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La fin de l'autorité, note sur Alain Renaut

Faut-il encore présenter Alain Renaut ? Professeur à la Sorbonne et philosophe, auteur de nombreux ouvrages, il y explore les choix de valeurs qui correspondent au projet fondamental de la modernité et des sociétés démocratiques.

fin de l'autorité.jpgDans celui-ci il aborde plusieurs thèmes très actuels, bien évidemment :

  1. Fragilisation de l'école
  2. Montée de l'individualisme
  3. Expérience problématique de la parentalité
  4. Crise de l'autorité
  5. La question de la liberté et de ses limites
  6. La question du et des pouvoirs
  7. La fragilité du discours de l'égalité des chances et de chacun avec chacun

 

Aussi parmi tous ces thèmes, la vraie question est la suivante : nos démocraties actuelles font face à une crise sans précédent : la fin de l’autorité. Là la fin de son pouvoir, la fin de son règne. L’autorité à l’école, au travail, à la maison, dans la rue s’effrite, se dissout dans un chaos assourdissant.

 

D’où quelques problématiques induites que l’auteur parsème avec beaucoup de réalisme :

 

  1. Qu'est-ce qu'une famille et une école démocratique pleinement adossées aux principes de la liberté et de l'égalité ?
  2. Quelles méthodes adoptées pour rétablir l'autorité après mai 68 et la crise de l'autorité et des référents représentant l'autorité ?
  3. Comment sortir du conflit modernité/autorité ?
  4. Comment concilier relation pédagogique et affirmation d'égalité ?
  5. Quelle forme de pouvoir peut encore nous apparaître compatible avec les valeurs de l'univers démocratique dans le rapport aux enfants ?
  6. Existe-t-il encore une forme d'autorité à laquelle nous puissions envisager de nous référer pour concevoir un modèle de domination ou faut-il donner aux relations d'autorité une dimension contractuelle ? (Alain Renaut fait référence au troisième modèle proposer par Max Weber : celui de la domination légale ou juridique.[1]
  7. Du pouvoir traditionnel ou charismatique au pouvoir légal ou contractuel, quels déplacements dans l'exercice même, dans la teneur même de la domination politique doit induire la dynamique de modernisation qui fait apparaître comme seul légitime un pouvoir librement installé par ceux qui en désignent le détenteur ?
  8. Sur le plan de l'école : jusqu'à quel point se peut envisager et pratiquer ici aussi une transposition du modèle contractuel, et une transposition peut-elle conserver au pouvoir du maître une réelle forme d'"autorité" ?

 

Tentant de résoudre ou tout du moins de donner une réponse à ces nombreux problèmes, Alain Renaut émet plusieurs idées. Mais en matière d’éducation, il touche, à mon sens, de manière extrêmement juste : 

 

  1. L'autorité politique, pédagogique, judiciaire etc. n'est accepté par tous que s'il est présenté aux yeux de tous comme légitime.[2]
  2. Il faut opter pour un modèle compatible avec l'univers démocratique : le contrat. Car les contractants sont par définition reconnus comme des égaux, mais peuvent parfaitement s'entendre par ailleurs pour concevoir par cet accord même une relation inégalitaire qui fait émerger par mi eux un "pouvoir".
  3. Déplacement de l'autorité à l'école car la question de l'individualisme et du citoyen-individu place d'emblée l'enfant comme sujet.
  4. La crise de l'autorité en matière d'éducation n'affranchit pas l'enfant mais le soumet à une autorité bien plus effrayante et tyrannique, celle de leur propre groupe, ou de la déperdition qui suit le fait qu'ils soient livrés à eux-mêmes.
  5. Le travail de laïcisation du pouvoir éducatif aura consisté à dépouiller de son caractère jadis sacro-saint l'autorité du monde des adultes et a effacer les distances entre les enfants et ce monde[3]. Cela entraîne également la désacralisation de l'autorité paternelle et de l'autorité du mari dans le couple.
  6. Reprenant l'idée de Lionel Jospin en 2002 de rabaisser l'âge de la majorité à 16 ans, Alain Renaut se pose la question suivante : jusqu'où l'enfant est-il notre égal ?[4]
  7. Alain Renaut arrive à ce constat : l'enfant est le seul individu à demeurer pour les Modernes, un être avec lequel nous avons à entretenir des rapports pas qu'égaux en droits et inégaux en fait, mais d'égalité et d'inégalité en droit[5]. Cette aporie inhérente à l'acte d'éduquer est au centre de la "crise de l'éducation".
  8.  

