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Michel Houellebecq, le devoir d'être abject

« Acceptable comme tout écrivain de valeur, Houellebecq ne l’est pas. Son encre est trempée dans le cyanure, sa littérature est dangereuse, parce qu’elle dit le pays dans lequel nous vivons », Marc Weitzmann[1]

 

 

I. Houellebecq,  le cynique

 

La littérature de Houellebecq apparaît, aux yeux du plus grand nombre d’entre nous, comme une littérature absolument monstrueuse. Ou devrais-je plutôt dire Houellebecq lui-même, en personne, nous paraît être un véritable monstre. Pourquoi ? Parce que dans un langage cru et sans nuances, il dénonce  l’échec d’une civilisation. Tous ses personnages, généralement des hommes médiocres, souffrent, et cherchent désespérément l’amour de l’autre. Mais les illusions de la libération sexuelle, l’individualisme primaire qui s’est installé dans les rapports humains, – chacun revendiquant pour lui seul son droit au plaisir –, le sadomasochisme, la compétition sexuelle, la négation ou mutilation du corps d’autrui, autant de murs, autant de fossés qui séparent les individus qui ont eu raison de notre désir de rencontrer autrui. Autant de limites posées par la gestion des intérêts privés, l’égoïsme, le tout à l’ego. Autant de remparts à l’amour, et au bonheur Certes, ça n’est pas seulement la société de consommation, et la fausse libération sexuelle qui sont les ultimes coupables de nos déchéances amoureuses. Certes, cette société délétère, incapable d’enseigner l’amour désintéressé de son prochain, véhicule une fausse image, totalement illusoire, du corps,  ne stigmatisant que les beaux corps. En réalité, nous dit Houellebecq, c’est la faute au moi. Un « moi » pour Houellebecq, qui n’existe pas. Nous ne savons pas nous trouver. Le moi n’est qu’un objet en souffrance focalisé par la mort. De fait, tous les personnages de Houellebecq sont aux prises d’une spirale irréversible. Tout d’abord, l’attachement à l’ego : origine de toute souffrance. Nourri par la compétition sexuelle, il l’est d’abord par la mort. La mort et la souffrance. « Il est faux, écrit-il, de prétendre que les être humains sont uniques, qu’ils portent en eux une singularité irremplaçable. (…) C’est en vain, le plus souvent, qu’on s’épuise à distinguer des destins individuels, des caractères[2]. » Notre mort et notre souffrance ne se partagent pas ; elles sont notre pleine essence. Elles sont notre lot, le lot de notre existence. Le reste ne demeure dans la mémoire qu’à peine plus qu’un roman qu’on aurait lu[3]. Cette association inextricable à notre fin tragique annoncée, ne permet pas l’amour. Pourtant, qu’ils soient misérables, pleins de haines, froids, médiocres, tous les êtres humains en rêvent, même s’ils ne font qu’en rêver, car rien ne nous assurent qu’ils puissent atteindre leur désir. Chez Houellebecq, les quinquagénaires salivent sur des nymphettes dont les corps sont très beaux, bandants, mais creux. Ce sont généralement de petites « garces » de dix-sept ou dix-huit ans incapables, bien souvent par bêtise crasse, de sortir de l’amour de leur petite personne sans existence, sans importance[4]. Des crétines aussi belles que stupides. Plus tard, lorsqu’elles seront devenues des femmes, elles prendront « des calmants, (feront) du yoga, (iront) voir des psychologues ; (les femmes) vivent très vieilles et souffrent beaucoup. Elles vendent un corps affaibli, enlaidi ; elles le savent et en souffrent. Pourtant elles continuent, car elles ne parviennent pas à renoncer à être aimées. Jusqu'au bout elles sont victimes de cette illusion. A partir d'un certain âge, une femme a toujours la possibilité de se frotter contre des bites ; mais elle n'a plus jamais la possibilité d'être aimée. Les hommes sont ainsi voilà tout »[5] nous dit un Houellebecq sans appel.

 

 

II. Houellebecq, le moraliste

 

