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Entretien avec John-Frédéric Lippis. Dans les cœurs de Mozart et Jean-Paul II

Qui était Mozart ? Qui était Karol Józef Wojtyła, dit Jean-Paul II ? Pourquoi un musicien compositeur de notre siècle a décidé d’écrire sur ces deux hautes personnalités, qui nous parlaient directement au cœur ? C’est ce que j’ai essayé de comprendre en interrogeant John-Frédéric Lippis, auteur de merveilleux essais, un sur le pianiste et compositeur de génie, l’autre sur le pape et homme de foi. Cet entretien a paru dans le site du mensuel Entreprendre. Il est désormais en accès libre dans l'Ouvroir.

Capture d’écran 2023-02-10 à 11.49.29.pngMarc Alpozzo : Bonjour John-Frédéric Lippis, vous faites paraître deux très beaux textes Dans le chœur de Mozart (Lina éditions, 2022) et L’homme a la valeur de son cœur (Lina éditions, 2022). Outre, que vous jouiez dans vos deux titres sur le mot « cœur », vous abordez dans l’un des ouvrages le génie de la musique du XVIIIème siècle, Mozart, et dans l’autre, le Pape Jean-Paul II qui a laissé un héritage immense. Pourquoi ces choix ?

 

 John-Frédéric Lippis : Bonjour Marc Alpozzo. Très honoré d’échanger avec vous.

Ces choix se sont imposés à moi naturellement. D’abord pour l’admiration que je porte à ces deux personnages hors normes et ce qu’ils m’ont apporté dans ma vie. Et plus encore, je voulais souligner combien leur existence avaient enrichis chacun de nous. Ils ont été un apport pour l’humanité. Deux grands spirituels qui ont permis de lever le nez du sol. D’une certaine manière, je dirais que nous les respirons chaque jour, ils sont dans nos vies. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu faire ces livres. Quant au cœur, il a été la base de mon éducation.

 

M. A. : Avec Haydn, Mozart, dont il est le contemporain, touche directement à l’âme de l’auditeur. Ne peut-on pas dire la même chose du Pontificat de Jean-Paul II, et qui nous a laissé un message important, que vous citez : « N’ayez pas peur. Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice. Ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, ainsi que les immenses domaines de la culture, du développement et de la civilisation. N’ayez pas peur. » ?

 

J.-F. L. : Mozart a harmonisé comme nul autre ses partitions rendant les barres de mesures moins lourdes et tranchantes. Il a été l’un des premiers à donner des concerts pour le public le plus large à l’époque, à sortir des salons des « rois » réservés aux plus nobles, pour partager sa musique dans des lieux publics au moment où Vienne (1750) fut le centre de l’Europe, de la modernité et de culture. En quelque sorte Mozart a donné un sens nouveau au son et même à l’expression scénique dans ses opéras.

Jean Paul II a donné de la portée aux mots, il a redessiné peut-on lire ici ou là les cartes de certains pays d’Europe qui par son influence spirituelle ou politique a « aboli » des frontières. Le monde a bougé. Des murs sont tombés. Jean Paul II a ouvert la porte de l’Église d’un partage large et populaire avec ses Journées Mondiales de la Jeunesse. Deux rock stars pourraient-on dire, avec un message, une valise de vitamines de l’âme à distribuer à tous. Mozart a allégé l’écriture musicale, et pourtant elle a pesé plus lourd que toutes les autres écritures. Jean Paul II a apporté de la modernité et a su actualiser des textes anciens avec talent et sens. Celle-ci en est un exemple : « Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice ». Et la suite qu’il donne n’est que sa « traduction contemporaine » dans l’ère que le monde vivait à cette époque : « Ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, ainsi que les immenses domaines de la culture, du développement et de la civilisation. »

Ils incarnent l’harmonie. Ce sont des bâtisseurs de l’humain. Et j’ai toujours rêver de leur ressembler, en restant à ma place, celui que je suis.

 

M. A. : Vous êtes un musicien de renommée internationale. Wolfgang Amadeus Mozart était pianiste et compositeur comme vous. Il n’a pas vécu très longtemps, 35 ans. Il est un compositeur autrichien de la période classique, considéré comme l'un des plus grands de l'histoire de la musique européenne. Il laisse derrière lui une œuvre considérable (893 œuvres sont répertoriées dans le catalogue Köchel). Aussi, selon les témoignages de ses contemporains, il était un virtuose au piano comme au violon. N’y voyez-vous pas là l’expression du divin dans cette étoile filante ?

 

J.-F. L. : Mozart a reçu une formation musicale rigoureuse de son père dès son plus jeune âge. Musicien virtuose, c’est certain, mais plus encore, son œuvre relève du divin. On dépasse ici toutes les formes et expressions. Nous avons à faire à l’œuvre d’un personnage qui a créé la majorité de ces œuvres lorsqu’il était enfant, adolescent. Ces tournées de représentations les plus flamboyantes furent celles de l’enfant prodige qui à l’époque ont fait de lui un génie auprès du public. Aussi, sa rapidité de composition, d’écriture, relevait du divin si on y associe l’expression, la qualité d’harmonie, puis le rendu. On est au-dessus de l’imaginable. Mozart a pris le temps d’écrire alors que la vie ne lui en a pas beaucoup donné. En même temps, elle lui a offert l’éternité et le sublime.

Ces œuvres répertoriées au catalogue Köchel, constamment enrichis par des spécialistes après, nous montrent combien Wolfgang Amadeus battait la mesure, il ne se répétait pas, et se corrigeait très peu. Comme souvent lorsque l’on crée cela est un jet, cela vient vite et tout entier. C’est LA création le LA de la créativité. Ce qui est (re)travaillé devient un produit quelque chose d’« artificiel ». Il faut laisser à l’œuvre sa part de magie. Il y a une puissance invisible dans chaque création.

Lorsque vous dites « Mozart était un pianiste comme vous », j’en suis flatté, je n’ai pas son génie, mais je me suis modestement reconnu en lui, et comme beaucoup d’autres, il m’a surtout inspiré car c’est lorsque j’étais enfant que j’ai fait mes premières compositions, et reçu un premier enseignement de la musique par mon père. Puis très tôt, j’ai ressenti un lien spirituel entre la musique et moi. Et en jouant devant un public qui était impressionné de voir l’enfant que j’étais jouer ainsi, ou interprétant des œuvres, je me sentais voyager vers le plus haut. En composant j’étais pris dans quelque chose qui me dépassait. Cela a fait ma joie, mon bonheur d’enfant. Cette lumière éclaire toujours ma vie. C’est à partir de là que j’ai eu des lectures tournées vers le spirituel, vers l’univers, l’humain, je me suis ouvert totalement. Cela a totalement guidé ma vie et fondé l’adulte que j’allais devenir, même si à l’époque je l’ignorais, enfin je me le demande.

 

lippis.jpegM. A. : Karol Józef Wojtyła, dit Jean-Paul II, a durant son très long Pontificat, (26 ans, 5 mois et 18 jours), le troisième plus long de l’histoire catholique à ce jour après ceux de saint Pierre (37 ou 34 ans selon la tradition, non documentée) et Pie IX (31 ans et 8 mois) a délivré à l’humanité un message profondément chrétien. Qu’y a-t-il de plus important dans l’héritage qu’il nous laisse, selon vous ?

 

J.-F. L. : Il nous a laissé la lumière, il n’a pas éteint lorsqu’il est parti, loin de là. Il a vécu un très long pontificat Jean Paul II. L’athlète de Dieu, comme il fut très justement surnommé, a été debout et un redonné à cette époque une ferveur à tous les chrétiens du monde. D’ailleurs, je suis persuadé qu’il a permis une espérance aux croyants qui n’existe plus aujourd’hui. Ses successeurs n’ont pas eu le même charisme. Je pense que si le message de Jean Paul II aux chrétiens et son héritage fut l’espérance, pour ma part, je suis intimement convaincu que le plus fort de tout ça, toute proportion gardée, dépasse le pape et le christianisme et soit un message, héritage universel de Karol Wojtila nous disant de vivre debout et rempli d’amour. « N’ayez pas peur ». Après avoir abattu des murs et « redessiné » les cartes il a montré un chemin de liberté pour chacun. De la dignité.

Il a incarné le courage qu’il a transmis aux personnes âgées, à la jeunesse, aux malades. Il a été un pape qui a dépassé souvent le cadre religieux, c’est tout l’homme qu’il était, et que je répète encore une fois : L’homme, Karol, était plus grand que le pape Jean Paul II.

 

M. A. : En tant que musicien, vous jouez dans vos titres de livres, sur le mot « cœur », que vous écrivez aussi « chœur ». La musique hante vos deux livres. Mais aussi les thèmes du courage, de l’amour, de la joie, de la fraternité. Dans un monde où la violence et l’hostilité ressurgissent de manière inquiétante, vous a-t-il semblé urgent de revenir à des valeurs chrétiennes, mais surtout humaines ? Vous avez été Chef de chœur de chorales dès l’âge de 23 ans, c’est donc d’une expérience de l’intérieur que vos écrits partent pour nous témoigner une vie mise au service de la musique, mais aussi de la charité et de l’amour universelle. Vous abordez donc la vie intérieure, à travers des textes qui n’hésitent pas à être intimistes, pensez-vous que les gens aujourd’hui se soucient encore de leur propre vie intérieure ?

 

 J.-F. L. : J’espère de tout cœur que les gens qui forment le « chœur » de ce monde se soucient de leur propre vie intérieure. Elle est leur santé physique, leur grandeur humaine et spirituelle. Je suis persuadé que pour beaucoup aujourd’hui il y a une volonté de ne plus se laisser instrumentaliser par la technologie même si elle nous a pris en otage. Il y a des limites humaines à ne pas dépasser. La vie intérieure permet encore la liberté. D’ailleurs je recommande à toutes et à tous, de prendre rdv avec eux-mêmes, et de se rencontrer pour la première fois pour certains. Car j’ai souvent vu des gens qui voulaient devenir quelque chose ou quelqu’un de célèbre mais qui était en fait des anonymes pour eux-mêmes. Nous devons cultiver notre vie intérieure. Elle nous mènera vers la joie, la réalisation de nos souhaits, l’accomplissement juste de notre vie, et la transmission de l’amour, d’une lumière que l’on porte dans les yeux et qui donnera confiance à ceux que nous croiserons de continuer à vivre dignement et de rendre chacun meilleur.  

Notre monde n’a jamais vécu sans guerre, sans haine, sans ignorance. Il faut avoir un regard lucide et également nourrir une volonté acharnée de bâtir l’amour chaque jour. Il y a mille raisons futiles et injustifiées de se quereller, et je me suis toujours intéressé aux deux ou trois choses sensées qui nous rassemblent. Le soleil m’émerveille, la nuit m’enrichit de sérénité ou de rêves multiples. Contemplons ce qui nous est offert. Ne nous obstinons pas à vouloir devenir star lorsque nous n’avons pas encore fait l’effort de lever la tête et d’observer une étoile et la grandeur de l’univers. La vie n’est pas de creuser des tombes mais d’élever les êtres. Il faut lâcher la pelle et passer à l’Appel.

