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Chantal Delsol, la fin de la chrétienté ou l’achèvement d’un destin antimoderne

Il ne fait plus mystère à personne que nous vivons une fin d’époque ou une époque des fins. Fin de la civilisation occidentale, fin de la culture, fin de la politique, fin de siècle, et plus alarmant, fin de la chrétienté. Cette crise de sens que nous traversons alors, selon les mots du philosophe Jean-François Mattéi, prend racine dans la Révolution française. Dans un brillant petit essai intitulé La fin de la Chrétienté, L’inversion normative et le nouvel âge (Cerf, 2021), la philosophe Chantal Delsol revient sur seize siècles de Chrétienté qui s’achèvent aujourd’hui, faisant place à un monde encore inconnu, et non nommé. Cette nouvelle ère, inspirée par une inversion normative et ontologique, est sûrement difficilement acceptée par les défenseurs de l’âge de la Chrétienté, et ce déclin doit être analysé. C’est ce qui est fait dans ce texte très instructif. Cette chronique est parue dans le numéro 37 de Livr'arbitres, en mars 2022. La voici désormais en accès libre dans l'Ouvroir.

chrétienté.jpegLa fin de la chrétienté ou la fin des fins

L’essai de la philosophe Chantal Delsol est une magnifique mise au point, comme un constat et un état des lieux édifiant. Pour certains, cela ressemblera plutôt à un pamphlet pessimiste, pour d’autres à une déploration lucide de la fin d’une civilisation. Loin des polémiques autour du « grand remplacement », auquel Chantal Delsol ne croit pas, c’est surtout une réflexion sur les transformations majeures d’une « civilisation vieille de seize siècles ».

 

Si nous n’assistons pas à la fin du christianisme, nous faisons toutefois face à la fin de son incarnation temporelle, ayant pris racine, nous dit l’auteur dans la Révolution française, et qui « n’a pu s’accomplir, écrit encore la philosophe, qu’en opposition avec le christianisme, qui était depuis l’origine et jusque récemment, [...] l’ennemi de la modernité ».

 

Nul ne sait exactement donc, où prend naissance cette fin de la chrétienté. On peut toutefois la dater à l’apparition de la modernité, alors même qu’elle a tenté de s’adapter aux idées modernes, mais toujours par « accommodements » et avec quelques « senteurs de trahisons », tant « le destin du christianisme l’incline irrémédiablement à haïr la modernité qui récuse ses principes premiers : la vérité, la hiérarchie, l’autorité et la contrainte », nous dit Chantal Delsol.

 

Ce serait donc ce destin antimoderne qui aurait pris fin, soit dans la Révolution française, soit « avec les adeptes de l’IVG », comme l’écrit encore la philosophe.

 

« Car il s’agit bien là d’une civilisation, autrement dit : une certaine manière de vivre ; une vision des limites du bien et du mal. »

Voilà pour le constat.

Mais alors, peut-on désormais parler de la fin de certaines normes, ou dont-on pointer du doigt l’inversion des normes chrétiennes par les normes de la postmodernité, comme jadis, le christianisme avait lui-même subvertie les normes en place à sa propre apparition ?

 

chrétienté.jpeg

"Les valeurs de compassion et d'égalité sont reprises et développées
à satiété par la morale commune"
observe la philosophe Chantal Delsol.
Fred TANNEAU / AFP

 

L’inversion ontologique

Dans ce tragique moment d’effondrement, la subversion des valeurs, en ce qui concerne les « comportements humains » ou les « actes sociaux », vient inverser les grandes notions de Bien et de Mal, au point que « l’ancienne conduite honnie soit à présent louée, (et) que l’ancienne admiration se mue en récusation ».

 

Loin de vouloir pleurer les valeurs anciennes aujourd’hui remises en cause, Chantal Delsol prétend revisiter le destin d’un élan moderne et révolutionnaire, qui visait moins le « bien-être de l’individu sans vision anthropologique » tel que c’est le cas aujourd’hui, afin de repenser le choix moral comme un choix ontologique.

