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James Blish : Un cas de conscience

James Blish est un grand classique de la littérature SF, et est surtout réputé pour sa puissance d’écriture et son talent d’imagination visionnaire. On peut donc saluer sans mal, la réédition de Un cas de conscience en SF Gallimard, ce magnifique roman, Prix Hugo 1958, écrit certes avec un style aride, bourré de multiples références, en matière scientifique, biologique, philosophique, mais dont l’intérêt n’est tout de même pas des moindres.

 

C’est l’histoire de deux planètes. La Terre où les hommes se sont littéralement enterrés dans des abris anti-atomiques qui remplacent aujourd’hui leurs mégalopoles géantes, afin de survivre à un conflit nucléaire dévastateur qui n’a toujours pas eu lieu, et la planète Lithia, récemment découverte par les hommes, où une autre forme de vie évoluée défie leur intelligence. Pourrait-on y voir la parabole de l’enfer et du paradis ? Quoi qu’il en soit, à comparer avec la planète Terre, Lithia ressemble en tous points à un coin de paradis. Sur Lithia, ses habitants, d'immenses reptiles de près de trois mètres de haut, ont créé, grâce à une intelligence surpuissante, une civilisation à la fois technologiquement très avancée, et surtout totalement pacifique. Fait curieux : ils vivent sans arts, sans philosophie, sans histoire, sans religion, sans jeux, sans sports, et n’ont, surtout, jamais connu la guerre...

 

« Etait-il possible qu’il pût exister dans l’univers une créature raisonnable qui ne fût jamais paralysée un instant par la question soudaine, la terreur de voir, au travers de l’absurdité de l’action, de l’inanité du savoir, de la gratuité de l’existence même ? »[1] Voilà donc la vraie question.

james blishCe serait à croire tout de même que les lithiens cachent un terrible secret ! Pour le père Ruiz-Sanchez, un biologiste et père jésuite appartenant à une délégation de quatre hommes, venue sur Lithia pour décider du sort de cette planète, sur cette question cela ne fait aucun doute : derrière le paradis tout apparent que représente la planète Lithia, il faut y voir une  création du malin, à la fois séduisante pour les hommes mais également dangereuse pour l'humanité. Après tout, ces créatures  semblent ignorer le bien et le mal !

 

La civilisation humaine, toujours au bord de l’apocalypse, s’oppose à celle des lithiens qui ont su inventer une civilisation de la non violence, parfaitement structurée, loin de cette société hobbesienne qu’un jeune Lithien, offert par ses parents au père Ruiz-Sanchez, et né sur la planète Terre, découvre révolté. Quoi penser d’un monde déchiré ? De cette planète aux valeurs égarées, toujours divisé, et toujours au bord de la guerre ?

 

L’écriture de James Blish sait parfaitement mettre en problème ce monde d’hommes sans Dieu ; hommes-morts de l’époque scientifique. Or, la question de Dieu, son rôle est bien évidemment un problème qu’on ne saurait laisser au hasard. Les notions de Bien et de Mal sont-elles de fausses valeurs ? Et le messie, quelle influence a-t-il réellement sur une société humaine ? Laquelle des deux planètes, Lithia ou la Terre, est la plus terrifiante ?

 

Une magnifique méditation philosophique, pour ce roman signé par un auteur de grand talent, et, une fois n’est pas coutume en SF, très certainement visionnaire.

 

James Blish, Un cas de conscience, trad. de l’américain par J.-M. Deramat, révisée et complétée par Thomas Day, Gallimard, Folio-SF, 2005.

 

James Blish Un cas de conscience(s)© Copyright 2005 Marc Alpozzo

 

[1] Un cas de conscience, p.79.

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