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Kim Newman, Hollywood : usine à rêves

Grand spécialiste anglais du cinéma et des littératures de genre, Kim Newman on retrouve, en Folio SF,  un inédit : Hollywood blues, qui nous décrit Hollywood comme une villes aux pouvoirs surnaturels. C'est son premier roman : il date de 1989. 

 

L’auteur d’Anno Dracula en J’ai lu, encore peu connu du public français, mérite toute notre attention. Dans un univers noir et glauque, une ville protéiforme, tous les fantasmes d’un des plus grands truands de l’humanité, trouve là leur matérialité.

 

« Il était deux heures et demie du matin et il pleuvait. Dans la Ville, il était toujours deux heures et demie du matin et il ne cessait de pleuvoir. »

Quelle est donc cette Ville ? Ne serait-ce pas l’un de nos pires cauchemars ? C’est le rêve éveillé d’un homme enfermé en prison à perpétuité. Le spectacle est à la fois effrayant et envoûtant. Bardé de personnages artificiels, ce simulacre d’un monde est le spectacle tragico-comique d’un monde virtuel qui ne parvient plus à capter son identité, qui se joue sur le mode des multiples déconnectés de toute unité.

 

« Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est-il qu’un rêve ? »

Hollywood ou la ville du cinématographe. Lieu des idoles. Créatures surnaturelles. L’univers de l’autre réel. Celui du rêve. Au cœur de ce monde fait de rêves et d’imaginaires, un détective, Richie Viff, se met en quête de retrouver Truro Draine, le maître des chimères, le prince de la ville afin de l’éliminer.

 

On est donc à la frontière entre polar noir des années 50-60, et un brillant cru, digne de la meilleur SF. De quoi se fait le réel ? Quelle est sa vraie nature ? Souvent, on dit que la « vraie vie » est ailleurs. Mais quelle est donc cette « vraie » vie que l’on est si sûr de trouver si l’on parvient à fuir la vie qui est la notre. Kim Newman compose un roman audacieux et intelligent à partir d’une réflexion autour du cinéma, des stars, des paillettes, de la transgression de notre réalité, des bruits sonores, des effets visuels. Notre monde est-il réel ou une simple image projetée par notre esprit ?

 
hollywood.jpgTruro Draine est à la fois le grand bienfaiteur de sa ville et, en parallèle, un des pires truands, tenant la pègre d’une main de fer. Entre deux stars qui sont des idoles pour un public d’amateurs et l’ombre d’elles-mêmes en dehors de l’image qu’elles projettent, des bas-fonds urbains où s’y jouent des jeux parfaitement réglés selon des codes précis, les dès sont pipés, et les simulacres, les faux-réels, que trop nombreux. Richie Viff essaye tout de même de garder un contrôle sur son vrai « moi ». Mais existe-t-il seulement, ce vrai « moi ». Sommes-nous seulement aptes à le connaître ? Poussé à se masquer pour échapper à la police, il ne peut, jusqu’au bout de ce récit, se soustraire à ce terrible jeu des simulacres. Vivre la vie d’un autre… et si nous n’étions donc jamais nous-mêmes ? Cette question est d’autant plus forte et prégnante aujourd’hui, avec l’arrivée massive des nouvelles technologies, et de la concurrence sans concession entre le virtuel et le réel.

 

A la fois innovant et prenant, ce récit nous emmène jusqu’aux frontières mêmes d’une ville qui n’est que rêve, aux frontières mêmes d’une réalité qui ne se confond jamais avec la vérité, multipliant à la fois des références en matière de cinéma, - de préférence films noirs américains -, et des références littéraires de tout premier choix. Pour lecteurs avertis.

 

 

Kim Newman Hollywood blues(s)© Copyright 2005 Marc Alpozzo

 

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