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Le « Journal de guerre » de Gilles-William Goldnadel : numéro 1 des ventes en France

« Le Journal de guerre » de Gilles-William Goldnadel : numéro 1 des ventes en France. Est-ce un hasard ? J’y réponds dans cette tribune parue dans Entreprendre. en accès libre désormais dans l'Ouvroir.

gilles-william goldnadelLe Journal de guerre[1] de Maître Gilles-William Goldnadel paru ce mois-ci est déjà numéro 1 des ventes en librairie. Est-ce un hasard ? Est-ce étonnant ? Depuis le 7 octobre dernier, et l’attaque barbare du Hamas contre Israël (1 200 personnes assassinées et 240 enlevées, dont des bébés, des enfants, des femmes et des personnes âgées[2]), sa sidération c’est la nôtre, notre sidération c’est la sienne, et si son journal de guerre se vend aussi bien, ce n’est pas juste parce qu’il est important, mais plutôt parce qu’il est essentiel. Essentiel, car ces massacres sont intolérables, injustifiables. Ils ne peuvent souffrir aucune explication. Essentiel, aussi, parce que ces massacres, ce retour des pogroms en Europe depuis 1945, n’est pas seulement l’expression de l’assassinat d’Israël (que certains rêvent de rayer de la carte du monde) mais aussi, l’annonce funeste de l’assassinat à venir de l’Occident dans son intégralité.

 

Réveil brutal

Le texte a certainement plusieurs urgences pour origine : outre qu’il soit un remède antidouleur, il est d’abord l’objet d’un réveil, celui du Juif « redevenu déporté » alors qu’il avait remisé son pyjama rayé au placard, sorti, comme Finkielkraut, de la martyrologie de l’antisémitisme. Il est aussi celui d’un constat douloureux : « l’antisémitisme racisé de 2023 [..] autrement plus protégé » que celui émanant des Blancs d’extrême droite en 1923. C’est également l’’expression d’un diagnostic amer, celui qu’il aura fallu que cette haine moderne « massacre beaucoup de Juifs français pour que son antisémitisme soit à contrecœur estampillé par l’idéologie médiatique et politique d’extrême gauche, qui était encore il y a quelque temps à la mode du temps. » D’une observation enfin irréprochable : que « l’immigration invasive et les lois implacables de l’arithmétique » font que l’antisémitisme d’importation marginalise les Juifs de France et met en défaut l’État français. Et ce n’est pas faute d’avoir sonné le tocsin durant 20 ans.

 

L’avocat plaide d’ailleurs sa cause ainsi :

 

« Depuis des lustres, j’ai tenté de prévenir les Français, y compris au sein de ma communauté juive organisée, des dangers de l’immigration massive et islamique. Il ne fallait être très grand clerc démographe ou islamologue pour imaginer que, parmi des centaines de milliers de musulmans, dont de nombreux aimables – et que j’aime –, on trouverait des dizaines de milliers d’islamistes dangereux, détestant les Occidentaux juifs et chrétiens. Je n’ai guère été entendu. »

 

L’antisémitisme est-il passé à gauche ?

L’auteur nous prévient encore, que l’ennemi ne vient pas seulement d’ailleurs, il est aussi intime ; l’ennemi, a fortiori, est de l’intérieur : si l’antisémite engagé et Blanc d’extrême droite et qui « fait l’objet d’une détestation unanime par l’idéologie du temps présent » laisse place aujourd’hui à l’antisémite racisé, on ne doit pas oublier aussi que l’on trouve « le philosémite déçu ». Or, parmi celui-là, se niche « le prototype le plus parfait et dangereux du philosémite d’extrême gauche déçu », nous prévient Goldnadel, et que l’on trouve en la personne d’Edwy Plenel. Celui qui « a joui publiquement dans la revue Rouge du massacre des athlètes israéliens à Munich en 1972. » Si, donc, l’antisémitisme a changé de camp, passant du brun au rouge, c’est précisément parce que « toute une génération de journalistes militants », plus conformistes que critiques, a été manipulée par ce que l’auteur appelle la « plénélisation des esprits », qui « a fait son œuvre mortifère et créé des réflexes pavloviens au sein de la majorité du monde journalistique ».

