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Blaise Cendrars, l’errance poétique

Après son œuvre autobiographique, Blaise Cendrars entre en Pleïade, par la porte du roman et de la poésie cette fois. Deux tomes qui raviront les amateurs et les inconditionnels, dirigés par Claude Leroy, montrant un écrivain qui n’était pas seulement sur le départ, mais qui était aussi un « paradoxe fascinant ».


Après l’œuvre autobiographique complète parue dans la Pleiade en 2013, c’est au tour de l’œuvre romanesque et poétique de Blaise Cendrars d’être mise à l’honneur. Une œuvre aussi singulière et complexe qu’il nous est proposée de lire dans ces deux tomes, une littérature dont le style inédit et inimitable faite d’une simplicité de ton caractérise une œuvre qui se retourne sur elle-même pour se sonder et se connaître.

 

Poète de la modernité

Blaise CendrarsUne des grandes vertus de cette nouvelle édition, publiée sous la direction de Claude Leroy, est de montrer combien Blaise Cendrars est un poète de la modernité ; combien il tend très vite vers la prose, avec un style, une écriture de bourlingueur, l'écriture d’un homme continuellement sur le départ et faisant fi en permanence des conventions ; ajoutez à cela une profession de foi qui ne peut être autre que : « J’aime les légendes, les dialectes, les fautes de langage, les romans policiers, la chair des filles, le soleil, la tour Eiffel, les apaches, les bons nègres et ce rusé d’Européen qui jouit, goguenard de la modernité », fait de ce grand lecteur de Baudelaire un fin connaisseur des vertus du mot« modernité », vous tenez Cendrars, l'inclassable !


De Feuilles de route à L’or, on peut dire de cet écrivain, à qui Renée Dunan promit « le succès, la gloire […] en écrivant des romans d’aventures, qui seront épatants », qu'on trouve sous sa plume toute la modernité, toute notre modernité ; c'est donc moins des oeuvres d’avant-garde que des oeuvres modernes. Et la raison en est très simple : pour Cendrars, il ne s’agit pas de célébrer le futur. Pour cela, facile d'en juger, relisez l’inclassable texte de 1917 intitulé « La modernité » dans lequel l'écrivain français a simplement tout remis en question.

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Blaise Cendrars en 1907


Il faut aussi que je précise, que, de L’Or à Moravagine, nous n’avons nullement affaire à des romans d’aventure (n'en déplaise à Madame Dunan) ou à des romans à thèse. Il n'est pas de ceux, comme l'étaient Pierre Bourget ou Jean-Paul Sartre en leur temps, qui mettent la littérature au service de l'idéologie. Ce sont plutôt les livres d’un anarchiste, (dont il n’est plus guère utile de discuter ici je suppose !), nourris d’audaces stylistiques ou de modes narratifs affranchies de toute convention, et, affichant fièrement, une liberté totale de ton et de forme. C’est la prose du grand voyageur.


Mais nous avons aussi affaire à deux pôles différents que l'on peut parfaitement reconnaître dans ses textes, à la fois par l’écriture et par la conception, au point que nous pourrions croire que son œuvre ne peut être autre que l'oeuvre de deux écrivains « sans tendresse réciproque ».

Relisez donc la fugue du Transsibérien et voyez comme on n'y ressent rien d'imaginaire, mais tout ce que l'on y lit nous semble plus vraie que vraie.

Poète du voyage

Blaise CendrarsAinsi, de ce poète toujours sur le départ, de cette âme romantique amputée et vagabonde, il subsiste aujourd’hui tout l’imaginaire placé sous le signe du voyage, de la découverte et de l’aventure, de l’exaltation du monde moderne ; Cendrars a légué au patrimoine de l'humanité des poésies et des romans auto-fécondés, auto-détruits, révoltés, dénaturés. L’éditeur ne s’en cache même pas puisqu'il y a une grande part de convention (qui pourrait peut-être déranger) dans les intitulés donnés aux volumes que la Pléiade consacre à Cendrars. Autobiographiques hier, poétiques et romanesques désormais, de ce poète, on perçoit la nette ambition de remettre en question ou de se défaire des frontières des divers genres. « À l’école de Gourmont, Cendrars a découvert la seule ambition qui vaille : être celui par qui l’inconnu advient », écrit Claude Leroy dans sa préface.


Ces deux tomes de la Pleiade célèbrent l’authenticité de l’écrivain, pas seulement le voyageur ou le révolté, mais aussi celui qui, dans chacune de ses œuvres, s’adresse à un lecteur double, dont celui que Cendrars charge « de perpétuer le cycle de ses renaissances ». Ce biographe de lui-même, à la main coupée, laisse la place à l’homme gauche afin de jouir de cette ultime distance qui le séparait de soi.

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