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Qui veut la peau de Sylvain Tesson ?

Allez, un peu de sang bien frais pour réjouir la meute : j’ai réalisé une courte tribune pour défendre le poète et écrivain voyageur Sylvain Tesson. Première salve à l’attention des petits roquets de la « cancel culture », enragés et despotiques, génération de petits procureurs en quête de coupables. Il serait temps que cette époque fasciste fasse son examen de conscience. Cette tribune est parue en doublon dans Entreprendre et le nouveau numéro de Journal de France (en kiosque).

La stupidité du XXIème siècle
(9ème partie)

 

Une pétition absolument hallucinante circule pour empêcher Sylvain Tesson de parrainer le printemps des poètes 2024. Oui, vous avez bien lu, l’écrivain voyageur, fils de l’admirable Philippe Tesson, baroudeur, écrivain, prix Renaudot 2019, est considéré désormais comme un « infréquentable », et l’on veut le renvoyer à l’enfer de l’oubli.

 

Le texte, publié par Libération, et signé par 1200 signataires, pour la plupart des artistes inconnus du grand public, accuse l’écrivain d’avoir été « érigé en icône réactionnaire », (ce n’est donc pas lui qui s’érige mais on ne sait quelle instance qui l’aurait érigé, un peu comme Joseph K., qui au matin de son trentième anniversaire, est emmené de manière étrange par deux agents pour un crime non précisé, et qui ne le sera jamais), et souligne que sa nomination « vient renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société » (comme si une nomination pouvait nous faire prendre le risque demain de l’arrivée d’Hitler au pouvoir).

 

Des signataires qui ne manquent pas d’air en plus de ça ! Écoutez-les : « Nous, poétesses, poètes, éditrices et éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignantes et enseignants, actrices et acteurs de la scène culturelle française refusons la nomination de Sylvain Tesson [...] » Mais pour qui se prennent-ils ? Depuis quand l’on signe une pétition pour empêcher un écrivain et un intellectuel de parrainer une manifestation nationale et internationale, au nom d’une sensibilité politique ? Parmi une flopée de signataires, je l’ai déjà écrit, plus de 600, comme si le nombre faisait foi, on trouve entre autres, les écrivains Baptiste Beaulieu, Jean d’Amérique, Fatima Daas et Chloé Delaume (une romancière qui s’est illustrée par un seul bon roman), la maison d’édition Blast (qui la connaît ?) ou encore les poétesses Stéphanie Vovor et Liliane Giraudon. En bref, une cohorte d’inconnus ou de wanna be sans succès qui se servent du talent et de la réputation d’un écrivain à succès pour se faire connaître du grand public.

 

Rien de neuf sous le soleil ! Dans cette tribune publiée par Libération vendredi 19 janvier, tout est délirant. Le désir d’interdire d’abord, puisque les signataires refusent catégoriquement que Sylvain Tesson préside cette manifestation qui se tiendra du 9 au 25 mars et qui aura pour vocation de sensibiliser à la poésie sous toutes ses formes, notamment dans des écoles, médiathèques, librairies et festivals, mais aussi les arguments : « La fin de l’année 2023 a signé le glissement du second mandat d’Emmanuel Macron […] vers un projet politique plus que jamais proche de l’extrême droite, et marqué par une idéologie réactionnaire où les changements sociaux, pourtant inhérents à toute société démocratique, incarnent un danger. » L’auteur de Pour les fées (Éditions des Équateurs, 2023) serait-il responsable du virage « à droite » de Macron ? Serait-il responsable du climat « réactionnaire » qui s’installe progressivement dans notre pays ? Non ! Alors de quoi est-il responsable ? La tribune nous répond qu’il a « préfacé un ouvrage de référence de l’extrême droite, Le Camp des saints, de Jean Raspail » (toujours publié par Robert Laffont et toujours en librairie mais sans la moindre préface de l’intéressé), qu’ils qualifient (à eux tout seuls) de « dystopie raciste sur l’immigration ». Les voilà donc désormais autoproclamés juges et jury. Et ce serait sur la base d’une enquête menée par le journaliste François Krug, que ces signataires accusent l’écrivain voyageur d’appartenir à l’« extrême droite littéraire ». Le crime est prouvé, l’accusé doit être désavoué.

 

Conclusion de l’affaire : si l’on découvre, par le plus grand des hasards, que l’on peut vous rapprocher d’un courant littéraire dit d’« extrême droite » (mais qui le définit et comment ?) l’on peut vous bannir sur simple demande de... SIX CENTS artistes autoproclamés (comme si le statut d’artiste conférait un blanc-seing !). Durant la période obscurantiste des chasses aux sorcières (qui fut une sorte de féminicide monstrueux), Sylvain Tesson aurait été condamné par un tribunal à subir une ordalie, ce « jugement de Dieu » où le divin lui-même est convoqué pour vous sauver si vous êtes innocent :  soumis peut-être à l’épreuve par l'eau bouillante, ou par le feu, l'accusé obligé de traverser deux bûchers entrecroisés sans se brûler afin de prouver son innocence, ou peut-être encore à l’ordalie du pain et du fromage...