 

Et c’est précisément de cette inversion ontologique dont il est question dans cet essai. Comment doit-on penser aujourd’hui, Dieu, le Bien, la morale, la personne ? « Ce qui fonde une civilisation, nous alerte cependant Chantal Delsol, ce n’est pas la vérité – car toutes y prétendent –, c’est la croyance en une vérité. »

 

Cette crise spirituelle dont nous faisons l’objet depuis quelques décennies, n’est-elle pas littéralement, puisque l'étymologie du mot « crise » en grec, « crisis », signifie, nécessité de discerner et de faire un choix, le moment ultime de faire un état des lieux, en sondant « l’esprit des lieux » ? C’est du moins ce que Chantal Delsol se propose de réaliser dans cet ouvrage éclairant, prudente, puisqu’elle nous prévient qu’il ne s’agit pas de « produire » des sociétés où « l’Évangile gouverne des États », mais plutôt, selon le bon mot de Saint-Exupéry, de « marcher tout doucement vers une fontaine ».

 

Voilà qui est bien, et qui tranche radicalement avec les discours décadentistes de ce début de siècle.

 

chantal.png

Chantal Delsol

 

Chantal Delsol, La Fin de la chrétienté, Le Cerf, 2021.

chantal delsol,antimodernes,jean-françois mattéi,postmodernité,saint-exupéryParu dans le n°37 de Livr'arbitres, Mars 2022

 

 

 

 

 

 

 

En couverture : Les noces de Cana de Paul Véronèse

Commentaires

  • Remarquable

  • Chantal est claire et pointue. Tout fout le camp et elle a bien raison de l expliquée. Je le lirai. Pour mémoire, Oswald Spengler écrit Un déclin de l Occident ( esquise d une morphologie universelle) qui paraît en 1918...
    François Heibourg publie La fin de l occident: l Amérique, l europe et le moyen Orient, qui paraît en 2000, Hervé Kempf, plus optimiste écrit la Fin de l Occident,naissance du monde (2003). Donc cela fait un moment que des intello sentent la fin: la chouette de Minerve ne prend son envol qu au crepuscule

  • En 1950 Mounier publiait déjà Feu la Chrétienté.
    Processus irréversible mais la Parole du Christ ne s'effacera pas !

  • Fin de la culture fin de la civilisation fin de la chrétienté fin de siècle je suis désolé mais je ne partage aucunement votre avis. Encore des phrases alarmantes pour pousser les gens dans les bras du Front National. Comme si voter pour Marine Le Pen devait être le bouclier du christianisme et de la culture occidentale. Et contre quoi et qui exactement monsieur Alpozzo? Ce sont des sous-entendus qui s'entendent parfaitement et des non dits politiques qui se disent en les masquant sous les mots d'Histoire et de Philosophie mais nous ne sommes pas dupes. Alors non monsieur Alpozzo, ce n'est la fin ni de la culture ni de la civilisation occidentale ni du christianisme ni encore moins du siècle (nous sommes en 2022 au cas où vous auriez besoin qu'on vous le rappelle). Arrêtez d'alarmer les gens et de participer à cette peur collective qui stigmatise l'autre et pousse les électeurs vers l'extrême droite. Vous avez monsieur Alpozzo par votre métier d'enseignant un devoir moral !!!

  • @ Amine El Bled : Cher Monsieur, votre commentaire est un tissu d'âneries. D'abord, vous ignorez que c'est la recension d'un ouvrage de la philosophe Chantal Delsol. Ensuite, je reprends cette formule de mon maître jadis,Jean-François Mattéi, qui l'a largement justifiée dans un ouvrage de très bonne manufacture, "La crise du sens". Enfin, où avez-vous lu que j'appelais à voter Marine Le Pen ? Les "sous-entendus" que vous me prêtez ne sont seulement que les vôtres. La fin de la chrétienté est factuel. Vous niez les faits. Bien ! C'est votre droit. Mais en quoi mon métier m'obligerait à un "devoir moral" qui serait celui de préserver vos dénis ? Relisez-vous ! Des confusions et des outrances font largement défaut à votre prose, qui est plutôt celle de l'homme du ressentiment, que celle d'un homme éclairé. Bien cordialement, MA.

