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Entretien avec Guillaume Chérel

A l'occasion de la parution de son nouveau roman Un bon écrivain est un écrivain mort, j'ai réalisé un entretien avec cet écrivain a-typique, auteur de plusieurs romans et essais, et qui navigue dans le paysage éditorial, selon ses humeurs et ses envies, en vrai électron libre.

M.A. : Votre dernier roman est un pastiche de la littérature policière, avec en toile de fond, le livre d’Agathie Christie Les dix petits nègres. Pourquoi ce choix ?

G.C. : L’idée m’est venue alors que j’étais en résidence d’écrivain au Monastère de Saorge (Alpes-Maritimes), en plaisantant avec le guide italien Francesco, que j’ai intégré comme personnage : je me suis dit que le décor était parfait pour un roman « policé » à énigme. Puis en écrivant j’ai bifurqué vers le pastiche…

M.A. : Disons-le, votre roman est un prétexte à dénoncer, ou vous moquer gentiment, des milieux littéraires, et des stars de l’édition d’aujourd’hui. Vous ne semblez pas chercher à régler des comptes, mais à remettre les pendules à l’heure, n’est-ce pas ?

G.C. : Exactement, j’ai voulu en rire avant tout mais en exprimant ce que beaucoup pensent tout bas, notamment les libraires qui font un bon accueil à ce livre, en général, et qui ont assez d’être obligé de placer des daubes dans leurs rayons, au détriment d’auteurs plus confidentiels mais plus exigeants ou moins « putes télévisuelles », on va dire élégamment… Je ne suis pas aigri ni jaloux, je me suis défoulé en m’amusant car je connais bien ce milieu puisque j’ai longtemps été journaliste critique littéraire. C'est ce que j'ai voulu écrire avec ce livre... sous ses dehors léger mais l'époque n'est pas à la subtilité.

M.A. : Donc, cette idée vous est venue à Saorge, pouvez-vous nous préciser le contexte ?

G.C. : Le cadre s’y prêtait, comme le décor du village de Saorge. J’ai côtoyé des  écrivains en résidence et je connais les stars de l’édition Française : j’ai donc eu l’idée d’écrire un « pamphliche », comme dit un ami, mélange de pamphlet et de pastiche.

M.A. : Qu’est-ce qui vous a amené à cette résidence d’écrivains à Saorge ?

G.C. : L’argent !!! J’ai décroché une bourse (de 5000 euros) pour trois mois de résidence au monastère de Saorge… Je cherchais le calme et la concentration aussi, plus que l’inspiration, comme tout le monde semble le croire.

M.A. : Comment écrivez-vous ? Avez-vous des manies d’écriture ? Est-ce que vous précédez vos séances d’écriture de rituels ? Où écrivez-vous généralement ?

G.C. : J’écris assis sur mon c… Tôt le matin et il faut que mon lit soit fait, le bureau rangé, ma gym faite, le petit déjeuner ingurgité, la douche prise et les factures payées… J’écris chez moi habituellement dans ma chambre-bureau ou à la campagne si je peux, pour me concentrer. Le plus difficile pour un écrivain est de rester concentré sur une longue durée : il faut au minimum un an pour écrire un roman digne de ce nom… A propos, pour la première fois de ma vie d’auteur, j’ai mis moins de trois mois à écrire celui-ci mais intensivement, de 7 h à 18 h le soir, parfois. J’étais habité par le sujet et je riais tout seul en l’écrivant ; ce qui est très rare. 

M.A. : Quel conseils donneriez-vous à un jeune écrivain qui souhaite débuter dans l’édition ?

G.C. : D’écrire, encore écrire, il n’y a pas de secret, il faut s’asseoir sur son c… et écrire. A moins de pouvoir écrire debout comme Hemingway et Hugo parait-il, tous les écrivains, du plus modeste au plus grand écrit… assis : il travaille quoi. La plupart des gens qui disent qu’ils voudraient écrire, en fait aimeraient « avoir écrit ». Pas écrire… sinon ils écriraient. Ecrire c’est une passion, un besoin vital mais ça finit toujours par être du travail. Il faut être persévérant et ne pas avoir peur des échecs, donc de recommencer, d’insister. Et surtout, il faut lire beaucoup et vivre encore plus.

 

A propos de Un bon écrivain est un écrivain mort, Ed. Mirobole, 2016.

 

(A paraître dans le Grand Genève Magazine)

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