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Barjavel ou la science qui défie le temps

Le roman de René Barjavel, La Nuit des temps, paru en 1968, s’inscrit dans une littérature des années 1960 profondément marquée à la fois par le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale et par la crainte d’un conflit nucléaire. Ce roman raconte la grande découverte d’un couple endormi depuis 900 000 ans sous les glaces de l’Antarctique dans un abri. Ce roman permet au lecteur averti et curieux de se poser la question des limites de la science et de ses apports. Face aux dangers du transhumanisme, qui guette notre société de demain, j'ai souhaité faire un point, en reprenant le chef d'oeuvre de Barjavel, en exclusivité dans l'Ouvroir.

 

la nuit des temps.jpgVoici un roman qui nous montre la science sous un angle nouveau et moderne. Voilà que celle-ci n’est plus une menace pour l’humanité, comme elle a pu le faire craindre par la bombe atomique et les camps de Auschwitz. Désormais, celle-ci intervient dans la sauvegarde du vivant. Au centre du célèbre roman de Barjavel, le lecteur découvre comment, à l’approche d’un cataclysme nucléaire, la femme, Eléa a été choisie par Coban, ce très grand scientifique, afin de redonner vie à l’humanité et de la sauver de la catastrophe.

Or, cette réécriture moderne de l’arche de Noé nous montre comment la science incarne une nouvelle forme de fatalité. Véritable réécriture moderne d’un épisode biblique, on voit très vite à la lecture de ce roman, que la science chez Barjavel gouverne tout cet univers de fiction. Le grand scientifique Coban ne sélectionne plus comme Noé des couples d’animaux. Désormais il sélectionne des « ovules fécondés », des « incubateurs pour les développer » et des « semences » de plantes, afin de leur faire traverser les siècles jusqu’à ce que la terre soit de nouveau habitable. Il utilise une technologie avancée, qui est le « froid absolu ».


Voir aussi :

1971 : René Barjavel « Dans 25 ans, nous risquons
de voir les hommes crever » | Franceinfo INA

 

Devant une perspective radicale, qui n’est rien d’autre qu’un cataclysme nucléaire, le grand scientifique Coban se transforme soudain en une sorte de Noé, en charge de sauver l’humanité du déluge ainsi que le règne animal, dans une version moderne, pour ne pas dire postmoderne, réécrivant l’épisode biblique de la Genèse. On remarque cependant vite les limites de cette version nouvelle de Noé. Le scientifique choisit les femmes pour « leur beauté, leur santé » et « leur intelligence ». Par exemple, Lona, qui précède Eléa dans la sélection, en est écartée parce qu’elle est enceinte. L’homme n’agit plus selon son consentement éclairé. Il s’est fait doubler par l’ordinateur qui condamne cette femme et son enfant à périr dans le cataclysme. Quant à Eléa, elle est choisie malgré son amour pour Païkan.

Respectant de simples algorithmes, l’ordinateur sépare les deux amants. Les sentiments humains sont ici opposés à une logique scientifique de conservation de l’espèce. Comme le précise dans le roman Coban, les hommes sont choisis « pour leur santé et leur intelligence, et avant tout pour leurs connaissances » ; Païkan ne remplit que deux critères sur trois. Toutes les limites de la science émergent enfin lorsque, dans un grand coup de théâtre, Coban est subitement l’élu, ce qui souligne combien la science et la technique sont à la fois déshuminsées, et combien elles déshunanisent l’humain, puisqu’Eléa va devoir « faire des enfants » avec un homme qu’elle n’aime pas et qui l’arrache à son amant. Si l’on y prête un peu garde, on réalise alors que jamais ne se pose la question du consentement.

 

Il s’agirait peut-être de prendre garde aux limites de la science. Barjavel montre dans cette nouvelle apocalypse, que ce n’est plus la divinité qui prend en charge la sauvegarde de l’espèce humaine et du règne animale, mais la technologie avancée des hommes, engendrant la destruction de tout un monde. Et cela nous fait réfléchir aux dérives de la science quand elle sert non plus le progrès, mais les luttes de pouvoir entre les États.

barjavel.jpg

René Barjavel (1911-1985)

 

Commentaires

  • Les dérives de la Science sont regrettables mais ses limites le sont davantage. Le monde est apparu plus complexe qu'on ne l'avait imaginé. La Science ne peut plus prétendre tout contrôler ou avoir réponse à tout. Par ailleurs, la raison et la morale montrent clairement leurs limites et l'humanité se laisse dériver vers une catastrophe annoncée, incapable de hausser de façon collective le curseur de la moralité.

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