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Écrivains post-modernes ?

Je vous propose plus bas une pensée effarante pour tout littéraire qui aurait longtemps vécu en lisant et relisant quelques pages bien précises, de Proust, Céline, Bloy, Camus, ou parmi nos modernes, Le Clézio, Gracq, Green, etc.

« Vous êtes réactionnaire, c’est bien. Tous les grands écrivains sont réactionnaires. Balzac, Flaubert, Baudelaire, Dostoïevski : rien que des réactionnaires. Mais il faut baiser aussi, hein. Il faut partouzer. C’est important. » Sollers, personnage des Particules élémentaires de Michel Houellebecq.

 

« Ce que les gens n'ont pas encore compris, c'est que Maurice Dantec n'est pas un écrivain au succès conjoncturel. Ils n'ont pas encore compris qu'il est le plus grand écrivain du siècle, de tout le siècle ». Patrick Raynal, octobre 2004, ex-Directeur de la Série Noire des éditions Gallimard.

 

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Patrick Raynal, ancien patron de la Série Noire

 

Comment ? Maurice G. Dantec ? D’abord que peut valoir la parole de Patrick Raynal, ex-patron de la série noire ? Pourrait-elle atteindre celles tant respectées en leur temps de Queneau, Sartre, Gide ? Et qui est Dantec ? Un véritable écrivain ou un très bon auteur de roman policier ? Et que vaut tout une pile de polars, même les plus durables, devant La sonate de Kreutzer, ou Le Joueur d’échec ? Il est bien évident que toute personne normalement constituée se pose toutes ces questions. Mais la seule « vraie » question n'est-elle pas plutôt : est-ce seulement raisonnable de comparer, et par là-même, d’opposer des genres littéraires totalement différents ?

 

la-sirene-rouge-folio-livre-occasion-42125_2.jpgDantec, qui s’est fait connaître avec un polar halluciné La sirène rouge, et depuis devenu un auteur de SF à part entière. Depuis 2000, il nous livre plutôt régulièrement son journal de bord, véritable maelström de réflexions personnelles, de fiches de lecture, de pensées parfois pseudo-métaphysique voire indigestes. Mais on peut sans craintes le comparer au plus grand écrivain du moment : Houellebecq. Car les deux sont les plus pénétrants, les plus incisifs lorsqu’ils décrivent notre époque contemporaine et sa décadence. Ils réforment les codes en vigueur : ils transforment à leur manière la littérature : Houellebecq, en vidant la langue française de toutes fioritures stylistiques et inutiles et en réinventant le roman journalistique selon Zola, en l’innovant, faisant de ses romans de véritables dynamites littéraires à thèses multiples ; Dantec, en cherchant à dialoguer, ou dénoncer, à travers un genre littéraire dit en France de seconde zone : la science fiction.

 

« Maurice G. Dantec, écrivain catho-punk rangé en rayon S.F., fait tache »[1] écrit le journal pop Technikart. Soit, il y fait tâche, c'est vrai ! Mais auprès de qui ? Des professeurs de lettres moribond ? Des censeurs de la pensée correcte ? Des chiens de guerre toujours alléchés par le scandale et la chair fraîche ? Ne serait-ce finalement pas une formule qui cache une réelle incompréhension du sillage dans lequel s'est à présent inscrit la littérature française, trop souvent au point mort, enfermée entre clichés et psy-cul, sordides histoires de fesses, quand ce n'est pas la prose sordide d'une Angot singeant maladroitement le style de Duras et nous racontant ses cunnilingus échangés avec une lesbienne ou ses aventures ordinaires d'une décérébrée ordinaire et platement banale ?

 

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Christine Angot - L. Crespi/Flammarion

 

Un autre écrivain, - terme déjà galvaudé, il n’existe plus aucun écrivain vivant qui puisse se targuer de cette étiquette – qui ne me laisse pas indifférent, même si sa période d’auteur pour petit cercle fermé me semblait plus « brillante » que l’écrivain à succès qu’il est devenu aujourd’hui, je veux parler de Frédéric Beigbeder. Oui, ce fils de bourgeois, petit branché mondain et qui ose, se revendiquant comme tel, en n'hésitant pas à asperger son milieu de tout un tas de saloperies. Ah, L’enflure ! Et pourtant voilà peut-être l’écrivaillon qui peut se targuer d’être le meilleur représentant de la génération désabusée amputée de tout idéal.

 

frederic-beigbeder-99francs.jpgIl prétend écrire des livres qui ne sont pas ennuyeux. Quelle vantardise ! Non seulement ils le sont, mais en plus ces romans font croire à toute une génération de lectrices et de lecteurs qu’ils lisent. Poudre aux yeux ! 99 francs ne dénoncent rien ! L'Egoïste romantique, son nouvel opus, est au mieux un recueil de blagues, au pire un « mauvais » journal intime sur la vie d'un homme blasé de trente-quatre ans, partageant son temps entre fêtes, lignes de coke et femmes. Un livre qui se lit en diagonale, durant, allons, un bon quart d'heure. Au début du siècle, Beigbeder publiait un ouvrage récapitulant les quelques chef-d’œuvres du 20ème ; ça s’appelait Dernière liquidation avant inventaire : belle farce pour supermarché ! Véritable relooking de la littérature, où l’on n’y apprenait finalement pas grand-chose que l’on ne savait déjà. Ou faudrait-il être totalement débile, non ? Hum ! Michel Houellebecq détruit le style, (et avant lui, Duras avec L’amant, détruisait la littérature petit-bourgeoise, permettant à tout un chacun de pouvoir écrire – on voit aujourd’hui le résultat ! -) agitent le roman à thèse, est-ce que Kundera avec Le Rideau, qui part d'un constat : la littérature fout le camp, propose « véritablement » des pistes ?

 

Frédéric Beigbeder devient du coup un écrivain authentique car il marque une époque, celle de la décadence de la littérature ; celle d’une décadence réelle de deux mille ans de civilisation. Les fondamentaux auxquels nous devons revenir au collège et au lycée ne sont pas le grec, le latin, la poésie et la philosophie, mais le français, semble-t-il, l’anglais, les maths et l’informatique. Beigbeder nous enseigne la littérature sans « prise de tête » et sans toutes ces foutues notes en bas de page, que des vieux professeurs poussiéreux, dit-il encore, ont insérés après tant et tant d’années de recherche. La littérature peut désormais être ludique, de toute façon elle n’est plus… Voilà sûrement le vrai messages subliminal colporté par cet écrivain post-moderne, dénonçant le nouveau récit collectif. 

 

« Nous sommes entrés dans l'ère du post littéraire. Les deux mille ans de civilisation qui ont fait ce que nous sommes s'écroulent et il faut cesser de faire semblant de penser que la littérature va toujours exister. Nous vivons une époque intéressante, violente, qui pose des questions à chaque écrivain. La langue bascule dans l'inconnu, l'enseignement ne remplit plus son rôle. On est dans l'ère de la non-transmission, dans l'ère du faux. A quelques exceptions près, ce qui se publie aujourd'hui n'est que de la fausse monnaie. Or jamais on ne l'a autant prise pour de la vraie. L'inflation de livres est une dérive démocratique où s'installe dans l'esprit des gens l'idée que chacun peut écrire et même doit écrire », Richard Millet.

 

Après Houellebecq et Dantec, rideau ! C'est la fin du spectacle ! Vive l’ère des bouffons ! Beigbeder… Mais quel beau bouffon !

 

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Frédéric Beigbeder: Dim, dames, d'hommes (extrait du journal Libération)

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[1] http://www.technikart.com/article.php3?id_article=649

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