A l’instar de Camus, de Dagerman ou de Sartre, je dis que Houellebecq est la conscience de son temps. Il est la conscience de toute une génération dont il est devenue le porte-parole. La mienne. J’en suis. Il est notre miroir. Un miroir qui nous renvoie une image si abominable, qu’elle nous interpelle autant qu’elle nous effraie. Une image si insupportable qu’elle nous révolte parfois. Houellebecq n’est pas un écrivain monstrueux. Juste un auteur qui a décidé de mettre le doigt là où ça fait mal, c’est-à-dire sur notre condition humaine et détestable. A cela, la seule question valable : pourquoi ? En dénonçant un système libéral économique et sexuel, en mettant en mot ce que tous avaient au rebord de la conscience, il s’est volontairement transformé en une victime de la vindicte des « faibles », des hommes du ressentiment qui ne supportent pas d’être ainsi mis à jour. On pourrait d’ailleurs le comparer sans ironie à ce messager dans la tragédie grecque antique, qui, apportant une mauvaise nouvelle à la cité, se voit la cible de la colère de tous car, ne pouvant détruire le message, on s’en prend naturellement au messager. J’ai toujours été convaincu qu’il y avait quelque chose de profondément humain dans le message de Houellebecq. Antilibéral forcené, on lui en a longtemps voulu, notamment les femmes, de montrer le sacrifice de la gent féminine, voire la disgrâce de leur solide rôle dans la société patriarcale d’antan, transformée par la société libérale et consumériste, en véritable marchandise. Mais il faut admettre que Houellebecq n’a jamais ménagé les femmes, notamment quand il aborde les relations sexuelles entre elles et les hommes. Sûrement comme l’avance Bruno Viard a-t-il des comptes à régler avec sa mère[6]. Ce dont je suis sûr, pour en avoir fait personnellement l’expérience, c’est que la frustration adolescente que Michel Thomas ressenti autrefois, devant ces corps de nymphes qui lui parurent longtemps inaccessibles, resurgit soudain, dans des critiques au vitriol. Aussi, loin des idées reçues, Houellebecq n’est pas un misogyne, mais plutôt un écrivain qui idéalise la femme. Lorsqu’il écrit par exemple dans Les particules élémentaires : « Les femmes sont meilleures que les hommes. Elles sont plus caressantes, plus aimantes, plus compatissantes, et plus douces ; moins portées à la violence, à l’égoïsme, à l’affirmation de soi, à la cruauté »[7], venant d’un esprit aussi brillant que celui de Houellebecq, on croirait presque à une sorte d’ironie feinte. A la réflexion, j’opte, pour un idéalisme naïf, porté par un culte du sacré qui intègre LA femme, ayant toujours empêché Michel Thomas, puis Michel Houellebecq, d’avoir des relations normales avec le sexe opposé en général.

 

Certes. J’avoue avoir toujours été désespéré par toute ces lectures si convenues, bâclées, banales qui voient en Houellebecq lui-même, un écrivain misogyne, désespérant et atrophié par le désespoir morbide d'un suicidaire qui déteste la vie. Certes, Houellebecq est de cette race de pessimistes. De grands pessimistes post-Schopenhaueriens  qui ont beaucoup de mal à se guérir. Pour lui, comme pour Schopenhauer, la vie n'est qu'un pendule oscillant entre souffrance et ennui, exaltée par la société de consommation qui fonde toute sa logique économique et sexuelle sur le désir, au final systématiquement déçu ou frustré. Cette dialectique du désir hante tous ses romans depuis le premier, Extension du domaine de la lutte[8]. Mais son irréversible pessimisme post-schopenhauerien, que Nietzsche avait d’ailleurs, selon les mots mêmes du romancier, si mal compris, résulte avant tout d’une incapacité à savoir vivre… D’où tous ces héros houellebecquiens qui rendent, coup pour coup, ce qu’ils ont reçu. Cette écriture vindicative, proche du ressentiment, que Bruno Viard, imprégné de nietzschéisme sûrement, appelle « la conscience esclave »[9]. Certes, incapable de bonheur ou de plaisir, Houellebecq se livre à une critique en règle de tout ce que la vie ou la société peut apporter à l’homme de semblant de jouissance. Cette blessure profonde que Houellebecq porte en lui depuis sa toute jeunesse, l’empêche-t-elle d’être objectif ou, au contraire, lui confère-t-elle une forme de lucidité redoutable ? Voilà la seule vraie question. Il est vrai qu’avec la sortie d’Extension du domaine de la lutte, il espérait encore changer le monde, depuis, il n’espère même plus. Il ne se voit plus en conflit avec ce dernier[10]. Probablement parce qu’il sait que la littérature aujourd’hui ne changera plus rien…

 

Dans la même logique, je voudrais personnellement que l’on cesse cette méprise à propos de Michel Houellebecq qui nous fait dire que c’est l’auteur du « désespoir ». Il n’est pas un auteur pour suicidaires sous Prozac, mais un écrivain -sengagé, tragique, désespéré. Moins un écrivain de l’absurde, qu’un auteur qui fait face à l’absurde. « L’homme se trouve devant l’irrationnel. Il sent en lui son désir de bonheur et de raison. L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde », écrivait Camus dans Le mythe de Sisyphe[11]. Et voilà que, transposé à l’auteur des Particules, nous découvrons, à mon sens, un Houellebecq plus juste, c’est-à-dire dans sa dimension toute tragique. Une dimension à laquelle j’appliquerais bien volontiers cette épitaphe que Nikos Kazantzakis avait choisi derrière les grecs antiques, pour sa tombe, célébrant une philosophie de la liberté : « Je ne crains rien, je n’espère rien, je suis libre ». Certainement l’une des représentations les plus exactes de la pensée de Houellebecq et qu’il se fait, je pense, de la vie[12]. Une représentation à la fois morale, éthique, existentielle, et métaphysique. Parce que j’ose le dire derrière Jean d’Ormesson, et c’est cela qui me plait le moins chez Houellebecq : il est un « moraliste »[13]. Un vrai. Un de ceux que l’on pourrait ranger aux côtés de La Rochefoucault ou de La Bruyère. Sauf, qu’à leur inverse, Houellebecq ne parvient à se détacher de son pathos qu’il injecte sans concession dans son écriture et ses romans. Dans le cas de son œuvre, il y a dès lors peu de chance, qu’elle puisse un jour atteindre l’universel. Bien sûr, elle prête à penser, mais du fait même qu’elle est traversée de la subjectivité pathétique de l’auteur, elle demeure en-deçà de l’œuvre d’un maître à penser.