  • Comment peut-on réduire, à notre époque, la chrétienté au seul monde occidental ? Les églises pentecôtistes, évangélistes et autres sont bien vivaces. Si l’on parle d’une fin de monde ceci concernerait il alors seulement le christianisme romain, le catholicisme et par rebond les valeurs dites de l’Occident ?
    Quand à l’histoire des fins je reste sur ma faim. Le monde accélère ses mutations, tout se finit, tout recommence ou tout change. Pas sûr que la fin du siècle précédent soit un tournant plus notable qu’un autre. On a même parlé de la fin de l’Histoire avant de découvrir que curieusement celle-ci continuait d’accompagner nos soubresauts et nos espoirs.

  • Par contre c’est la fin de l’Union européenne et c’est la chute annoncée de l’euro pas du Christianisme

  • Marc Alpozzo je sais bien que vous citez un ouvrage de Delsol mais puisque vous vous permettez de parler d'âneries je vous invite à méditer sur les vôtres. Vous parlez de la fin de la culture et de la civilisation occidentale et de la chrétienté ce qui est une aberration qui sert uniquement à propager la peur parmi la population en ces temps de crise politique où l'extrême droite risque de monter au pouvoir. Vous vous en étonnez et ne voyez même pas à quel points ces thèses confortent celle du grand remplacement prônée par l'extrême droite. Vous servez visiblement sans même en avoir conscience les idées de son parti. Et je ne parle même pas de votre fin de siècle qui est une ânerie de plus ajoutée à vos propos. Vous avez utilisé le terme alors que j'ai seulement dit que je ne partageais pas votre avis ce qui montre que le ressentiment est de votre côté, et citer un ouvrage ou un "maître à penser" ne fait pas de vous un homme éclairé, et ce d'autant plus si vous ne réalisez pas la portée du message que vous véhiculez. Alors non, ce n'est la fin ni de la culture ni de la civilisation ni de la chrétienté ni encore moins du siècle. Bien cordialement, AE

  • Amine El Bied, Monsieur vous n'avez pas lu l'article. Cela parle de l'IVG et sous entend d'autres choses telles que la culture du porno, la suppression des sexes, l'abolition de la famille etc
    En tant que chrétien je vois la décadence de notre société et quand on croit a la concupiscence de l'Homme on se dit que si l'état l'encourage ça ne peut aller que de mal en pis. D'ailleurs la ça sera a titre perso et ne parlerai pas au nom de M. Alpozzo que je ne connais pas mais je me retrouve plus dans mes amis d'autres confessions et qui sont pour une orthodoxie relative que dans des "blancs" comme moi qui appellent toute cette perte de sens et de valeurs "progrès". Je ne vois en rien une invitation à voter MLP cachée ou exprimée dans cet article. Juste peut être l'amour d'un temps perdu ou le devoir passait avant le plaisir.
    Bien a vous.

  • C’est plus qu’une perte de sens, c’est l’échec civilisationnel du monde Chrétien, échoué en une modernité mortifère non seulement pour l’Humanité mais pour la planète toute entière.
    Même après avoir isolé le Vatican puis adopter longtemps après la laïcité pour se débarrasser de l’emprise suprémaciste sectaire au niveau des états puis péniblement avec la décolonisation par des sacrifices et des destructions incommensurables des populations et les recèle et thésaurisation sauvage des biens et des moyens sans réelle vision ou modèle globaux humains dans la durée pour un développement homéostatique équitable-durable avec un «pavement infernal» de bonnes intentions depuis 2000 ans, on arrive à l’évidence au pied du mur à la contradiction la plus totale.
    Non pas seulement à une perte de sens mais une impossibilité de plus en plus flagrante, dissimulée par des mercenaires penseurs de salons tentant d’entretenir le confort d’une doxa éculée ethnocentrée iconoclaste i.e.républicaine démocratique d’«obédience judéo-chrétienne«laïque»(!)».
    Le monde bouge.
    La Chrétienté peut se réformer. Le Pape Francis y œuvre avec une rare dignité.
    Mais on l’aura compris en matière de spiritualité et de vertu, il suffit rarement d’une seule et unique vie.

  • Lors de chaque déclin de civilisation, une autre prend sa place.
    J’ose espérer que la chrétienté n’en est pas là.
    Ce n’est ni Monsieur Musk, ni Twitter ni Facebook & Co qui sont à la hauteur de remplacer des valeurs bâties sur du solide tangible et non du vent virtuel.

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