Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Pour une philosophie du plaisir ? Note sur Epicure

Pourquoi faut-il relire Epicure aujourd’hui ? Certes, sa philosophie est l’une des plus célèbres. Qui n’a pas comme références, lorsqu’on évoque l’épicurisme, les « pourceaux d’Epicure », une tête systématiquement tourné vers le sol, le groin fouillant inextricablement la terre, un animal voué biologiquement à la débauche. Par analogie,  l’« épicurien » est pour le plus grand nombre, celui qui « ne songe qu’au plaisir », un hédoniste, jouisseur vide, désespérément vide.

 

L’épicurisme, caricaturé à outrance par un grand nombre de courants philosophiques relayés aussitôt par la pensée populaire, parait contraire à la moindre attitude philosophique. Car cette forme singulière de penser la vie, semble à mille lieux de toute qualité métaphysique, et de toute morale.
Alors pourquoi une telle caricature ? Sûrement parce qu’il n’est pas politiquement correct de traiter du plaisir, même de nos jours, et pour cause, « tout plaisir vient du ventre » comme aimait le dire un disciple d’Epicure. Qui plus est, selon une lointaine tradition, le ventre est une des parties du corps les plus ignobles. Depuis Platon, la clarté philosophique a toujours été dans l’esprit, et les ténèbres des viscères demeurèrent pour beaucoup, à l’instar du corps, une honte, un tombeau, une prison. Plotin lui-même, disait Porphyre, « avait honte d’avoir un corps ».

Né vers 341 avant Jésus-Christ, Epicure fonda en 306 à Athènes sa propre école au fronton de laquelle était inscrit : « Hôte, ici tu seras heureux : le souverain bien y est le plaisir ». Une mention de bienvenue qui ne lui fit certes pas très bonne publicité, même si cette école ne se vit jamais reprochée d’être un lieu de débauche. Bien au contraire, elle fut le lieu de la « volupté épicurienne » c’est-à-dire une école de plaisir par la tempérance et l’ascétisme. Ce qui n’est pas étonnant, car toute la doctrine épicurienne repose sur une idée phare : il faut se libérer des contraintes pénibles, en montrant que vigueur et détente sont compatibles avec la notion de plaisir. Il existe une vraie noblesse du plaisir avec l’épicurisme, dont la pensée est tout même très loin des « pourceaux d’Epicure » à laquelle, beaucoup trop de commentateurs l’ont systématiquement ramenée. Contrairement à l’animal qui, guidé par ses instincts, est asservi par la nature, l’homme peut user de sa réflexion, sa raison guide ses actes. Mais prenons garde de ne pas vouer un véritable culte à cette intelligence ; car celle-ci doit être avant tout mise au service du bien vivre.
Voilà pourquoi la philosophie d’Epicure est d’abord programmatique : son projet est de supprimer la douleur, et de nous combler de joie ; et son but n’est rien d’autre que de chercher le bien-être : en d’autres termes, la paix de l’âme. Comment ? Sa très célèbre Lettre à Ménécée nous y répond : en nous proposant un véritable enseignement sur le bonheur ; l’exposition d’une méthode pour une vie heureuse. C’est d’ailleurs l’un des rares textes en philosophie qui propose une méthodologie pour accéder au bonheur, et bien que notre époque nous dise, ou semble nous dire, selon les mots mêmes de  Michel Houellebecq : « N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas », Epicure, lui, prétend nous apprendre tout le contraire. Le bonheur existe bien selon ce penseur grec, et il s’agit pour nous de le poursuivre jusqu’à le posséder définitivement.

D’ailleurs, à la vie douloureuse, saturée d’angoisses et de souffrances, telle que la vie parait être pour une civilisation comme la notre, grande consommatrice de Prozac et autres tranquillisants, il existe un quadruple remède : « Les dieux ne sont pas à craindre, La mort n’est pas à craindre, On peut atteindre le bonheur, On peut supprimer la douleur. »
Premier objectif : nous débarrasser des superstitions en assignant les vrais causes.  Il montre que beaucoup de croyances reposent sur une conception fausse des dieux et de l’univers. Il s'interroge sur la possibilité probable que les dieux puissent décider de notre destin à notre insu, ce qui réduirait le divin à une menaçante angoisse devant laquelle l'individu ne pourrait que s'incliner, apeuré, sûr de n'être pas le maître de sa destinée, prêt à se soumettre sans révolte à tout pouvoir qui s'autorise de la religion.
Pour Epicure, il s’agit au contraire de démystifier les croyances et les superstitions pour nous permettre de nous réapproprier notre liberté. Par exemple, si l’on voit dans le tonnerre un mouvement de particules, on ne pourra plus s'angoisser à l'idée que c'est un dieu vengeur décidant avec caprice de notre destin. Purifier l'univers en séparant le divin du physique, voilà bien la seule manière d’offrir à l’humanité le tableau d'un univers limpide où les dieux ne parlent plus, - ce que d’ailleurs réalisera de nouveau la science galiléenne bien des siècles après. Tout ce qui se passe dans le monde découle d’une nécessité mécanique. Par conséquent, selon Epicure, aussi terrible que pourrait être une catastrophe naturelle, il ne faudrait surtout pas y chercher la moindre agressivité à notre encontre. Les dieux ne se préoccupent pas de nous, ils sont totalement étrangers à ce monde, ils n’y interviennent jamais.
Deuxième objectif, découlant directement du premier : aider les hommes à trouver le bonheur, c’est avant tout leur assurer la paix de l’âme plus connue sous le concept épicurien d’Ataraxie, dont le point central est le refus de s’asservir à quoi que ce soit. Donc pour conquérir le bonheur, il va nous falloir nous faire une idée juste de la nature au sein de laquelle nous vivons, et de ses lois qui la régissent.

Mais échapper à l’asservissement, ça veut également dire pour Epicure, ne pas devenir dépendant d’un plaisir, car ce serait devenir vulnérable au-dehors, exposer son bonheur et sa paix intérieure à une privation. D’où cette volonté de mettre un obstacle à des craintes essentielles qui nous empêchent d’être heureux.
La mort de nos jours est bannie de nos sociétés contemporaines. On enterre nos morts loin des villes. La mort effraie. Dans une société consumériste, individualiste comme la notre, la mort fait fuir les esprits, car beaucoup trop focalisés sur leur propre existence, ils sont incapables de calmer leur angoisse de la mort en pensant la pérennité du groupe au-delà de leur propre disparition, puisque le groupe n’a aucun sens pour des ego hypertrophiés. Du temps d’Epicure, la mort faisait déjà peur. Elle n’est pourtant pas à craindre nous apprend-il. Redouter la mort équivaut à demeurer dans une inquiétude vaine : « la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité », écrit-il. Tant que nous sommes vivants, la mort ne nous concerne pas ; au moment de notre mort, nous ne serons plus là pour y penser, en conséquence elle ne nous concernera pas non plus : la mort n’est rien, elle n’est pas à craindre. CQFD.

De ce fait, pour Epicure, le sage est le plus heureux des hommes, car il ne craint rien : ni la fin du monde, ni la mort, ni les dieux. Cette ataraxie du sage qui s’accompagne de joie et de plaisir, est là encore un très bon enseignement pour nous modernes : car nous apprend Epicure, le plaisir doit être stable, et non en mouvement perpétuel. Aujourd’hui, le plaisir est un mouvement sans fin, fatiguant, éreintant, angoissant, et tout cela est dû à une hypertrophie des désirs, suscitée par les publicités, les sollicitations incessantes à une surconsommation de produits inutiles, sollicitations extérieures et permanentes à chercher des plaisirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires. Qu’est-ce que la norme marchande nous dicte de façon explicite : « jouissez sans entraves ! » Qu’est-ce qu’Epicure pourrait répondre à une telle injonction ? Que le goût des richesses, le goût de la gloire, l’excitation des besoins relèvent de désirs non nécessaires, au sens de non naturels, et qu’il serait vain de les poursuivre, car nous céderions alors la conduite de notre destinée à des forces extérieures aux nôtres. Qui nous accorde la gloire ? Les autres ! Qui nous la ôte ? Les autres encore ? La richesse ne se réduit-elle pas finalement à un simple accident ? Puis-je être assuré d’être riche durant toute ma vie ? Bien sûr que non ! Voilà pourquoi le sage d’Epicure se doit de ne jamais poursuivre ce type de désirs s’il souhaite conserver sa paix et son bonheur. Le désir n’est pas stable. Il est métabolique. Ouvrant un champ indéfini à l’imagination et au rêve, lorsque le désir vise à satisfaire un illusoire besoin de possession, il obéit à une logique d’appropriation et de consommation qui n’est plus celle du désir authentique, c’est-à-dire le désir naturel selon Epicure. