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De la littérature en décomposition, entretien avec Juan Asensio

Pour les amoureux de la littérature, nous vivons très certainement aujourd’hui, une ère de grand désenchantement. Juan Asensio s’en fait d’ailleurs l’écho dans son second essai sobrement intitulé La littérature à contre-nuit qui réunit divers articles qui peuvent être lus à la suite les uns des autres ou séparément. Leur difficulté d’accès donne d’ailleurs le ton à cet ouvrage critique, revisitant une littérature ayant de l’estomac, et s’élevant au-delà de la faible littérature d’aujourd’hui, celle des Pennac, Darrieussecq, Angot, Millet, Gavalda, Ndiaye et compagnie. Juan Asensio est passé maître dans l’art et la manière de décortiquer le texte littéraire. Plusieurs niveaux de langue, plusieurs voies d’écriture et une polyphonie revendiquée. Impossible de dire que l’auteur fait la part belle au lecteur. Il s’agit donc de s’accrocher très fort pour poursuivre, s’aventurer en ces territoires foisonnants, ces chemins ombrageux qui vous perdent à la moindre distraction.

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La littérature à l’estomac

L’axe central de cet ouvrage, Juan Asensio n’en fait pas mystère, c’est l’articulation entre la littérature et le Mal, à partir d’une exploration minutieuse et oblique de textes signés Joseph de Maistre, Paul Gadenne, Ernesto Sabato, Georg Trakl, ou encore Georges Bernanos et Ernest Hello. Le menu est donc de choix ! Quant à la stratégie, la lecture oblique s’impose car « le démoniaque ne peut être abordé frontalement ou, comme l’écrivait Simone Weil, c’est la complication (plus que la complexité) du Mal, par opposition à la simplicité rayonnante du Bien qui, dans le domaine artistique, interdit une approche obvie de l’énigme qu’il représente »[1]. Ouvrage à plusieurs facettes, hommage à quelques écrivains « maudits » ou parfois « oubliés » du grand public, on ne peut que se réjouir des critiques apportées ici, revisitant le chef-d’œuvre de Bernanos, Monsieur Ouine, ou Joseph de Maistre qu’il est décidément interdit de citer dans les manuels scolaires. Le choix est hétéroclite, il faut bien le dire, mais il s’agit de diversifier les « angles d’attaques »[2]. Et puis, nous confesse Asensio, ce choix touche aux seuls auteurs qu’il n’a de cesse de lire et de relire. Mais c’est surtout un choix parmi les plus difficiles pour donner le change à une époque littéraire sans estomac, puisque ces écrivains-là appartiennent à dessein à une autre époque, celle pas si lointaine « où un écrivain pouvait encore affirmer avec panache qu’il avait la littérature à l’estomac. »[3]

 

La technique dite de « contre-nuit »

Empruntant aux gravures de Giovanni Benedetto Castiglione, la technique dite de « contre-nuit », Juan Asensio s’efforce d’éclairer le mal sous un jour nouveau, afin d’advenir à la « lente dissipation de la nuit », celle qui conférerait au Mal une première compréhension par l’écriture elle-même, l’écriture qui « pénètre profondément dans le disque d’accrétion du trou noir ou, si l’on veut, ne craint pas de s’engouffrer dans la zone d’effondrement que constitue le Mal. »

Le Mal d’Asensio, c’est celui du XXe siècle. Celui de la mort de masse. Le Mal est ancestral. Mais celui de Juan Asensio est plus proche de nous. C’est précisément celui de la mort de Dieu[4]. De ce Mal en succède un second : celui de la disparition du sacré. Une disparition qui s’étend jusqu’à la littérature elle-même. On ne devrait pas prendre cette annonce à la légère. Déjà Nietzsche annonçait cette terrible mort de Dieu dans son Zarathoustra, personnage dont on connaît le sort, risquant systématiquement sa vie, dès qu’il tentait de remuer les consciences. Cette disparition du sacré laisse désormais place à l’imposture, au brouhaha, au bavardage, et à la médiocrité généralisée. Est-ce nécessaire, une fois de plus,  de recourir aux exemples des œuvres les plus ineptes en littérature française, et les plus massives, pour alléguer la thèse d’Asensio, qui ne peut faire qu’autorité dans la postmodernité déliquescente d’aujourd’hui ? Je ne crois pas !

Certes, la littérature peut nous sauver du néant[5]. A condition néanmoins qu’elle parvienne à se hisser du long silence dans lequel, on l’enferme.

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L’Arche de la parole brisée

Car, pour le dire sans détour : le Mal ronge le langage. Pour combattre le Mal, il s’agit donc de ramener nécessairement le lecteur, aussi enchanté soit-il, à une « parole haute et claire », dont l’adversité première est l’écriture elle-même. « Comme si, en fait, la parole ne pouvait qu’affirmer sa déchéance lorsqu’elle trouve son dernier refuge dans l’écriture. »[6] Car qu’est-ce que le langage aujourd’hui si ce n’est un bruyant et vaseux bavardage, mal contemporain auquel il s’agit d’opposer la profondeur de L’Enfer de Dante ou la dimension tragique de l’œuvre de Dostoïevski.

