Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Marc Alpozzo interrogé par Elodie Olson-Coons

Seuls. Eloge de la rencontre est sorti en mars 2014, et La Part de l'ombre a été réédité en avril 2015. Elodie Olson-Coons a eu la gentillesse de me poser quelques questions autour de ces deux nouvelles publications pour le Grand Genève magazine. Voici l'article... 

Grand Genève Magazine : Vous êtes en quelque sorte un écrivain nomade. Peut-on vous présenter comme cela ?

Marc Alpozzo : Oui on peut, mais je suis surtout romancier et philosophe. Je me suis présenté comme écrivain nomade dans un article que j’ai publié sur mon blog (Ouvroir de Réflexions potentielles), plus par jeu, et surtout parce que je vois l’écriture comme la possibilité de parcourir mon chemin de vie sur la voie infinie qui ne comprend aucune limite. Cela ne veut pas dire que je considère mon écriture comme révolutionnaire ou spécialement originale, mais que tous mes textes s’articulent autour de deux notions qui me sont chères et qui sont la rencontre, et le cheminement intérieur. Comme j’avance dans l’écriture souvent en aveugle, et que mes livres sont une recherche de vérité sans bien savoir où cette vérité peut se trouver, je considère, peut-être bien abusivement, que je chemine en nomade. Pour autant, je n’ai pas voyagé tant que cela dans ma vie, nettement moins qu’un Théodore Monod ou un J.M.G. Le Clézio en tout cas. En réalité, par cette écriture nomadique, je recherche surtout l’enracinement intérieur. Ainsi donc je considère tous mes textes comme un cheminement délibéré qui questionne mes propres frontières, mes propres limites, et qui ne craint pas de tout retourner.

itw-alpozzo.jpg

G.G.M. : Alors justement que représentent les frontières pour vous – celles du Grand Genève, celles d’Europe en particulier ?

M.A. : C’est une question importante, et d’une actualité brûlante. En ce qui concerne les frontières, je vais rejoindre le prix Nobel de littérature que j’ai évoqué plus haut, et qui est originaire d’une ville de France où j’ai longtemps habité. Je pense que nous devrions ouvrir les frontières, je dirai même que nous devrions supprimer toute frontière, et laisser la libre circulation à tout le monde. Ce n’est pas une mince question. A l’univers clos je préfère l’univers infini. En se repliant sur nos frontières et nos identités, nous oublions trop facilement que la différence n’est pas une menace, jamais ! Ce qui est différent de moi m’enrichit toujours dès lors que je me sens prêt à l’accueillir, et à l’accepter comme une variante de ma propre identité. Je fais précisément référence à l’étranger dans mon livre Seuls, en évoquant le concept freudien d’inquiétante étrangeté. L’étranger m’effraie parce qu’il me présente un aspect de moi-même que j’ignore ou que j’ai refusé d’explorer. Les frontières sont souvent des lignes de démarcations qui ont pour but de me rassurer, rien de plus. Cela ne me protège de rien !  

itw-alpozzo1.jpg

G.G.M. : Votre œuvre semble se préoccuper en grande partie des séparations – des frontières – entre les individus. La Part de l’Ombre (2010, réédition 2015, Editions Marie Delarbre) pose la question de cet élément sombre et solitaire en chacun, alors que Seuls (2014, Les Belles Lettres) propose un « éloge de la rencontre. » Pourrait-on dire que le second offre une réponse aux questions du premier ?

M.A. : L’un parle à l’autre en effet ! Le premier est un recueil d’articles que j’ai publiés dans des revues littéraires durant les années 2000, et le second est un dialogue philosophique au fil des chemins qui ne mènent nulle part de la forêt du Jura. Je suis assez d’accord lorsque vous voyez un lien étroit entre les deux. Le premier questionne la nuit profonde en chacun de nous, ce que nous évitons de regarder, d’affronter, par peur de nous rencontrer. Le second fait la lumière sur ces manquements. Il s’interroge sur les frontières de l’individualité, et sur les limites que nous nous fixons nous-mêmes par aveuglement ou par peur.  Jusqu’ici on n’a cessé de dire qu’il nous fallait être reconnu par l’autre pour espérer se connaître soi-même, dans ce livre j’essaye de montrer qu’il faut d’abord s’accepter soi-même pour enfin se connaître, et se reconnaître, faire la lumière sur notre part d’ombre, ainsi on parviendra à se rencontrer et, par ricochet, rencontrer l’autre… car l’autre, l’étranger qui nous fait peur, est d’abord en nous !

Entretien réalisé pour le Grand Genève Magazine n°6, novembre 2015.

____

Bibliographie indicative :
Seuls. Eloge de la rencontre, Les Belles Lettres, 2014
La Part de l'ombre, Marie Delarbre, 2015
Le Saut Nijinsky. Journal d'un éveil, Regard & Voir, 2015 (à paraître en décembre)

Commentaires

  • je partage votre vue sur les frontières; elles sont installées pour rassurer l'homme mais elles ne font que l'enfermer et ce qu'il prend pour une sécurité ne lui apporte que l'insécurité et plus d'angoisse; la suppression des frontières est une ouverture sur tous les possibles ; les frontières, le découpage du temps et de l'espace , inventions de l'homme, sont en fait des notions éphémères, des illusions....

  • Merci pour votre message Claudine. Face aux événements dramatiques récents, il est urgent de penser et repenser les frontières et leurs ambivalences. Mais la question des frontières, telle que je la traite, est moins politique qu'anthropologique. Ce sont les frontières à l'intérieur de soi.

Les commentaires sont fermés.