 

De fait, le moralisme de Houellebecq me semble être un moralisme nourri de ressentiment, paternaliste et aigri. Pour illustrer cette idée, je vais prendre l’exemple de son troisième roman, Plateforme[14] : l’écrivain dépeint le cheminement initiatique d’un homme à Bangkok, qui s’abandonne aux plaisirs du body massage, avant de décider, avec son amie Valérie, rencontrée là-bas, de proposer un club « où les gens puissent baiser ». Certes, pas entre eux. Non ! Michel, le personnage principal, ne pense pas à un club échangiste, si répandu ces dernières années en Occident. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que selon l’anti-héro houellebecquien, « il doit certainement se passer quelque chose, pour que les Occidentaux n’arrivent plus à coucher ensemble ». La vision de cette dégradation des rapports est parfaitement vue par le personnage de Houellebecq. Michel veut, en réalité, leur proposer des autochtones : parce que celles-ci « n’ont plus rien à vendre que leur corps, et leur sexualité intacte ». Pas de lutte des sexes, pas de hargne, seul le bon rapport avec le partenaire compte.

Certes, comme moraliste, Houellebecq ne nous rend pas la tâche facile. Il sème plusieurs pistes qui concourent à creuser l’ambiguïté. Le prénom du narrateur qui est identique à celui de l’auteur ; les parallèles avec un monde référentielle, qu’il soit interne ou externe, je pense par exemple à ses propos publics, lorsqu’il encensa les thaïlandaises, à la sortie de son roman, faisant valoir leur savoir-faire en matière sexuelle, les considérant comme des femmes, à l’inverse des occidentales, qui savent réellement donner de l’amour et du plaisir aux hommes ? Ou lorsqu’il ne sait plus soudain ce qui tient de l’autobiographie dans ses romans et ce qui tient de la fiction[15].

Je mets toutefois en garde ici, une fois de plus, contre les mauvaises interprétations. Contrairement à toutes ces lectures un peu trop convenues, il ne faudrait pas voir dans ce roman, une apologie du tourisme sexuel, mais bien la dénonciation de la déliquescence du monde Occidental, causée par l’ultralibéralisme que Houellebecq avait déjà entamée avec Extension du domaine de la lutte.

Faire le constat d’un déclin de la sexualité étendu à l’ensemble des couches sociales, aux hétérosexuels comme aux homosexuels, épargnant à peine les jeunes ou les adolescents. Constat d’autant plus fort que Michel Houellebecq remarque, à juste titre, que l’absence de sexe entraîne irrémédiablement d’autres dérives : « If you have no sexe, you need ferocity. That’s all[16]… »

 

L’étiquette d’« immoralisme » aurait convenu à un récit qui se serait ouvertement réjouit du tourisme sexuel. On a pourtant l’impression que Houellebecq nous fait la leçon. Que le roman s’écrit en forme de réprobation. Cette idée ne me parait pas exagérée. Houellebecq aurait bien aimé en finir avec cette déliquescence morale et humaine. Il a même combattu pour cela. Ses romans, ses poésies étaient les moyens de sa logique de guerre. D’où une lecture de tous ses textes, pour être fidèle à l’esprit de l’auteur, qui doit suivre une double orientation : morale et politique.

 

III. Houellebecq, le politique

 

Dans un texte de toute première catégorie, Sortir du XXème siècle ?[17], Michel Houellebecq écrit la chose suivante : « La littérature ne sert à rien. Si elle servait à quelque chose, la racaille gauchiste qui a monopolisé le débat intellectuel tout au long du XXe siècle n'aurait même pas pu exister. Ce siècle, bien heureusement, vient de s'achever; c'est le moment de revenir une dernière fois (on peut du moins l'espérer) sur les méfaits des « intellectuels de gauche », et le mieux est sans doute d'évoquer Les Possédés, publié en 1872, où leur idéologie est déjà intégralement exposée, où ses méfaits et ses crimes sont déjà clairement annoncés à travers la scène du meurtre de Chatov. Or, en quoi les intuitions de Dostoïevski ont-elles influencé le mouvement historique ? Absolument en rien. Marxistes, existentialistes, anarchistes et gauchistes de toutes espèces ont pu prospérer et infecter le monde connu exactement comme si Dostoïevski n'avait jamais écrit une ligne. Ont-ils au moins apporté une idée, une pensée neuve par rapport à leurs prédécesseurs du roman ? Pas la moindre. Siècle nul, qui n'a rien inventé. Avec cela, pompeux à l'extrême. Aimant à poser avec gravité les questions les plus sottes, du genre : « Peut-on écrire de la poésie après Auschwitz ? » ; continuant jusqu'à son dernier souffle à se projeter dans des « horizons indépassables » (après le marxisme, le marché), alors que Comte, bien avant Popper, soulignait déjà non seulement la stupidité des historicismes, mais leur immoralité foncière. »

 

Que dit ce texte ?