 

Ce qui dérange Juan Asensio c’est cette terrible banalité qui est aujourd’hui le terreau même, le fumier d’une littérature poisseuse, fade, indigeste, larvée. On le connaît pour son blog[7] dans lequel il dissèque en fin chirurgien, le cadavre de la littérature. Mais elle-t-elle donc si morte ? Contre Hegel, contre Marx Asensio rejette l’idéal du Grand soir ; il combat tout sens de l’histoire… Il veut se pencher sur les blessures : il refuse tout principe de la théodicée. Le Mal, s’il est le moteur de l’histoire, ne prouve en rien que celle-ci puisse suivre la moindre direction définie à l’avance… pas d’objet ! L’histoire n’est pas un processus. Le néant précède l’être. Et de ce néant, la littérature aujourd’hui, ne sait rien tirer.

 

C’est donc de l’histoire de la parole dont on parle. Ou plutôt, devrais-je dire, de la fausse parole. Et c’est là que réside le véritable intérêt de ce recueil : sa prose stigmatise avec autant de justesse que de talent, le vide ontologique, la béance substantielle de la littérature de ce début de siècle, à la fois bruyante, et déjà morte, morte née de ne pouvoir exister au-delà du vacarme, morte née du nivellement dans les abîmes de cette démocratie rampante qui ne laisse aucune tête dépasser l’autre. Ce « tohu-bohu pétrifié par l’horreur de Babel, bavardage de l’homme louchant d’effroi devant la silhouette boursouflée de l’Arbre » [8], est probablement le cancer le plus diabolique pour la littérature française : cette « grande parlouze »[9] qui donne à la médiocrité toute possibilité de s’installer.

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Le désenchantement du monde

On pourrait presque croire au ton désenchanté, à l’écriture morose, si Juan Asensio n’était pas de cette race d’écrivains et de lecteurs pour qui le style, la force de l’écriture, la petite musique personnelle sont indispensables à toute œuvre. Voilà la noble et difficile tâche que s’est assignée l’auteur. Ecrire précisément pour combattre « le désenchantement (dans lequel) notre monde est tombé. »[10] Braver la nuit des ténèbres qui s’est  - définitivement ? – abattue sur la littérature française. On comprendra alors ses multiples références à Joseph Conrad,  - lecteur de Joseph de Maistre ?[11]-, Léon Bloy, Georges Bernanos, Arthur Rimbaud, Georg Trakl, Ernest Hello… De la mort de Dieu ressortit une littérature désespérée. Bloy implorant le père absent. Mais le langage est à présent infecté par le mensonge. Ce terrible cancer ! N’est-ce pas là la force même de l’ouvrage de Juan Asensio de mettre l’accent sur cette perte définitive du sacré à partir de l’idée de la mort de Dieu ? Mort du père entraînant dans son sillage, la mort du créateur ? « Le XXe siècle est le siècle d’un désespoir parvenu au stade ultime de l’abrutissement et de l’ennui, bavard, verbeux, inconsistant comme une bulle de vase qui, remontée à la surface de l’étang, éclate sans rien livrer que les mots blafards, fatigués et creux des dictateurs de notre histoire récente, et de toutes ces créatures de papier qui ont préfiguré le cauchemar. Sans Dieu, l’homme est un bavard qui s’ennuie. »[12] Voilà donc que tout est dit. Et il s’agit justement de saisir cette articulation entre Dieu et le créateur. Cela rappelle la même articulation faite par Maurice G. Dantec dans son difficile mais impressionnant roman Cosmos inc.[13] Comment comprendre cette articulation sans sombrer dans une nostalgie d’un autre temps, d’un autre lieu, d’une époque révolue ? De la mort de Dieu, Nietzsche se réjouit. Elle délivre l’homme des entraves de la morale, elle l’autorise, après un long passage par le nihilisme (passif puis actif) à se faire créateur. Certes, seuls quelques-uns en auront la capacité. Mais le surhomme est le bienfait de cette disparition de la scène du père par trop omniprésent. Juan Asensio a pourtant bien retenu la leçon. Contre la corruption du temps, la médiocrité et l’ère informationnels, il se fait intempestif, revenant inlassablement à quelques écrivains oubliés dans l’enfer des bibliothèques, dont les voix, qu’elles soient « éructations démoniaques » ou « chants désolés »[14] continuent de percer la glace de l’indifférence, de couvrir la cacophonie généralisée aux dernières oreilles qui sauront encore les entendre. Sa force c’est d’avoir ce courage incroyable de braver la fronde, de remonter à « rebrousse-temps », pour paraphraser un magnifique titre d’un roman de Philip K. Dick, vers cette littérature encore si vivante, vivace, mais oublié du plus grand nombre de nos contemporains. Sa faiblesse apparente, c’est de ne pas tenter d’explorer un autre versant de la littérature qu’elle soit étrangère ou naissante, s’en tenant à opposer les voix énormes de Gadenne, Trakl, Maistre, Hello, Bernanos, à la production larvée des Angot ou Millet[15]. On a l’impression que Juan Asensio se refuse à regarder ailleurs. Que ses yeux ne savent quitter cette littérature du passé. Mais il ne s’agit pas de tricher. J’ai bien dit que la faiblesse n’était qu’apparente. Comment ne pas comprendre ce déni de la modernité ? Si Asensio se livre à un exercice herméneutique duquel il espère extraire l’antidote à tant de fadaises, « tout au plus, écrit-il (nous) mettons le doigt sur le mystère du texte »[16]. Voilà probablement la réponse au problème. On ne saurait se détacher de ces auteurs en-ténébrés, car il faut avoir conscience que leur parole n’a pas encore tout livré. Bien sûr, de ces grands écrivains qu’aucun critique littéraire[17] ne saurait lire à sa juste mesure, leur forêt noire ne peut être explorée entièrement. La mesure de leur talent est à la hauteur de leur incompréhension.