Les valeurs qui me portent viennent de mon éducation, de mes parents. Mon père, immigré italien, arrivé en France en 1953 avec sa famille, s’est intégré par les valeurs du travail et de la famille. De petits boulots manuels et « forcés », en formations diverses, il a arpenté une France qui exigeait une carte de séjour stricte, les italiens n’étaient pas les plus gâtés. Après avoir fait des études au Séminaire en Italie, et à avoir appris le français chez lui, il se destinant à enseigner. Puis une Italie fragile et l’histoire en ont décidé autrement. Au début, il s’est adapté en France à ce qu’on lui a permis de faire : l’agriculture, la mine ou le bâtiment. N’ayant pas les mains du travailleur, car plus intellectuel, cela a été un moment difficile où il s’en est sorti par sa persévérance et le devoir de réussir. Se mariant à une française, ma mère, il a ensuite gravi les échelons de la société, et a ouvert une auto-école qu’il a tenu 42 ans, puis une société de transports. Comme pour beaucoup, on ne nous a rien fait cadeau. Mais mon père me disait que le cadeau c’était la vie et qu’elle nous donnait tout. Alors nous avons aimé éperdument la vie, nous nous sommes engagés dans l’amour des gens, la culture de la joie et du partage. J’ai grandi au son de l’accordéon de mon père dans l’allégresse absolue. Nous avons été conscient de la chance que nous avions, et de la fragilité de tout. Nous vivions fixés sur un cap, un rail, on avait la locomotive, les wagons, et la gare. Mes parents étaient la locomotive, les wagons ce que l’on faisait et notre potentiel, la gare, notre maison familiale. Un équilibre parfait. Des échecs, oui, beaucoup car nous n’arrêtions pas d’essayer des choses, de faire, de créer, d’avancer et de se former. Une vie saine qui allait me mener à la scène pour la partager. J’avais compris que : le soleil se lève tous les matins, et que si nous comptions sur les hommes pour le lever, nous vivrions dans le noir, l’obscurantisme le plus total ».

J’ai connu des moments de doute, la trahison, de façon plus rare la calomnie, mais il faut accepter lorsqu’on est dans l’action le fait de ne pas plaire. Ce que vous ne bousculez pas, vous renverse. Nous devons tenir la barre de notre navire avec autorité et respect de chacun. On a tenté plus d’une fois de me déstabiliser, de faire diversion. J’ai tenu le cap car j’étais sain et propre.

Mon expérience de chef de chœur a été une révélation, quelque chose d’irrationnel et même temps un lien entre la terre et le ciel. Le chant choral m’a toujours touché, plus encore bouleversé de sa grandeur, du voyage qu’il vous permet de faire. Dès mon enfance, je fus touché par la voix et les voix, l’harmonie. Lorsque l’on mêle son et sens, c’est l’essence même de ce qui nous porte. J’aimais secrètement le chant choral. Je n’ai jamais voulu devenir chef de chœur et je n’ai jamais appartenu à une chorale avant de le devenir. C’est arrivé par hasard, on est venu me proposer la direction d’une chorale, puis deux, puis trois. Sans vous mentir, cette expérience n’a rien eu d’artistique pour moi, elle fut initiatique, je l’ai mise sur un niveau si haut que cela m’a fait lever ma tête et mes yeux et j’ai grandi, bien plus encore, me suis élevé. Même si jusque-là j’avais toujours regardé la vie avec les yeux de l’amour, la lumière et le lien avec l’invisible a été plus haut. J’aime sincèrement les gens. Je crois en l’humanité, en l’amour.

J’ai toujours été impressionné et surtout transcendé par les voix, le chant polyphonique ou à l’unisson. Lorsque j’entendais des moines et leurs chants, cantique ou autres, résonnant des murs historiques d’un monastère, cela produisait en moi quelque chose d’indescriptible. Je me suis aussi intéressé et ému à l’écoute de chants bulgares en qui je trouvais une puissance intérieure intense. Du coup, mes lectures se sont même étendues à Omraam Mikhaël Aïvanhov.

Je trouve que le chant choral apporte la dignité, il est un appel, son équilibre nous guide. C’est une discipline qui vous libère, et l’écouter vous transmet l’harmonie et la paix. J’ai associé à cette expérience de chef de chœur le désir de rester bénévole pour qu’elle soit totalement humaine, désintéressée, pour mieux respecter et apprécier cette étape inattendue qui m’était offerte. Même si j’ai eu l’honneur de voir l’une des trois chorales me verser une indemnité. Je la reversais dans mes actions humanitaires. Je vais vous avouer quelque chose, je ne me suis pas enrichi à une époque où on me proposait des contrats, mon but était autre, les amis me disaient pense à toi, ils travaillaient pour l’argent, ce qui peut être respecté et compris, mais ma volonté était ailleurs, j’étais l’homme le plus riche du monde, je faisais ce que j’aimais, je réalisais chaque jour un rêve d’enfant, celui de m’accomplir, de grandir, de servir. On ne pouvait pas me voler, ce que j’avais était en moi. Et j’ai toujours eu le désir de donner. Je ne me suis jamais appauvri en partageant.