 

Mais alors, de quoi accuse-t-on exactement l’écrivain ? De n’être pas assez écrivain et trop réactionnaire. Ces fous de Dieu sans Dieu, ces malades de la moralisation de la vie publique écrivent une tribune pour empêcher qu’un poète apprécié et salué du grand public préside le Printemps des poètes sous prétexte qu’ils ne le considèrent pas assez irréprochable moralement. Imbus donc de leur supériorité éthique, ces piqués du wokisme réinventent leur code déontologique et l’imposent par voie de presse, un peu comme un coup de force. Cette troupe d’ahuris transformés en armées de légionnaires du « politiquement correct » 2.0 sont sûrs de leur fait et conscients que le chantage à la bonne moralité ne trouvera plus aucune vitalité ni aucune résistance par ailleurs. Ils ont déjà gagné, pensent-ils. Devant cette cohorte d’hallucinés du Nouveau Monde[1], nous ressentons deux sentiments mitigés : la colère et le désarroi. Voilà donc une génération de petits marquis, d’Empereurs fous, de juges et de procureurs à la fois, prêts à imposer et propager leur procédure inquisitoire pour combattre les hérétiques qu’ils auront eux-mêmes désignés de leur vindicte, au mépris du consensus général. Ces juges ecclésiastiques modernes, emplis de leur assurance, étayent et soutiennent les accusations contre les suspects, sans aucun doute, aucune remise en cause. Ils ont raison et vous avez tort ! Et gare à celui qui les contredit...

 

Ici, ces despotes artistes et poètes ne s’en remettront pas à une éventuelle clémence de Dieu. Nul besoin d’ordalies non plus. Ils savent déjà que l’accusé est coupable : le journaliste François Krug l’a prouvé par une enquête. Hier, on brûlait les sorcières (ou supposées telles), aujourd’hui, on brûle les « réactionnaires » (ou supposés tels). Si le Printemps des poètes cède aux injonctions d’une telle tribune, il saura qu’il aura contribué à installer en France un climat de terreur et qu’il aura validé le totalitarisme de la vindicte de la rue et des médias.

 Les 4 minutes de haine n'ont pas fini de faire parler d'elles...

 

Nous sommes une trentaine d’intellectuels à prendre la défense de Sylvain Tesson, parrain contesté du Printemps des poètes, par MILLE DEUX CENTS artistes, poètes, romanciers, acteurs, etc., comme si le nombre faisait foi. Cette tribune à l’initiative de Daniel Salvatore Schiffer a été publiée dans Le Point et maintenant dans L'Express. Pour lire cette tribune cliquez sur l'image en-dessous :

sylvain tesson

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[1] Voir ma tribune dans le site d’Entreprendre.

Commentaires

  • A l’occasion de la 17e édition des Rendez-vous de l’histoire de Blois, qui se tenait les 11 et 12 octobre sur le thème «Les rebelles», nous avons pu assister à l’une de ces polémiques politico-intellectuelles que le monde entier nous envie. Cette fois, la cible s’appelait Marcel Gauchet, directeur d’études à l’EHESS et animateur de la revue Le Débat chez Gallimard.

    La chose en elle-même ne mériterait que peu d’importance si elle ne révélait, en filigrane, l’état d’esprit et les fâcheuses habitudes à la fois d’une partie des sciences sociales et d’un secteur de la gauche française de ce début de XXIe siècle.

    Tout y est en effet concentré, de l’ignominieux au sectaire, des motifs invoqués aux méthodes employées, en passant par les intentions des auteurs de cette opération.

    L’autre, ce réactionnaire
    L’affaire est partie, au coeur de l’été, d’un appel au boycott de l’événement blésois par deux jeunes «intellectuels» (sic) de la scène parisienne, le «sociologue-philosophe» (re-sic) Geoffroy de Lagasnerie et «l'écrivain-sociologue» (re-re-sic) Edouard Louis, en raison de la présence, jugée par eux inopportune, de Marcel Gauchet comme invité de la conférence d’ouverture des Rendez-vous de l’histoire.

    Aux yeux de ces deux éminentes autorités en la matière, Marcel Gauchet n’entre pas dans le cadre de la seule, bonne et vraie rébellion –celle dont ils détiennent le brevet exclusif scrupuleusement déposé à l’INPI. Leur cible n’est en effet, selon eux, qu’un «rebelle contre les rebellions et les révoltes», un rebelle en peau de lapin en quelque sorte.

    «Contre quoi, nous interrogent-ils, Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le Pacs, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la "pensée 68", contre les revendications démocratiques?»

    Il faut dire aussi que Marcel Gauchet n’y met pas du sien. Ce n’est pas un client facile. Rétif aux vérités révélées comme au catéchisme en politique, et plus encore aux grandeurs d’institution de sciences sociales certifiées conformes, non seulement il a la prétention de penser par lui-même et de le dire, librement, mais encore, forfait impardonnable entre tous, il est parfois écouté!

    Autant de crimes, on en conviendra, aussi abominables qu’imprescriptibles devant tout tribunal normalement constitué d’une gauche académique d’appellation d’origine auto-contrôlée. Circonstance aggravante, l’animateur de la revue Le Débat commet depuis plus de trente ans l’indicible! Il publie en effet dans sa revue «tout ce que le France compte d’idéologues réactionnaires» et organise «des campagnes haineuses contre tous les grands noms de la pensée critique, etc.». N’en jetez plus. Encore tremblant à la lecture d’un tel acte d’accusation, on en venait presque à remercier nos deux inquisiteurs de nous épargner le pire avec leur «etc.» conclusif.

    Devant tant de turpitudes, on reste interdit. Comment, en effet, n’a-t-on pas pu soi-même se rendre compte, depuis plus de vingt ans que l’on pratique la lecture régulière de Marcel Gauchet, qu’il était un personnage aussi terrible? Et nous qui l’avions, imprudemment, pris pour un défenseur scrupuleux du débat démocratique et pour un critique méticuleux et attentif des complexités du libéralisme moderne. Heureusement que les camarades Lagasnerie et Louis étaient là pour nous ouvrir les yeux.

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