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Ernest Hello, Joseph de Maistre, Paul Gadenne, Georg Trakl, Georges Bernanos entre autres plumes revisitées par le féroce critique littéraire, Juan Asensio… autant de chants du cygne qui nous relèvent les yeux vers la lumière.  Tâchons seulement de comprendre le sens du Mal…

***

L'ENTRETIEN :

 

Marc Alpozzo : Ce qui frappe d’emblée en lisant votre troisième ouvrage[1], c’est la facilité par laquelle on y entre en comparaison avec le deuxième[2]. Doit-on y voir, dans cette autre forme de votre travail critique, l’aveu même que vous cherchez un plus grand public ? Ne pensez-vous pas que votre critique de la littérature bavarde puisse sensibiliser, au-delà d’un public d’initiés et déjà convaincus, dans la mesure où l’on voit l’art aujourd’hui franchir sans aucun complexe la frontière du divertissement pur pour s’y installer au mépris de ses règles académiques ?

 

Juan Asensio : Je réponds à votre dernière question, très clairement : non. Je me moque de toucher ce que vous appelez le « grand public », chimère médiatique qui ne correspond pas à grand-chose, si ce n’est, peut-être, à quelque entité acéphale assez étrange lisant (sans même les comprendre, donc !) les livres d’Anna Gavalda et de Marc Levy. Le jour où je verrai, dans une rame de métro, un Parisien en train de lire mon troisième ouvrage (qui n’est facile que comparé au deuxième…), c’est que je serai probablement descendu au niveau d’un journalisme uniquement capable d’habiller les dépêches de l’AFP, elles-mêmes trop souvent écrites dans une langue simplifiée, bientôt proche du novlangue d’Orwell.

Précision supplémentaire : pas davantage que gros vendeur, je ne me rêve autorité académique, nouveau Barthes ou Genette, ce dernier vivant très confortablement des piles de livres que les classes préparatoires et les Universités commandent à ses éditeurs. Je ne vis pas de ce que j’écris et, ma foi, c’est une situation dont je m’accommode parfaitement, ne serait-ce que si l’on considère la liberté de ton qu’elle m’offre. Je m’adresse à des hommes libres, du moins j’en fais le pari : les hommes libres ne se trouvent point, disons, plus prudemment, peu, dans les salles de cours, et de moins en moins souvent dans les salles de rédaction des principaux quotidiens.

 

Cette question de la perversion de l’art, vous la traitez d’ailleurs dans votre Critique meurt jeune[3]. Vous visez par votre critique l’art contemporain que vous dénoncez en des termes sans appels : « Nous considérons comme une évidence absolue la nullité de l’art contemporain dans la presque totalité de sa production picturale. » Vous justifiez cette formule en refusant à l’art de passer d’un matériau noble à un matériau plus pauvre, plus anodin, dont la mesquinerie ne l’empêche plus d’être représenté. Est-ce la position réactionnaire d’un conservateur, ou cherchez-vous derrière cette « terrible » critique, à rappeler à l’ordre une production artistique et littéraire actuelle au fond assez peu imaginative, créative, se contentant d’une posture plus qu’autre chose ?