Houellebecq est un anti-libéral systématique, mais aussi un écrivain qui retient en même temps, des années 70, un souvenir amer d’une pensée de gauche qu’il considère comme une intelligentsia précaire aux fausses valeurs. Michel Houellebecq a évidemment raison de vouloir faire la guerre à ces histrions de fortune, ces intellectuels hallucinés, qui avaient la haute prétention, cette méprisable vanité de remettre à zéro les compteurs de l’histoire, ne faisant rien d’autre en réalité, qu’accélérer leur propre perte, et celle des masses populaires. Ce que Houellebecq déteste dans toute cette mouvance gauchiste, qui se pose en mouvement du « Bien », c’est avant tout, l’angélisme arrogant dont ils se parent, occultant ainsi leurs méfaits, et se frayant un chemin dans la logique libérale, faisant de la « liberté », à laquelle ils se disaient si attachés, une notion ambivalente.  


Par l’incipit de ce texte magnifique, Houellebecq stigmatise cette génération, à laquelle il appartient, qui fut profondément marquée par le vocabulaire creux et pompeux du marxisme, dénonçant avec justesse combien tout ce qui prétend libérer l’individu l’aliène au contraire. Grand Héraut de notre médiocrité moderne, Houellebecq dénonce le schéma du modèle privé : toutes ces relations humaines non rentables que la société de consommation balaye sous le tapis ; il brasse des thèmes complexes et dérangeants tels, la solitude, la frustration comme principe constitutif de nos personnalités fin de siècle, la lutte à mort pour la satisfaction de nos désirs consuméristes, dans un univers où la logique libérale organise tout, du travail à la sexualité, rien n’échappant aux « eaux glacés du calcul égoïste ». Un Houellebecq certes controversé. Un Houellebecq courageux. Probablement même, un Houellebecq parlant à une génération « désenchantée » : les 30-45 ans. Et si, son premier roman fut encore très marqué extrême gauche, l’évolution vers une certaine critique ravageuse de la gôche « bien-pensante » n’enlève rien à une marque de fabrique qui ne se trahit jamais, examinant et dénonçant le libéralisme économique, mais surtout la « libération sexuelle » en tant que moteur de toute relation entre individus,  dans sa vision très « hobbesienne » ou très « darwinienne » de notre société « postmoderne ». 

 

IV. Houellebecq, l’écrivain postmoderne

 

Ce concept clé de ces dix dernières années, à savoir le concept de « postmoderne »,  Houellebecq en est un fin connaisseur, puisqu’il est à la fois le grand critique de la société « postmoderne », et comme par ironie, le chef de file d’une littérature elle-même « postmoderne ». Pourquoi ? D’abord, parce qu’il écrit contre le vice, le nihilisme, et l’immoralisme qui agitent notre époque, s’installant insidieusement dans nos comportements, nos modes de penser. Mais force est de constater, que Houellebecq est un écrivain « postmoderne » dans deux sens précis : 1) il n’assassine pas la forme du roman, ni n’en vilipende pas les techniques, 2) il construit ses romans comme de vastes plans d’offensives politiques anti-libérales, propres à dénoncer la fin des valeurs humanistes d’une civilisation qu’il considère aujourd’hui comme définitivement perdue. D’aucun me demandera si c’est bien suffisant pour le taxer d’une telle étiquette[18]. Certes, probablement pas. Cependant, au-delà du réactionnaire, qu’il n’est d’ailleurs pas, dénoncé par Daniel Lindenberg qui en donne un portrait assez juste[19], mais qui occulte un point essentiel à la vision houellebecquienne de notre société contemporaine, c’est qu’elle est irréversible. Pour éclairante qu’elle soit, la démarche littéraire de Houellebecq s’inscrit dans une démarche qui n’a rien de littéraire à proprement parler, c’est-à-dire si je m’en tiens aux codes classiques : romancier hyperréaliste, au desseins planificateurs, l’œuvre de Houellebecq semble hésiter entre l’engagement cynique et désenchanté dans un monde social froid et déserté par toutes valeurs, et la critique morale –que j’ai mis en lumière plus haut – utopique et désabusée. Certes, je ne reproche pas à Houellebecq, comme l’on fait de nombreux critiques, d’être un sociologue qui se serait trompé de genre littéraire, je ne lui reproche pas non plus de ne pas avoir de style, tant je suis persuadé que son écriture blanche rend un style puissant adapté à l’orientation de ses romans, mais le choix de l’auteur est d’aller droit à l’essentiel, réaliste jusqu’à épouser l’ambiance de la postmodernité, il ne permet plus au final, de dénouer ce qui est de l’ordre de la critique, de ce qui est de l’ordre de la posture ou de la conviction. Aussi, serait-ce la raison qui ferait dire à un lecteur superficiel que les romans de Houellebecq sont systématiquement écrits sur le même thème ? Ou encore qu’ils ne sont rien d’autre que le produit d’un homme malade, voire aigri ? Certes, en premier lieu, les personnages sont stéréotypés, les situations presque caricaturales. Tous les caractères de l'œuvre houellebecquienne paraissent englués dans un réel sordide. Les textes sont des narrations de faits, de scènes dénuées de toute fiction. En deuxième lieu, l'histoire, l'intrigue, le nœud même qui caractérisait le roman jusque là, semble évacué au profit d'une peinture sociologique d'une complaisance exacerbée. Et ce réalisme attaché à la plume de Michel Houellebecq semble, dans les termes mêmes de la conséquence du choix, peindre le réel avec une fidélité que seul Balzac connaissait, une façon de rejeter définitivement l'art. Lire et apprécier Houellebecq, c'est désormais accepter que l'art du roman, - si son âme est encore parmi nous ! -, n'est plus la réinvention même du réel, mais la mimésis la plus parfaite. Une sorte de traduction du monde tel qu'il est, ou  prétendu telle...

En troisième lieu et en conséquence, Houellebecq ne transfigure plus le banal, mais désormais décrit, sans la moindre distance les désordres sociaux, dénonce la haine ordinaire, le racisme rampant, les luttes et les désespoirs, celles de l’homme du ressentiment pour le reprendre la formule nietzschéenne. Michel Houellebecq dispose de cette acuité sévère qui lui permet de rationaliser les comportements ou les sentiments ressentis par le nombre sur le mode du « vécu ». Michel Houellebecq est le diaporama d’un malaise « civilisationnel », d’une dépression généralisée. Il est comme la chouette de minerve de Hegel qui prend son envol à la tombée de la nuit. Son regard se fait synthèse d’une catastrophe généralisée, témoin des catacombes de l’Occident, fin d’un empire économique, technique et philosophique.

 

V. Houellebecq, le visionnaire

 

Dans les polémiques qui ont généralement entouré la parution d’un nouveau roman de Michel Houellebecq, des Particules élémentaires à La possibilité d’une île, ou beaucoup de choses ont été dites, de procès faits à l’auteur, une question capitale à été systématiquement occultée : qu’est-ce qui fait courir, et surtout parler Houellebecq : lucidité ? cynisme ? désespoir ? haine ? Nombreux seront ceux qui y ont répondu avant même de l’avoir posée.

 

Quand après avoir écrit un roman[20] dénonçant ce qu’il appelle la « bêtise » d’une religion, précisément l’islam, sa dangerosité sur le plan politique et idéologique, et qu’il réitère en personne répondant à la revue Lire : « (La) religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le coran, on est effondré[21]… ! » On a l’impression que tout est clair. Une impression surtout ressentie par des lectures superficielles, là encore. Certes, à certains moments, c’est, à n’en pas douter, une forme de ressentiment qui le fait parler… Accordons à Patricola[22] que nous sommes là dans une certaine forme de vengeance. Reste que la lucidité sur l’islam est nette, cette religion monothéiste se doit encore d’en passer, à l’instar de son aîné le christianisme, par son « siècle des lumières ». Il n’en demeure pas moins non plus, qu’un certain islam, dans la confusion des débats, se présente, avec ses controverses autour du voile, les attentats meurtriers perpétrés par des minorités intégristes prônant un islam idéologisé, comme un islam politique  qui mène en fait un combat contre la République et contre la démocratie, ne faisant que très peu cas de la vie humaine. 

 

Michel Houellebecq serait alors cet « iconoclaste de la République des lettres »[23] dont parle Patricola, que cela ne changerait pas grand-chose au côté visionnaire de son œuvre, à sa grande lucidité et son acuité. L’observation de notre monde contemporain, des comportements, de sa haine de soi ; les attentats du 11 septembre 2001, de Bali en 2002, et puis de Londres en 2005 montrent bien que certaines « interprétations » de l’islam font problème… Mais d’autres terrains sont également investis, dans le malaise général, comme la biologie, avec l’eugénisme, le clonage, la métaphysique, l’anthropologie, la sociologie… L’écriture houellebecquienne sème le trouble en dénonçant le trouble, brise les consensus, les tabous, mais moins par esprit de provocation[24] que pour délier les langues.

 

VI. Houellebecq, le misanthrope

 

Sans jamais se laisser aller non plus au moindre psychologisme, Houellebecq fonde ses romans sur le moule anglo-saxon, notamment celui de Bret Easton Ellis. Il dénonce la cruauté ou la méchanceté qui courent depuis le début de l’humanité. Dès l’enfance, on a le sentiment que l’homme est « programmé » pour faire souffrir ses congénères. Cette vision très hobbesienne l’amène à introduire dans ses romans des descriptions crues, sans nuances qui nous montrent combien en Occident, si l’on n’y prenait pas garde, en observant simplement nos contemporaines, en analysant l’histoire et sa violence accoucheuse du progrès tel que l’écrivait Karl Marx, on glisserait progressivement vers une sorte de misanthropie crasse.

