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Transfictionnel

On connaît Francis Berthelot pour ses romans de grande originalité, dont : La ville au fond de l’œil et Rivage des intouchables. Mais ce brillant auteur de SF est également un chercheur en théories littéraires, et c’est sur ce terrain là qu’on le trouve ici.

Francis BerthelotLa bibliothèque de l’Entre-Mondes qu’il cherche à partager avec nous est un immense guide de lectures à l’attention de tout amateur de Science Fiction, mais également de romans de l’imaginaire, de contées fabuleuses, ou encore de romans transgressifs. D’où un ouvrage partagé en deux grandes parties. D’un côté, la part théorique et historique, de l’autre un panorama géant où l’on y retrouve Kafka, Borges, Palahniuk, Dick, King, Buzzati, Kadaré, et bien d’autres auteurs que Berthelot confronte avec un bonheur sans pareil.

 

Le lecteur attentif n’aura pas manquer de froncer les sourcils à la lecture du second paragraphe de cette chronique. Comment, comme cela, confronter et faire habiter dans le même panorama des auteurs aussi éloignés que King et Kafka, Kadaré et Palahniuk, ou Buzzati et Dick ? Oui ! Voilà bien l’étrange question qui demande rapidement éclaircissement. La réponse, pour Francis Berthelot, est pourtant claire : jusqu’ici, le champ littéraire était, en France comme à l’étranger, séparé en deux frontières hermétiques : d’un côté la littérature générale ; de l’autre, la littérature « dite » de l’imaginaire « souvent regroupée sous le label plus large de SF ». Voilà donc, comment, en bons « chiens de Pavlov » vous avez sourcillé avant même d’avoir pensé !

 

Cette séparation, moins que légitime, fut légitimée par bons nombres d’a priori et un grand nombre de caractéristiques littéraires. Les malentendus et les clichés se sont radicalisés par des nécessités commerciales, au point qu’aujourd’hui encore, la frontière séparant les genres – sans compter en SF les sous-genres – est très nettement marquée dans les esprits qui, à aucun moment, ne nourrissent « une réflexion vivante sur la singularité des genres ».

 

Nous ne pouvons qu’être d’emblée très reconnaissant à Francis Berthelot que de nous proposer ici un tel travail, et, dès l’introduction de son ouvrage, de rectifier presque cinquante années de flou artistique, d’amalgames hâtifs, et d’oppositions binaires entre « littérature savante » et « littérature populaire ».

 

Reste que la réponse à notre question n’est toujours pas élucidée. Comment cet auteur doué trouve-t-il le moyen de réunir Raymond Queneau et Lovecraft dans le même panorama littéraire ? Sa méthode : nous inviter à découvrir les titres de cette bibliothèque selon un concept précis : celui de « transfictions ».

 

« Toujours est-il qu’à la frontière qui sépare nos deux continents, un certain nombre d’auteurs se rejoignent pour écrire des transfictions : auteurs de littérature générale qui rejettent les limites du réalisme, voire l’idée même qu’une description de la réalité soit possible ; auteurs de l’imaginaire qui brisent les conventions de genres, tant au niveau de la construction que de l’écriture. » Le panorama est ainsi justifié.

 

« Selon leur tempérament, ils recourent à divers modes de transgression, qui, utilisés seuls ou en combinaison, donnent lieu à d’infinies variations. »  On se trouve alors, grâce à Francis Berthelot, à mi-chemin entre le continent de la littérature dite générale et celui de l'imaginaire, dans des lieux magiques habités par Kafka, Borges, Dick, Buzzati, Cortazar, Murakami, Palahniuk, Ballard, sans compter les dissidents dont les œuvres ont toutes en commun de briser les conventions de genre.


Une bonne centaine de livres classés par ordre alphabétique d'auteurs apparaissent dans cet ouvrage qui nous propose des analyses plus ou moins approfondies, mais toujours très utiles pour comprendre les romans en question, et leur place dans la perspective générale de la littérature.


L'histoire de la SF n'est dès lors plus séparée de l'histoire de la littérature générale, voire est liée en de multiples manières à la gestation et au processus d’évolution de la littérature générale.

 

Si cet ouvrage pourra en déstabiliser plus d’un, son plus grand mérite reste, bien évidemment, de redonner à la SF ses lettres de noblesses, et de nous faire découvrir des auteurs, jusqu’ici connus comme difficilement abordables (cf. Virginia Wolff, Marguerite Yourcenar, Julien Gracq etc.) sous un angle différent, et ainsi, redonner à ses écrivains hors normes, un intérêt littéraire ouvert au plus grand nombre.

 

A lire à la fois comme un roman et comme un dictionnaire du territoire fascinant de la littérature en générale…

 

Francis Berthelot, Bibliothèque de l’Entre-Mondes, Guide de lecture, les transfictions, Folio-SF, Gallimard, 2005.     

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