 

juan asensio,,daniel lindenberg, philippe muray, julien gracqJe ne rappelle personne à l’ordre, n’ayant pas l’instinct corporatiste d’un mouchard comme Daniel Lindenberg et, plus largement, de tous ces pétitionnaires qui entendent le claquement des bottes nazies dès qu’une mouche brune plutôt que verte s’avise de tomber dans leur soupe de vermicelles. Dans l’expression que vous citez, ce qui compte, c’est le membre de phrase suivant :  « dans la presque totalité de sa production picturale ». Je ne fais donc référence qu’à un domaine que je connais assez bien et je n’affirme nullement que l’art contemporain est, par essence, nul, ce qui serait un mensonge, doublé d’une idiotie. Seule m’inquiète la disproportion, constatée par beaucoup d’auteurs comme Jean Clair ou Jean-Philippe Domecq (sans parler de Philippe Muray), entre le bavardage fait autour des œuvres (lequel est érigé en unique valeur sépulcrale ou, permettez-moi ce néologisme digne d’un petit Derrida, spectraculaire de l’art), et la valeur intrinsèque de ces dernières. Julien Gracq au tout début des années cinquante évoquait dans sa Littérature à l’estomac ce bavardage incessant qui entourant les livres, prenait quasiment leur place.

Je ne stigmatise absolument pas le fait que l’art soit passé d’un matériau noble à un autre, vil, mais où êtes-vous donc allé pécher pareil créature d’eau trouble ? L’art choisit le matériau qu’il veut et quelques-unes de ses merveilles ont été peintes à même la roche, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Je ne sais pas si, lorsque nos artistes seront capables de peindre à même un mur de photons, ils seront beaucoup plus avancés, en matière d’art, que leurs ancêtres préhistoriques.

 

Vous reprochez à l’art contemporain d’être sans œuvres d’art, sans paroles. Vous êtes un intellectuel qui vomit cette époque de vacarmes, de bavardages, de désenchantement[4]. N’avez-vous pas ce sentiment que l’art contemporain lui-même, en mettant à mort le choix strict des supports, accordant à l’artiste tous les supports possibles de la poussière aux excréments, en passant par la vaisselle, les pots de chambre, les poubelles, l’électricité etc. dénonce, de la même manière, ce désenchantement, qu’il est une critique, finalement, bien plus acerbe, bien plus puissante que la vôtre, de notre époque ? Le décodage nécessaires aux œuvres contemporaines transforme le regardeur en artiste. En refusant cette nouvelle donne, n’avez-vous pas l’impression de faire partie de cette école qui ne voudrait point se servir de l’électricité, lui préférant la lampe à pétrole ?

 

Encore une fois, vous m’avez mal lu : l’art contemporain a bien produit des œuvres dignes de ce nom, mais en une quantité toutefois assez faible, ce qui est peut-être me rétorquerez-vous, une des marques d’un art exigeant. Certes. Ce qui me choque énormément, c’est plutôt la publicité faite autour d’insignifiances, comme celles de Daniel Buren.

juan asensio,,daniel lindenberg, philippe muray, julien gracq, daniel buren, Nicolas Gomez DavilaJe ne vomis absolument rien du tout, surtout pas une époque dans laquelle je vis : si j’étais laborantin, peut-être pourrais-je m’observer en me réifiant, au travers de l’optique puissante d’un microscope, comme une bizarre créature toute différente de l’homme que je suis. Cette idée serait moins un vœu pieu qu’une absurdité, digne d’un baron de Münchhausen qui lui-même s’attrape par le collet pour s’extirper d’un danger. Vous avez peut-être remarqué que j’ai créé un blog il y a maintenant près de quatre années. Si je vomissais l’électricité, croyez-vous que je m’amuserais à utiliser comme je le fais, c’est-à-dire en y consacrant beaucoup de temps, l’Internet ? Je vous conseille de méditer la phrase de Nicolás Gómez Dávila : « Mais si le réactionnaire n’a aucun pouvoir à notre époque, sa condition l’oblige à témoigner de son écœurement. La liberté, pour le réactionnaire, est soumission à un commandement. »[5] Témoigner, c’est bien ce que je fais, parmi, bien sûr, une multitude d’autres voix. Et ce témoignage n’implique, de ma part, aucun courage : je le fais parce que je dois le faire, et c’est dans ce lien que je trouve ma liberté.

Que l’art contemporain soit une mise en abyme de l’art ou, si vous y tenez, une critique, est une vieille lune qui a sacrément pâli depuis les amusements de Duchamp. Je veux bien qu’un urinoir trônant au beau milieu d’une salle de musée soit un acte absolument courageux de radicalité révolutionnaire, mais une batterie d’urinoirs, un art transformé tout entier en appareils warholisés évacuant ou recyclant la merde elle-même enchâssée, c’est à la longue, comment dirais-je, un peu répétitif et lassant, ne trouvez-vous pas ?

Les œuvres les plus révolutionnaires, en art comme en littérature, sont du reste, à mon sens, celles qui s’inscrivent dans une continuité symbolique : n’avez-vous donc pas remarqué que les romanciers les plus extrêmes si je puis dire, Faulkner, Joyce, Kafka, Canetti ou Broch, sont également ceux qui, de la littérature qui les a précédés, ont une connaissance remarquable et manifestent à la fois une humilité extraordinaire et la volonté, comme le rappelait l’excellent critique anglo-saxon Harold Bloom, de ruiner les vérités sacrées ? Nous sommes bien loin, avec ces romanciers qui ont écrit plutôt que théorisé ce qu’ils écrivaient, des impuissants cacographes qui se réclamèrent du Nouveau Roman. Un artiste digne de ce nom est un esprit pétri de culture. Au lieu que nos petits actionnistes parisiens, s’amusant à découper des cochons vivants tout en éructant des prières à la vierge, sont, avant tout : des crétins dénués de la moindre culture, ensuite de faux artistes et de réels imposteurs dont la volonté de détruire l’univers est comparable à celle d’un papillon folâtrant sous un ciel bleu de printemps.

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J’employais plus haut, à dessein, le terme « symbolique ». Jean Clair[6], à qui nul ne reprochera d’évoquer un sujet qu’il ne maîtrise pas, déclare sans ambages : « quand l’ordre du symbolique, qui marque le contrôle du signifiant et l’imposition de la figure paternelle, est aboli, la liberté de faire n’importe quoi est complaisamment revendiquée. C’est parce que nous n’accordons plus aucune importance au sens, à la valeur, aux pouvoirs et aux dangers des images que nous laissons à l’œuvre d’art la licence d’être insignifiante. La pseudo-liberté d’expression de l’art moderne, l’audace de ses sujets, l’autonomie présumée des formes qui la composent ne sont jamais que les déchets d’une fonction qui n’est plus discernable. »

 

Votre critique de l’art contemporain repose en grande partie sur la fausseté du langage, parole incapable de commenter, que vous accusez de vulgarité et de bassesse. Vous voulez en finir avec le mensonge, le bavardage parisien, la grande « parlouze », pour retrouver le langage rédimé, le silence qui est, vous dites, une autre forme de prière. Mais n’est-ce pas un refus de votre part d’accepter que l’art ne pourra plus être semblable à celui d’hier ou d’avant-hier ? Vous qui reprenez le film de Tarkovski, Stalker, cette parabole pour la fin des temps, pourquoi n’accepteriez-vous pas de voir dans ce passage du Beau à l’Idée une autre forme de dénonciation de cette fin des temps ? L’homme incapable de remonter à l’émotion du sensible, coupé du monde par la technique, la science et les formules mathématiques, voire économiques ? On a cet étrange sentiment que, à l’instar du professeur dans le film de Tarkovski, vous cherchez à détruire l’endroit.

 

Erreur. Pourquoi vouloir détruire notre dernière chance de beauté ? Si je devais m’identifier à un personnage du chef-d’œuvre de Tarkovski, ce serait peut-être à l’écrivain, désabusé et cynique mais désireux finalement qu’on lui prouve que le surnaturel existe, voire au stalker lui-même, qui n’est autre qu’un passeur.

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Stalker n’est absolument pas une parabole pour les temps de la fin : je la comprends et elle doit d’ailleurs être comprise selon Tarkosvki lui-même comme une méditation ayant bien évidemment valeur séminale pour notre époque. C’est la définition même de l’art : une façon, non obvie à la différence de la parabole dont le sens est toujours clair, de lire une époque, aussi trouble soit-elle. C’est curieux mais j’ai l’impression que, davantage que je ne le suis, vous paraissez obsédé par l’Apocalypse…

 

Je reviens sur cette idée de destruction qui semble vous hanter. Votre prose est souvent polémique, imprécatoire, par moment violente contre l’époque et ses idoles. Vous critiquez les œuvres récentes de trois auteurs contemporains, Maurice G. Dantec, Éric Bénier-Brückiel, Marc-Édouard Nabe, sans manquer de souligner toutefois l’échec monumental du roman que vous commentez, excepté peut-être celui de Nabe, Alain Zannini que vous sauvez in extremis. Je ne sais pas si j’extrapole mais n’est-ce pas l’aveu de votre part que l’époque est incapable de produire une œuvre infinie, transcendante et intemporelle ? Au fond, n’avez-vous pas le sentiment d’être, par votre regard critique sur la production moderne, dans la posture de l’homme révolté d’Albert Camus dont Léon Bloy dit qu’il « pleure son idéal saccagé », que vous citez d’ailleurs dans La Littérature à contre-nuit[8] ?

 

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Bien sûr, si vous voulez dire que l’art contemporain confond la matière et la chair qu’il transforme en viande, dans ce cas, oui, je suis d’accord avec vous : il manque d’ambition, tout simplement. Il croit produire ce que Joyce appelait une épiphanie et, dans le meilleur des cas, il ne provoque qu’une émotion érigée en parangon des sens et de l’esprit, malgré tout le bavardage pseudo-intellectuel qui salue ses très maigres résultats.