Beaucoup cherchaient la lumière, moi j’étais modestement engagé à éclairer là où il n’y en avait pas. La musique pour moi est une passion, un rêve, une respiration, un métier. un alibi même, allez savoir. C’est l’instrument qui me permet de délivrer le message suprême de l’amour et de partager. Ma vie se résume à cela.

 

M. A. : Vos deux ouvrages sont des livres de paix et de fraternité. Vous vous servez beaucoup des principes de la religion chrétienne, notamment lorsque vous vous racontez en évoquant Jean-Paul II. Pianiste, compositeur, commandant de réserve, vous vous êtes engagé dès votre plus jeune âge dans l’humanitaire et les associations caritatives. Votre livre sur Jean-Paul II s’intitule L’homme a la valeur de son cœur. Vous dites d’ailleurs qu’après un drame personnel désormais vous entendez avec le cœur. Que voulez-vous nous dire par-là ?

 

J.-F. L. : Oui j’entends avec le cœur aujourd’hui, après avoir regardé le monde avec le cœur pendant toute ma jeunesse, avec tant d’amour, il m’est arrivé quelque chose au milieu de la quarantaine qui a touché ce que j’avais de plus cher : mon oreille. J’ai perdu une bonne partie de mon audition, si bien que j’ai dû adapter ma vie professionnelle et sociale à cet incident. Ce fut un bouleversement total et douloureux, de ne plus entendre le chant des oiseaux le matin, en même temps une autre façon de vivre est née. je me suis moins exposé, je me suis organisé des moments de solitude plus long, moins d’échange direct, mais encore plus d’amour et de perception du monde. Ce dont j’ai toujours été convaincu m’est arrivé. Il est plus important de ressentir que d’entendre. Sauf que je ne suis plus en mesure d’entendre le chant des oiseaux. C’est dramatique. Heureusement, la technologie avec les appareils m’a sauvé et permis la possibilité d’entendre la voix de mes enfants à leur naissance.

Mon sens inné de l’adaptation m’a permis de me remettre dans une autre réalité. Nous sommes plus fort que nous croyons, et nous avons toutes les réponses en nous. Souvent on cherche la pilule miracle, elle est en nous.

Enfant, adolescent, j’écoutais des heures de musique au casque, à fond, comme on disait, alors on dit que ça vient aussi de là… mais que voulez-vous, tout ce que j’ai fait je l’ai fait à fond.

J’ai été élevé dans une famille catholique mais ouverte sur le monde et les différences. C’est en cela que j’ai apprécié Jean Paul II. Mon engagement s’est imposé à moi très tôt, c’était à la fois un accident et une chose naturelle, je l’avais en moi. Mes parents sont gaullistes, ils ont vécu ces moments avec le général, toute une époque. Ensuite j’ai eu la chance de rencontrer Pierre Messmer, il m’aimait beaucoup, lorsque j’étais adolescent il me faisait jouer avec mon accordéon pour les personnes âgées du côté de Sarrebourg en Moselle, commune où il était maire. Lorsque cette homme, compagnon de la libération ou encore ministre du général de Gaulle me parlait du général, c’était quelque chose. J’ai été habité par l’essentiel dès mon enfance. Je me suis questionné toute ma vie sur le côté mathématique de la vie, son fonctionnement, et le côté spirituel, l’invisible. J’ai été marqué par deux personnages : Wolfgang Amadeus Mozart et Léonard de Vinci. Ce dernier avec sa capacité à joindre l’art et la science m’a fasciné, il incarne encore aujourd’hui la recette ultime de l’innovation. C’est cela qui m’a poussé aussi de suivre ma formation à l’École Polytechnique sur l’innovation. La spiritualité, la musique, les mathématiques, ou encore les lettres... La plus forte énergie qui m’a guidé est la créativité.