 

Emplis de compassion pour les multiples victimes qui jalonnent ses œuvres, nous acceptons alors volontiers de suivre Houellebecq sur chemin vers lequel il nous entraîne, le seul qui soit encore un chemin d’espoir pour nous tirer de la « barbarie », si on en croit l’auteur : celui de l’eugénisme. Ca n’est pas une « solution finale ». Pas un « eugénisme fasciste ». C’est un projet scientifique qui permettrait l’invention et non la sélection. Inventer une espèce humaine qui serait enfin délivrée du désir sexuel et de la mort[25]. Une idée novatrice, mais selon moi profondément dangereuse, qui se trouve reprise, et continuée par le nouveau roman de Michel Houellebecq, La possibilité d’une île[26].

 

Dans Les particules élémentaires[27], Michel, le scientifique, imaginait une espèce asexuée et immortelle. Dans le dernier roman de Houellebecq à ce jour, l’idée de l’immortalité est reprise. Le personnage principal, Daniel1, qui est par ailleurs un artiste célèbre pour ses sketches comico-haineux, — un de ces personnages houellebecquiens englués dans une vision du monde cynique et décalée, et qui admet que ses sketches véhiculent bien la haine raciale et la haine de son prochain, car, quand on fait rire, on vous donne le droit d'être abject— couche sa vie sur le papier afin que ses futurs clones puissent en prendre connaissance, et ainsi éviter de nombreuses erreurs. Houellebecq ose ainsi aborder avec beaucoup de discernement, mais surtout beaucoup de courage, le sujet si controversé du clonage. Bienvenue dans l’ère du « post-humain ». Ce que Daniel25 appelle le « néo-humain ».

 

Voilà donc la grande nouveauté houellebecquienne, à peine tentée si l’on peu dire par l’avant-dernier, Plateforme[28] : l’anticipation. Des « néo-humains » en quête d’immortalité. Evidemment, le désir d’éternité, qui n’en a jamais rêvé ? Plus que jamais notre société consumériste, individualiste, nihiliste, athée, incapable de se penser dans la pérennité du groupe, pose cette alternative comme salvatrice. L’éternité comme dernier espoir d’accès au bonheur ?


Cette fameuse « quête » en laquelle Houellebecq ne croit pas[29], ou ne croit plus, pose une question fondamentale : celle du sens de la vie. Heidegger avait, jadis, en son temps, repris la vieille question antique : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Un problème philosophique fondant toute la recherche du sens. Un sens que la secte des Elohims bien évidemment se pose, —comme bien d’autres—, et pose dans ce roman.


L’intérêt de citer cette rencontre entre le narrateur et le prophète des Elohims pour Houellebecq reste bien entendu de souligner les limites de la science, de la technique et surtout des religions. Religions qui, dans ce roman, sont réduites à de vulgaires phénomènes de pure consommation.

 

Mais la vie éternelle est-elle seulement une possibilité envisageable ?  Et aurait-elle pour autant un sens ? Simone de Beauvoir dans Les hommes sont tous mortels[30] en dénonçait déjà la supercherie. L’homme ne mérite pas un tel destin. Car c’est le destin le plus funeste qui soit. Quand à Houellebecq, s’il ne montre plus beaucoup de compassion pour ses « frères » humains, il continue tout de même de les créditer d’une faculté qui leur confère toute leur dignité : l’émotion. Faculté que la vie éternelle leur ôterait définitivement :


« Je compris également que l’ironie, le comique, l’humour devaient mourir, car le monde à venir était le monde du bonheur, et ils n’y auraient plus aucune place[31]. »


L’émotion serait-elle donc la rançon à payer pour obtenir le bonheur ? L’homme aussi évolué qu’il soit, scientifiquement, techniquement, culturellement, resterait quoi qu’il prétende, une bête, un infrahumain, un post-humain dont les sentiments auraient disparu, et ne seraient pas plus heureux qu’autrefois. L’homme ainsi ne mériterait donc pas la vie éternelle, non parce qu’il ne sait que produire violence et souffrance sur ses propres frères, non parce qu’il serait en résumé, un homo sapiens à peine plus évolué que les autres êtres vivants, mais parce qu’il ne mérite tout de même pas d’être ainsi zombifié.

 

Houellebecq, à l’image de ses héros, ressent le mal de vivre. Un mal de vivre sûrement inspiré de la décadence, du nihilisme contemporain, du délitement de la morale. « Elle avait raison : je suis un tout petit enfant infirme, très malade, et qui ne peut pas vivre. Je ne peux pas assumer la brutalité du monde ; je n’y arrive tout simplement pas[32]. »

 

Pour survivre, rester vivant en ce monde qu’il juge derrière Schopenhauer, n’être qu’« une souffrance déployée »[33], Houellebecq n’a qu’une seule parade, qu’une seule carte : la poésie. Il est peut-être même l’un de nos derniers poètes. Mais grâce à elle, grâce à la poésie, il peut « survivre ». Survivre par l’écriture. Une écriture qui lui permet, - et nous permet- de ressentir quelques moments d’infini.