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Écrivant à propos de Villa vortex de Dantec et Alain Zannini de Nabe, vous n’hésitez pas à dire que ces deux romans sont monstrueux car « ils traitent de l’unique question absolument méprisée par nos écrivains qui refusent de sonder le cœur secret de leur art »[9], à savoir le langage, qu’il faut sauver d’une littérature en putréfaction et encore trop bavarde. Quelle est selon vous la conséquence immédiate de cette perte du langage ? Est-ce que, à l’instar d’un Heidegger par exemple, vous y voyez une perte de la recherche de l’être ?

 

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Sur Dantec et Nabe, je crois n’avoir pas une ligne à ajouter à celles que j’ai écrites à propos des deux romans que vous évoquez, Villa Vortex et Alain Zannini. Ce n’est pas de la prétention, c’est un simple constat : Dantec, par exemple, ne nous raconte à peu près plus rien d’intéressant depuis Villa Vortex. Il se répète, répétition aggravée par le fait que son rythme de publication me semble draconien. Pour exténuer un écrivain et, finalement, le ridiculiser, on ne s’y prendrait pas mieux.

Quoi qu’il en soit, la conséquence immédiate du manquement que vous évoquez n’est point une nouveauté : elle réside dans le fait, pour les puissants, de parvenir à manier les foules dont les émotions simples ont été décrites une fois pour toutes par Gustave Le Bon. Il semblerait aujourd’hui que le pouvoir lui-même ou plutôt, maintenant, la sphère du politico-médiatique, ne soit plus en mesure de résister à la force centrifuge de cette toupie devenue folle évoquée par Chesterton puis Bernanos : plus aucun domaine ne semble devoir donc échapper à l’emprise tentaculaire de ce qu’Armand Robin, dans un livre que je ne me lasse pas de relire, appelait la « fausse parole ».

 

Continuons avec Dantec et Nabe. Vous les considérez comme les deux derniers écrivains qui ont ressenti « la nécessité irrécusable de venir au secours de l’écriture »[11]. Question naïve : les considérez-vous comme les deux derniers grands écrivains d’une époque littéraire révolue ? Pensez-vous qu’après ces deux écrivains, d’ailleurs controversés et bannis par le système, la littérature française aura rendu son dernier souffle ? Et d’ailleurs, pourriez-vous vous expliquer ce bannissement, presque aussi violent que celui qui touche encore aujourd’hui Joseph de Maistre, Léon Daudet, ou Drieu La Rochelle ? 

 

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Contrairement à ce que vous dites, ces deux auteurs ne sont absolument pas bannis par le système : Nabe a été longtemps publié par Le Rocher, à présent par Léo Scheer, et Dantec a fait éditer ses livres par Gallimard puis Albin Michel. Si ces deux-là sont bannis, je veux bien les accompagner lorsqu’ils traverseront les étendues solitaires où ils ne manqueront pas de ruminer leur parcours éditorial tout de même prestigieux. Ils ne sont pas bannis mais pleinement intégrés, au contraire. Disons que ce que vous appelez le « système » les utilise à sa façon, tentant de se faire peur : je doute qu’il ait vraiment peur, ce ne sont que des accroches vulgaires de journalistes qui ne feront pas même battre un des longs cils blonds d’Aude Lancelin, c’est dire...

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Daudet, Drieu La Rochelle sont édités et réédités avec des fortunes diverses certes, tout comme l’est Maistre, Barbey ou encore Bloy, grâce aux efforts d’un Pierre Glaudes par exemple. Le fait qu’ils ne soient pas davantage évoqués, commentés, lus vous avez raison, tient à la nature même de leur génie : ils dérangent et l’homme moderne, surtout lorsqu’il est français, n’aime guère qu’on le dérange. Je n’évoque point des raisons contingentes mais, hélas, pas moins évidentes, comme la crasse ignorance de certains éditeurs : songez ainsi que Plon, alors que nous allons commémorer les soixante ans de la mort de Georges Bernanos, n’est pas même capable de rééditer dignement les livres du Grand d’Espagne. Il est peut-être même à craindre qu’Olivier Orban ne sache rien d’un des écrivains qui a fait la réputation de sa propre maison.

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Vous placez au centre de votre œuvre critique la question du mal, celle qui constitue le centre de gravité de toute l’œuvre de Bernanos, Hello, ou Dostoïevski pour ne citer qu’eux. Ce mal, c’est celui qui ronge le langage, qui se répand dans une société qui sombre dans le nihilisme et la fausse parole, cancer diabolique pour une littérature déjà éteinte. Où placez-vous la question de l’émotion ? Celle qui tenait à cœur un Céline qui, pour ressusciter l’émotion en littérature, n’a pas hésité à importer dans l’écriture le style parlé ? N’avez-vous pas cette crainte d’être un brin trop réactionnaire et par là de passer à côté d’une autre façon de traiter la littérature ? Ne pourrions-nous pas considérer que l’époque ne peut plus écrire sur le même mode que les siècles précédents ?