Les conclusions apportées par Alain Renaut mettront peut-être d’accord les réactionnaires et les progressistes sur les remèdes à apporter au délitement de nos démocraties, mais j’en doute. Les voici :

 

  1. Premier axe de réflexion : parce que l'autorité ayant par nature à évacuer les résistances qu'elle induit, il faudrait peut-être mieux lui préférer un pouvoir qui s'affirme en toute franchise et transparence, pouvant ainsi organiser ses contre-pouvoirs ou s'inscrire dans une organisation institutionnelle où de tels contre-pouvoirs sont prévus et mis en place. Il s'agit donc bien de distinguer "pouvoir" et "autorité".[6] Car l'autorité s'ajoutant au pouvoir en facilite la pratique mais tend à la soustraire à la discussion et à la critique argumentées. Si l pouvoir se combat et se renverse par les armes de la critique, l'autorité s'impose par elle-même ou se perd de sa propre faute.
  2. Moins d'autorité égale plus d'esprit critique. Moins d'adhésion égale plus de distance. De fait, pour Alain Renaut, la déconstruction de l'autorité est essentiellement due à une montée en puissance des libertés individuelles, et une montée en puissance de la liberté de la société elle-même[7].
  3. Second axe de réflexion : S'il y a plus de liberté et de choix, alors il y aura moins de certitudes. S'il y a plus d'esprit critique, alors il y aura plus de difficultés pour les pouvoirs en place à faire prévaloir les objectifs qu'ils entendent atteindre, quand bien même ces objectifs seraient un bien certain pour toute la communauté.

         - 2 axes de réflexions :

 

  1. La fin de l'autorité selon Alain Renaut n'est pas synonyme de la disparition de l'autorité, pas plus que du pouvoir comme tel. Renaut parle plus de la fin des dispositifs du pouvoir comme surpouvoir.
  2. Rétablir l'autorité comme beaucoup le demandent actuellement nous conduirait à une impasse. Donc ni rétablissement de l'autorité ni rétablissement des ornements qui sacralisaient le pouvoir. De fait, il ne faudrait pas analyser la fin de l'autorité comme la fin du pouvoir. Il s'agit donc dans la démocratisation des institutions de repenser et réorganiser, au sein même de celle-ci, l'exercice du pouvoir. En d'autres termes, il serait inutile de pleurer la fin de l'autorité, elle est la conséquence naturelle de la marche tâtonnante mais certaine de la démocratie.


Pour étayer ses thèses, Alain Renaut n’hésite pas à faire référence à Hannah Arendt et son chapitre « La crise de l'éducation » in La crise de la culture. Alain Renaut fait un parallèle avec l'auteur, car selon Hannah Arendt, la crise de l'autorité est le fruit d'une dynamique de l'égalisation entre tout un chacun (p.141). Car les progrès de l'égalité induisent un "nivellement".  Démocratie selon Renaut : "penser l'autre sous le régime du même", p.145.

 

Pour Hannah Arendt la crise n'est en rien liée à l'éducation, elle s'étend à l'ensemble des aménagements que les "droits de l'homme" et de l'égalité ont apporté aux sociétés modernes.

_________________________________________

[1] Avant propos, p.25

[2] Avant propos, p.25

[3] p.146

[4] p.150

[5] p.151

[6] pp.259-260

[7] p.260

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