Houellebecq a donc compris la leçon : il ne doit pas mourir. Il doit tenir bon ! Car, « un poète mort n’écrit plus. D’où l’importance de rester vivant »[34].

 

 
(Paru dans Le Journal de la culture, n°17, Nov/Dec 2005. Revu et augmenté en avril 2011) En ouverture :
Michel Houellebecq (Site France Diplomatie)


[1] « Houellebecq, aspects de la France », Le Monde, 7 septembre 2001, p. 14.

[2] Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, Paris, Flammarion, 1998.

[3]  « En somme, l’idée d’unicité de la personne humaine n’est qu’une pompeuse absurdité. On se souvient de sa propre vie, écrit quelque part Schopenhauer, un peu plus que d’un roman qu’on aurait lu par le passé », op. cit.

[4] « Je me souvenais d’être passé le matin même devant le lycée Fénelon. C’était entre deux cours, elles avaient quatorze, quinze ans et toutes étaient plus belles, plus désirables qu’Isabelle, simplement parce qu’elles étaient plus jeunes. Sans doute étaient-elles engagées pour leur part dans une féroce compétition narcissique, - les unes considérées comme mignonnes par les garçons de leur âge, les autres comme insignifiantes ou franchement laides ; il n’empêche que pour n’importe lequel de ces jeunes corps un quinquagénaire aurait été prêt à payer, et à payer très cher, voire le cas échéant à risquer sa réputation, sa liberté et même sa vie », », La possibilité d’une île, Paris, Fayard, 2005, p.84. 

[5] Les particules élémentaires, Paris, Flammarion, 1998.

[6] Les relations difficiles avec sa mère sont notoires aujourd’hui. Cf. Bruno Viard, Houellebecq au laser. La faute à Mai 68, Nice, Les Editions Ovadia, 2008, p. 44 et sq.

[7] PE, p. 205.

[8] Editions Maurice Nadeau, 1996.

[9] Op. cit., p. 66-67.

[10] « Il faut écrire un texte religieux pour changer le monde », Interview Les inrockuptibles, octobre 2005.

[11] Folio-Gallimard.

[12] « Cela dit, il avait eu tort sur un point : on peut très bien vivre sans rien espérer de la vie ; c’est même le cas le plus fréquent », Lanzarote, Paris, Librio, 2002, p.54.

[13] Voir à ce propos l’excellente réflexion tenue par Jean d’Ormesson sur le plateau de l’émission Le bateau livre, sur la Cinq, le 4 septembre 2005.

[14] Paris, Flammarion, 2001.

[15] « Je sais que c’est difficile à croire, mais à l’heure actuelle, je ne sais plus très bien ce qui, dans mes romans, relève de l’autobiographie ; je suis par contre très conscient que cela n’a aucune importance », in « C’est ainsi que je fabrique mes livres. Entretien avec Frédéric Martel », La NRF, n°548, janvier 1999, pp. 197-209.

[16] La possibilité d’une île, Paris, Fayard, 2005, p. 368.

[17] Lanzarote et autres textes, Paris, Librio, 2002, p. 71 sq.

[18] Or, la définition de « postmoderne » que j'emploie ici, est celle justement d'une notion valable pour quelques millions d'occidentaux pour qui la vie est rapide, rationnelle, efficace, propre, désenchantée et magique ; pour qui la modernité est assumée et existentielle et non vécue sur le mode de l'imposition d'un quotidien technique et instrumental. La prolifération des « post », « néo », « high tech » révèle ce sentiment d'une modernité assumée et vécue au second degré. Est postmoderne donc ce qui permet le retour du passé sur le mode de l'instable, du changement et du progrès propre au modernisme ; le retour du passé n'étant pas pour autant retour au passé. Et même s'il existe plusieurs acceptions de ce concept, bien sûr, c’est l’acception  philosophique que je retiens, celle que j'emploie est celle de Jean-François Lyotard, La condition postmoderne, Rapport sur le savoir, Paris, Les éditions de Minuit.

[19] Daniel Lindenberg, Le rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, La République des Idées, Le Seuil, 2002, p. 85 et sq.

[20 ]Plateforme, Flammarion, 2001.

[21]  Lire, n°298, septembre 2001, p.31.

[22] Jean-François Patricola, Michel Houellebecq ou la provocation permanente, Ecriture, 2005.

[24] Jean-François Patricola, ibid, p.64.

[25]  Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, Flammarion, 1999.

[26]  Fayard, 2005.

[27]  Opus. cité

[28] Flammarion, 2001.

[29] « N’ayez pas peur du bonheur, il n’existe pas », « Survivre » in Rester vivant et autres textes, Librio, 1999.