 

Pardonnez-moi mais, je ne comprends pas votre question. De quoi parlons-nous à la fin, du mal ou de l’émotion ? L’un et l’autre sont-ils d’ailleurs inconciliables ? N’avez-vous pas été ému, justement, en lisant Dostoïevski, Bernanos et Céline évoquant le mal ? Erreur colossale de lecture : ce n’est pas le mal qui constitue le centre de gravité des œuvres de ces auteurs mais Dieu. Réactionnaire… Je vous ai déjà répondu il me semble et puis, une fois pour toutes, je crois que réactionnaire, on ne l’est jamais trop, surtout face à la certitude de périr noyé dans l’immense océan de merde qui n’en finit pas de grossir.

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Vous avez une immense admiration pour des écrivains comme Georges Bernanos, Léon Bloy, ou Joseph de Maistre entre autres, que la culture et la pensée dominante ne regardent pas spécialement d’un bon œil. Selon vous, qu’est-ce que ces écrivains ont apporté à leur génération, et que peuvent-ils encore transmettre à la nôtre et à la prochaine ?

 

Ces écrivains ont apporté à leur génération ce qu’ils peuvent apporter à la nôtre, ce qu’ils apporteront je l’espère à celles qui viendront : l’intelligence et la liberté. Le courage aussi de se vouloir libre, ce qui est beaucoup plus difficile que le fait de l’être, tout en prétendant, comme nos journaliers, que nous vivons dans un État policier.

 

Vous dédiez votre ouvrage à Maurice G. Dantec. Écrivain réactionnaire, s’inscrivant dans la droite ligne de vos propres thèmes. Au-delà de la petite note provocatrice que nous pourrions naïvement y voir, n’est-ce pas de votre part l’aveu que la littérature dans sa grande déchéance se serait réfugiée dans le sous-genre, dont Maurice G. Dantec, tout comme Philip K. Dick auquel vous rendez hommage par un article, sont les représentants, délaissant désormais la littérature générale devenue, dans son dépérissement, une littérature pour salon ?

 

Dantec est un écrivain, je ne sais pas s’il est un écrivain réactionnaire, puisque nous ne savons pas ce qu’est votre conception de la réaction. Je constate cependant, certes, que vous y faites rentrer beaucoup de personnes, dans cette niche. En somme, tout écrivain digne de ce nom l’est, réactionnaire, puisqu’il s’oppose à son époque ; les mauvais au contraire la suivent, la flattent, la baisent, se couchent sous elle et écartent leurs cuisses, comme l’impudique charogne de Baudelaire. Boutade de ma part ? Sans doute, oui mais je me demande si je ne suis pas en dessous de ce à quoi nous devons nous opposer : l’affadissement universel.

Ce que vous appelez la grande littérature, donc la littérature sans autre épithète de nature, se moque des genres et des sous-genres. Tolkien, si on s’amusait à le ranger dans de petites cases scolaires, ne serait qu’un écrivain d’heroic fantasy, alors qu’il est bien évidemment beaucoup plus que cela. Je ne vois pas trop à quoi, enfin, correspond ce que vous nommez « littérature générale ».

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Vous êtes connu, notamment par votre blog[15], pour travailler sur le cadavre de la littérature. C'est quoi ? Pouvez-vous expliquer aux lecteurs ici ? Est-ce purement provocateur, ou au contraire, parfaitement sérieux, avouant par là qu’il n’est plus possible d’écrire autre chose que des ouvrages critiques, le romanesque étant, d’ores et déjà, voué à l’échec ? N’est-ce pas finalement, une posture très classique d’écrivain qui, à chaque génération, pense que les « carottes sont cuites » ? N’avez-vous pas le sentiment d’être le nostalgique d’un âge d’or qui n’exista jamais, et par ce fait donc, n’être que le « passeur » d’un mythe ?

 

Il me semble, là encore, avoir déjà répondu à vos questions. Comment diable pouvez-vous savoir qu’un âge d’or n’a effectivement pas existé, puisque tous les mythes originels, de ceux des Papous à ceux des anciens Grecs, sans la moindre exception à ma connaissance, y font référence ?

Poursuivons, une fois de plus, avec Nicolás Gómez Dávila qui écrit, superbement : « Le réactionnaire n’est pas un nostalgique rêvant de passés abolis, mais celui qui traque des ombres sacrées sur les collines éternelles. »[16] Je traque les signes moi aussi, et je vous assure que je ne sors jamais de chez moi sans de puissantes jumelles de chasse !

