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Pierre Autin-Grenier ou la vie, brièvement !

Je ne sais plus à quelle occasion j’ai rencontré PAG. Puis j’ai reçu dans ma boite aux lettres son nouvel ouvrage dédicacé de sa main de maître, C’est tous les jours comme ça, que j’ai commencé par feuilleter distraitement. Je ne savais d'ailleurs pas que j'allais faire dans l'instant connaissance avec un « authentique » écrivain. Comment ai-je pu passer à côté durant tant d'années ?

Je dois bien le dire, le titre me plaisait déjà beaucoup. L’idée de la répétition, de l’ordinaire, de la familiarité, non la plus crasse, mais la plus assumée plutôt. La vie dans ce quelle vous propose de simple et banal. La vie prise dans les limites d’une réalité que l’imaginaire s’obstine à repousser sans jamais y parvenir vraiment. Et que je vous dise, ces quarante-sept petites incursions dans le réel, récits caustiques, dérangeants, drôles et tragiques m'ont profondément stimulé. C'est assez rare qu'un récit contemporain me réveille, tant je trouve la production éditoriale française morne et convenue aujourd'hui. Ses mots m'ont percuté, secoué, décentré. Oui ! J'ai trouvé que c'était une bien belle combinaison entre les vies minuscules (chemins qui paraissent mener nulle part) de tout un chacun et l'espoir de grandeur retrouvé... Quarante-sept brefs récits, ou je préfère dire quarante-sept petits poèmes en prose redonnant enfin sens à nos errances, arrachant à la métaphysique autorisée sa fausse intelligibilité pour lui substituer un autre regard, - à la fois déculpabilisé et détaché -, enfin en rupture avec la pensée unique du moment... Retournant les codes, et servant des textes bien souvent impertinents mais qui ne manquent pas de pertinence (si vous me permettez ce minuscule jeu d'esprit), C'est tous les jours comme ça est un feu d’artifices de scènes de la vie la plus ordinaire, et pourtant la plus absurde.

 

toulesjours.jpg« Nous nous trouvions réunis dans une vaste salle un peu austère au centre de laquelle avait été dressé un immense buffet froid pour arroser je ne sais quel événement dont je ne mesurais pas de prime abord toute l’importance. » C’est ainsi que débutent les notes prises par le vieux Anthelme Bonnard. A le lire, il ressemble de très près à un vieil anarchiste blasé, désenchanté. Blasé et désenchanté, oui, mais pas trop tout de même ! Car il lui reste encore suffisamment d’illusions, de nerfs pour s’insurger, se révolter contre l’absurdité du monde moderne : le passage du temps comme attente interminable ; les candidats à on ne sait quoi, et qui s’invitent impunément dans votre salon ; le féminisme endiablé qui rêve secrètement de vider la planète de sa phallocratie galopante et des mâles avec ; la brutalité d’un monde qui n’en a ni le sentiment ni la mesure…

 

Bref ! Dois-je franchement continuer la liste ? Vous l’aurez tous compris, le vieil Anthelme Bonnard ne sait pas ce qui le retient de se révolter contre ce vieux monde endormi, débilitant, et dérangé à outrance… Anthelme Bonnard, à la limite de la démence nerveuse, songe à entrer en guerre… Mais pourquoi donc ? N’est-ce pas plutôt les journées qui passent qui sont le mal radical, car elles sont « somme toute bien banale(s) » ? Bien sûr, la ville et ses bagnoles, la folie ambiante de nos contemporains, les transformations alarmantes de nos villes en cadres de vie invivables, tout cela venant mettre à terre nos « petits moments d’insouciance », nous ôte surtout notre « goût de vivre », « la ferveur d’être ensemble »… Mais, au final, la police a beau venir chercher, comme dans un feuilleton kafkaesque, un étudiant des Beaux-arts parce qu’il possède « un couteau suisse de couleur verte, modèle pour officier avec tire-bouchon », l’époque peut bien ne plus prêter à la révolte collective, notre vieil homme de comprendre que le problème n’est autre que la révolte contre la fuite du temps, la vie à ne rien faire, l’horizon qui se défait derrière la vitre, la folie des hommes qui ne savent pas quoi faire de leur vie ! Et le voilà, cheminant presque malgré lui vers une idée lumineuse : accepter que la vie n’est en réalité que plaisir de l’attente, car, voyez, « le va-et-vient bruyant de la vie persiste au beau milieu de ce merdier ». On peut ainsi continuer de lutter contre la dégradation de notre situation, en attente de l’apocalypse, puisqu’on a la vie d’artiste, le jazz, les terrasses de café, les belles rencontres. Voyez ! « tout n’est pas perdu » dans le combat, voire rien n’est perdu « vers la légèreté et la lumière qui continue ». Les notes du vieil Anthelme Bonnard, comme un tango, nous disent que la vie, dans ses jours minuscules, nous apprend qu’au cœur du balancement et du désordre, il nous faut simplement repartir… Une bien belle leçon de vie, non ?

 

La vie brièvement © Copyright 2010 Marc Alpozzo

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