[30]  Folio Gallimard

[31] La possibilité d’une île, Fayard, 2005

[32] La possibilité d’une île, Fayard, 2005

[33] « D’abord, la souffrance », in Rester vivant et autres textes, Librio, 1999.

[34] « Survivre », in Rester vivant et autres textes, Librio, 1999.

Commentaires

  • wouaiiiiis abjecte je m'en délecte ha ha ha

  • Moi aussi John, moi aussi.

  • En résumé, tout le monde kiffe Houellebecq... Demain, deuxième et dernière partie... on line !!!

  • Yes, ça kiffe grave dans les chambrées.

  • Souffrez, mes chers amis que l'abjection me débecte, que je l' exècre et que j'aie tendance à la prendre pour ce qu'elle est: une éructation sans esprit dont je me passe fort bien. Mais vous, je vous aime bien.

  • C'est juste que nous sommes pervers et que tu ne l'es pas.

  • Probablement, mon cher françois. :-))

    La perversion, frustration qu'on a mise sur un piédestal, peut mener à la souffrance et tout salir, du lit jusqu'au système bancaire...
    En bonne terrienne pragmatique, je m'honore de soigner mes frustrations (tout le monde en a) en gardant l'esprit ouvert à toutes les formes de guérison. Je trouve toujours assez indécent les gens qui pense être intéressants en déballant leurs tripes fétides. J'ai définitivement tourné le dos à Houellbecq en l'entendant "vomir" sa mère. J'ai refermé son livre en me disant "Quel intèrêt ???" comme à la Fiac devant la machine à fabriquer des excréments, (une oeuvre d'art, dit-on....).

  • Oui, mais il en a tant vendus qu'il peut vivre toute sa vie sans travailler.

  • quand j'ai lu " les particules élémentaires " je crois que j'ai entrevu la source de cette personnalité négative, écoeurée de tout. séparer deux frères pour pouvoir vivre leur vie quel égoïsme de ses parents!
    les bases ont été lézardées dès l'enfance!
    mais il faut éviter de se laisser séduire !! ou on devient désabusé , on ne voit plus rien de ce qui reste beau il reste encore la nature ( quoiqu'on en dise ) et aussi les sentiments réveillons-nous que diable !
    évitons le matérialisme et le sexe à tout prix et n'importe comment!
    sinon on va crever !

  • Je pense que l'on en veut bcp à Houellebecq de nous fasciner tant. Son style, ses personnages, son univers, tout est là pour nous séduire, ou tout du moins, réveiller en nous certains fantômes, certaines frustrations, un certain dégoût, inhérent à tous, de la vie.

    Je crois aussi que le temps de Houellebecq (comme celui de Dantec, -bien que ce dernier ait tenté de rejoindre une conception du monde plus christique, plus emplie de spiritualisme mystique pour échapper à ses démons, à son dépressionnisme névrotique) est fini. Houellebecq contrairement à Dantec reste plus prudent, demeure stable sur ses positions athées et rationnelles. De fait, son propre dépressionnisme, proche d'une aspiration au néant, se referme sur lui comme un mausolé. D'où cette inaptitude à vivre qu'il conserve contre vents et marées, et l'échec qui est le sien à construire une oeuvre universelle.

    Houellebecq a réveillé en nous nous névroses, nos anxiétés, notre angoisse existentielle ; à nous de suivre désormais d'autres pistes. Pourquoi pas celle de BHL (voir mon dernier post à ce jour "Houellebecq/BHL") qui est franchement spinoziste... ?

  • Houellebecq dit, decrit, disseque, ce que peu d'entre nous regardent en face, il ecrit l'impensable, la part monstrueuse de l'existence, que l'on s'efforce de nier par la sublimation.

  • "Ce sont généralement de petites « garces » de dix-sept ou dix-huit ans incapables, bien souvent par bêtise crasse, de sortir de l’amour de leur petite personne sans existence, sans importance[4]. Des crétines aussi belles que stupides. Plus tard, lorsqu’elles seront devenues des femmes, elles prendront « des calmants, (feront) du yoga, (iront) voir des psychologues ; (les femmes) vivent très vieilles et souffrent beaucoup. Elles vendent un corps affaibli, enlaidi ; elles le savent et en souffrent. Pourtant elles continuent, car elles ne parviennent pas à renoncer à être aimées. "

    Mais toutes ces choses ont toujours été dans le monde... Houellebecq est un beau macho et bien prompt à l'amalgame, celui de la clique qui insulterait d'ailleurs aujourd'hui Casanova !! Dans ses livres il parle surtout de relations tarifées, c'est davantage franc peut-être, mais ça ne fait forcément de lui un second Byron ou un deuxième Albert Cohen. Ses livres sont parfois ennuyeux... Enfin pour l'addiction globale du monde au prozac et autres drogues autorisées et le devoir d'être insupportable, là il est certes dans le vrai.

  • La niaiserie est de rigueur, ça au moins c'est sûr...

    [CQFD]

  • N.B: avec l'ignorance bien évidemment. Un peu d'ailleurs comme dans La Possibilité d'une île.

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