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Enfin, pour répondre à votre toute première interrogation, disons que je dissèque les cadavres pour tenter de comprendre les mécanismes de la vie. C’est d’ailleurs un vieux rêve que tout anatomiste conséquent a dû nourrir, surtout à l’époque où l’Église était légèrement sourcilleuse en matière de dissections… Aujourd’hui au contraire, regardez : les médias nous proposent même des visites guidées dans des morgues remplies de livres morts. Tout récemment, j’ai cru voir qu’Anne Crignon était devenue responsable d’une visite guidée dans le mausolée où le corps de Philippe Sollers est embaumé depuis une bonne cinquantaine d’années au moins, précieusement protégé par les impassibles gardes rouges que son Yannick Haënel et François Meyronnis.

Nos vivants étant presque des morts, je retourne de plus en plus à mes chers morts plus vivants que nous, Bernanos, Conrad, Faulkner, Baudelaire, Gadenne et quelques autres que je n’ai sans doute point besoin de nommer.

 

 

Pensez-vous que cette décomposition de l’immense cadavre occidental doit nous porter à regarder ailleurs, ce qu’une littérature étrangère produit à présent ? 

 

Bien sûr, n’évoqué-je pas, sur mon blog, les romans de DeLillo, Gass, McCarthy, Krasznahorkai, les livres de Sebald, Calasso, Bolaño et beaucoup d’autres ?

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NOTES DE L'ENTRETIEN :

[1] La critique meurt jeune, Le Rocher, 2006.

[2] La littérature à contre nuit, A contrario, 2005, Sulliver, 2007.

[3] pp. 14-23.

[4] « Cependant, l’Écrivain n’est pas un homme veule. Il est inconsolable de vivre dans un monde qui n’est plus, comme avant, enchanté, qui n’est plus le monde de l’enfance mais celui tragiquement plat, des vérités scientifiques, celui du triangle A-B-C, absolument identique à n’importe quel triangle, fût-il celui des Bermudes », p. 13. Ces lignes font bien sûr référence au dialogue de Tarkosvki dans Stalker.

[5] Nicolás Gómez Dávila, Le Réactionnaire authentique (éditions du Rocher, coll. Anatolia, 2004), p. 21

[6] Malaise dans les musées (Flammarion, coll. Café Voltaire, 2007), p. 105.

[7] Carlo Ossola écrit : « Le critique a toujours été ce lanternarius sobre et silencieux qui observe et garantit la cérémonie, en restant aux marges du banquet ; et qui a le devoir, et la responsabilité morale, de reconduire – après le repas du texte – les convives chez eux : l’accessus et le discessus lui appartenaient. Connaisseur de la nuit, complice également (c’est le sens figuré du terme latin), il savait quand le festin se terminait […], et une petite bougie suffisait à montrer le chemin derrière lui. », L’Avenir de nos origines. Le copiste et le prophète (Jérôme Millon, coll. Nomina, 2003), p. 19

[8] Page 106.

[9] La Critique meurt jeune, pp. 128-129.

[10] Pierre Boutang, Les abeilles de Delphes (éditions des Syrtes, 1999), p. 346.

[11] La Critique meurt jeuneidem, p. 130.

[12] Numéro hors série de La presse littéraire (Robert Laffont Presse) paru en 2007. Cet ouvrage, augmenté de nouveaux portraits d’infréquentables, va devenir un livre édité par Léo Scheer l’année prochaine. 

[13] Troisième partie, livre 1er , chapitre II

[14] Julien Benda, La France byzantine ou le triomphe de la littérature pure [1945] (Gallimard, 1981), p. 292.

[15] http://stalker.hautetfort.com/index.html

[16] Op. cit., p. 23.

 

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NOTES DE L'ARTICLE :

[1] La littérature à contre-nuit, Avant-propos, p. 16.

[2] Ibid, p.13.

[3] Avant-propos, p. 13.

[4] Ibid, p.100.

[5] Je vous renvoie à ce propos au roman de Sarah Vajda Amnésie, qui manie l’histoire et la littérature, et qui montre comment, par la littérature, on se sauve de l’inexorable oubli de l’histoire. Cf. Sarah Vajda, le contre-voyage, La Presse Littéraire, n°5, mai 2006.

[6] Ibid, p.57.

[7] http://stalker.hautetfort.com/index.html

[8] Ibid, p.53.

[9] Ibid, p.54.

[10] Ibid, p.57.

[11] Ibid, p.65.

[12] Ibid, p.114. C’est moi qui souligne.

[13] Albin Michel, 2005. Voir Marc Alpozzo, Maurice G. Dantec, Mega-machine(s), La Presse Littéraire, n°1, dec. 2005.

[14] Ibid, p. 92.

[15] Avant-propos.

[16] Ibid, p. 21.

[17] Ibid, p. 22.

[18] Ibid, p. 28.

[19] Ibid, p. 30

[20] Ibid, p. 31.

[21] Au sens nietzschéen du terme.

[22] Ibid, p.96.

[23] Ibid, p. 275.

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