrouver ce pouvoir souverain de juger qui jusque-là passait inaperçu. Eriger la raison en tribunal constituera, quoi qu’en diront tous les ramollis du bulbe, dans le contexte actuel, qui tentent désespérément de disqualifier la philosophie au nom d’un scientisme des plus abject, non pas une nouveauté, mais une révolution au sens strict, c-à-d un retour.  Pour atteindre ce salvateur objectif, il nous faut bien conduire notre esprit par une méthode : « Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien », écrivait en son temps Descartes dans son Discours de la méthode.

 

C’est à cette révolution cartésienne fondamentale pour la pensée moderne, c’est à cet héritage problématique, et à la démarche même de La Recherche de la vérité que s’attaque le petit dossier proposé par Frédéric de Bouzon, dans cette nouvelle collection philosophique Folio+ qui, n’ayons pas peur des mots, est une véritable merveille pédagogique et propédeutique. Qui était Malebranche, et quelle est donc la richesse exacte de son œuvre ? A quoi sert l’imagination ? Quel concept de la vérité ? Peut-on purifier l’esprit ? Autant de question, autant de points abordés qui viennent s’ajouter à la merveilleuse et délicate lecture de ce chef-d’œuvre qu’on ne se lasse jamais de re-découvrir !

 

Une mine d’idées et de pistes contre l’obscurantisme postmoderne que l’on subi aujourd’hui dans le marasme d’une pensée qui a, semble-t-il, cessé de penser…

rené descartes, Nicolas Malebranche, frédéric de bouzon, Albert Einstein, Leopold Infield,

L'exemplaire de David Hume de
De la recherche de la Vérité, de Nicolas Malebranche, 1684


Nicolas de Malebranche, La Recherche de la vérité, Folio+, 2006.

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