 

M. A. : Nous avons pensé pendant au moins 70 ans, que la paix perpétuelle de Kant avait enfin connu le jour en Occident. Les dramatiques événements qui touchent l’Ukraine aujourd’hui, et la guerre à nos portes en Europe, remettent en question nos dogmes. Vous militez dans vos livres pour la paix entre les hommes, vous êtes vous-même un homme de paix, pensez-vous qu’il puisse être possible, que le monde qui est gouverné par les passions et les désirs, puissent un jour trouver un peu de sagesse en lui ?

 

J.-F. L. : Kant que vous citez me parle. D’abord par un travail expérimental de création musical que j’avais accompli sur son œuvre en 1991 « l’Esthétique transcendantal », car l’étude a priori de la sensibilité à savoir l’espace et le temps m’a toujours préoccupé. Et cette « paix perpétuelle » … qui a inspiré bon nombre de chef d’État. On a pu lire beaucoup de passionnants ouvrages sur la paix, mais Kant à cette époque évoquait davantage de liberté humaine que d’autres… C’est vous le maître ici en philosophie Marc Alpozzo, je vous admire et la philosophie a donné du relief à ma vie, un espace.    

Pour maintenir la paix, il faut être en capacité de se défendre et le faire savoir. Là, c’est le commandant de réserve qui parle. Il y a une réalité implacable dans la nature humaine, celle du poids de la dissuasion.

La paix est fragile dit-on. Ce dont je suis sûr est que le plus fragile est l’humain. Je suis lucide, bien plus que mes écrits ou musiques ne pourraient le traduire. Si vous saviez combien j’ai craint toute ma vie la guerre au regard des récits de mes parents qui l’ont vécu et des anciens combattants qui m’ont transmis tant de témoignages bouleversants.

Ce monde gouverné par les passions et les désirs comme vous le dites n’est finalement que le quotidien des hommes. Ils aiment se brûler les ailes qu’ils n’ont pas. Ah ! si seulement nous serions ces oiseaux pouvant voler sans rien prendre. Dans leur ciel, il y a aussi des rapaces. La vie revient toujours à un degré de puissance, de domination, mais si nous pouvions seulement convertir cette force à l’amour, l’enseigner et inonder les êtres, les contaminer, une pandémie dont le simple vaccin serait un regard « divin ».

Revenons sur terre, touchons le sol avant les cœurs pour être cohérent et en phase avec notre monde moderne. C’est par les actes, même les plus petits, au quotidien que nous pourrons améliorer le monde, par l’exemple. Il faut envisager une liberté personne qui n’entrave pas celle de notre semblable.

Quand vous allez dans des pays comme la Chine, la toile est éducative, chez nous distractive. Certains appellent ça de la liberté, mais c’est notre prison. On s’éloigne de nos priorités et de nos vies en regardant ce qui est ineptie et pire encore. Notre jeunesse ne se forment plus ou pas assez, le niveau intellectuel baisse. Il suffirait peut-être à cette génération rivée sur les écrans à se divertir, se faisant piéger par la diversion, d’ouvrir un livre et de lire. Cela les ramènerait à la vie, aux fondamentaux, à eux, et à la paix.

C’est là, que je suis convaincu que l’art, la musique, la lecture, la philosophie, sont des éléments qui sauveront le monde et qui permettront à l’humanité de rester debout et de vivre ensemble.

J’ai entamé depuis mon plus jeune âge une promotion du Devoir de Mémoire. Je suis convaincu que la sagesse, la paix, la liberté se trouvent dans la Mémoire, c’est pédagogique.

Merci de cette interview plus encore de ce partage.

 

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Avec John-Frédéric Lippis, à Paris (VIe)

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