 

L’antisémitisme : une poudrière en France ?

Ce Journal de guerre est aussi un journal de résistance. Si l’auteur et avocat sait qu’il est en guerre, le sms envoyé par son fils resté en Israël pour se battre l’invite à reconsidérer sa position en France. Son sort est scellé, il se fera résistant : son combat, intellectuel et offensif, doit être sans relâche, et ce livre est l’une des armes de la résistance. Inutile donc de rajouter que ce journal est un journal de combat, et un journal engagé. Engagé aussi, parce que Gilles-William Goldnadel écrit contre deux fléaux modernes et bien français : un nouvel antisémitisme qui fait des ravages (1000% d’augmentation des actes antisémites en 2024[3]) mais aussi un grand déni français : « une impossibilité de détester le violeur et assassin qui n’est pas détestable, n’étant ni mâle ni blanc. » L’hémiplégie islamogauchiste étant probablement l’hydre moderne le plus détestable. L’hémiplégie étatique, avec le refus de Macron de défiler auprès des Juifs qui manifestèrent contre l’antisémitisme, fut un autre coup de poignard. La salade politicienne de la France Insoumise profitant de la présence du Rassemblement national pour se dédier. La colère gronde, guide la plume de ce « Juif du réel ». Fatigué de toute cette hypocrisie politique : on préfère faire porter le chapeau au RN, on exhume le fantôme de Jean-Marie Le Pen, comme si l’ancien président du Front National avait quelque chose à voir avec l’augmentation exponentielle des actes antisémites. Si l’auteur est fatigué, il ne pourra jamais retrouver cette joie de vivre qui précéda le 7 octobre (« Je ne serai jamais plus heureux comme avant le 7 », écrit-il dans son « Avertissement ») ; il est fatigué des dénis, ou des manipulations par le langage, on dit par exemple à propos de Valeurs Actuelles « l’hebdo très droitier », mais on ne dit pas à propos de Street Press « le très gaucher », etc. Tout est biaisé par l’idéologie dominante : « Comme la fachosphère, alors qu’il n’existe pas dans le même champ lexical gauchisant ni bolchosphère ni islamophère. » Tout cela peut paraître très secondaire, un banal attribut du parisianisme médiatique, cela cause néanmoins des actes de violences et des blessés chez les Juifs de France. Et, en soi, cela n’est pas à négliger !

 

La nouvelle gauche : l’antisémitisme chevillé au corps

Alors, bien sûr, l’auteur n’est pas un poussin de trois semaines. Il s’était déjà alarmé des dérives de l’extrême gauche, et, de ce qu’il appelle ironiquement le « sévice public », entendez les médias du service public, ainsi que le journal Le Monde et Libération. Dans son Nouveau bréviaire de la haine (Ramsay, 2001), il avait montré comment l’antisémitisme s’était développé sur le nouveau désordre mondial suite aux attentats du 11 septembre 2001. Dans son Manuel de résistance au fascisme d'extrême gauche (Les Nouvelles éditions de Passy, 2021), il revenait sur une grande question de notre temps : les antifascistes ont-ils changé de camp ? Sont-ils toujours les garants de la paix et de la concorde et peuvent-ils toujours prétendre incarner le barrage entre la haine de l’autre et le vivre-ensemble ?[4] Certains journalistes de gauche saluent les actes barbares du 7 octobre, d’autres défendent sournoisement le Hamas. « L’extrême gauche de 2023, constate l’avocat et essayiste avec amertume, est exactement la même lèpre que l’extrême droite de 1923. » Triste encore de voir Macron se prosterner devant « la rue arabe » : « Macron est parti la calmer en Orient, tant il la craint chez lui », consigne-t-il dans une note encore plus amère. Mais l’idée est dans l’air, et elle est partagée par un grand nombre d’intellectuels et de politiques. D’aucuns diront qu’elle est d’extrême droite. Le mot à la mode, le mot commode pour discréditer le réel, le démonologiser. Et, pourtant, la seule question que l’on doit encore se poser, et que je poserai à l’auteur si je le rencontre, c’est qui est encore antisémite aujourd’hui ? Je crains d’en connaître déjà la réponse. Elle se trouve dans les dernières lignes de la note du 25 octobre : « Qui aura l’intelligence et le courage politique de dire à la rue arabe de 2023 qu’elle ressemble aux foules hitlériennes de 1923 ? » Mais le biais idéologique, qui aveugle la presse française depuis 50 ans et le militantisme plénélien, a diffusé par capillarité « le cadre du conformisme gauchisant anti-occidental en majesté médiatique », et cela a particulièrement biaisé notre regard.

 

Succès de ce livre

 Ce livre est ainsi un succès de librairie. Pourquoi ? Certainement, parce que le voile est enfin levé. Les massacres insoutenables du 7 octobre, le discours hémiplégique des médias de gauche, le déni honteux des Insoumis qui refusent de qualifier les barbares du Hamas de terroristes, face à toute cette chienlit, les Français prouvent qu’ils ne sont plus dupes. Lorsque je suis parti me procurer en urgence ce journal de guerre, je ne pouvais attendre la réception d’un service de presse, j’étais à la caisse d’une librairie, dans le VIe arrondissement, lorsque j’entendis un client demander à propos de cet ouvrage que je tenais fermement entre mes mains. Un livre comme celui-ci ne jouit pas d’un succès sans raison. Son succès n’est pas seulement celui d’un intérêt vigoureux et bien compréhensif pour la cause des Juifs, meurtris dans leur chair, c’est aussi le désaveu même de l’élite parisienne, enfin une certaine élite, particulièrement de gauche, ainsi qu’un désaveu des choix du président qui n’a pas encore rendu hommage aux otages toujours détenus par le Hamas. Ce succès est aussi une prise de conscience, le désir de lire la plume affûtée d’une intelligence qui surplombe celle des médias, particulièrement celui du service public, du Monde et de Libé, qui n’ont pas ni cœur ni le courage de reconnaître leurs torts partagés depuis 50 ans.

 

Le sort du 7 octobre 2023 sera bientôt le nôtre

Ce Journal de guerre n’est pas donc pas seulement celui d’un « avocat, juif, français, israélien, hétérosexuel et blanc », c’est d’abord celui de l’homme occidental, car l’on doit comprendre que le sort réservé le 7 octobre aux Juifs d’Israël sera aussi le nôtre, bientôt. On doit aussi comprendre que le 7 octobre n’est pas seulement une attaque monstrueuse contre Israël, et que celui qui minimise ce qui s’est passé, au nom de la défense des Palestiniens, qu’il injurie par la même, puisqu’en défendant les Palestiniens tout de go il défend aussi leurs bourreaux en la personne du Hamas, celui-là doit comprendre qu’il participe d’un « racisme anti-blanc » bon teint qui se diffuse dans les médias et à l’université, et dont il aura à vivre les désagréments le plus insurmontables, lorsqu’il se retournera contre lui. Voilà pourquoi ce Journal de guerre n’est pas seulement un journal de larmes et de colère, mais aussi un avertissement avant qu’il ne soit trop tard...

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[1] Journal de guerre. C’est l’Occident qu’on assassine, Paris, Fayard, 2024.

[2] Interrogé par l'AFP, Lior Haiat a confirmé ce chiffre.

 

[3] Voir à ce propos l’article de Public Sénat : https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/1000-daugmentation-des-actes-antisemites-la-resurgence-dun-antisemitisme-profond-violent-completement-desinhibe

[4] Voir ma recension parue dans la revue numérique Boojum et reprise dans mon Blog, Ouvroir de réflexions potentielles : http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2022/02/28/gilles-william-goldnadel.html

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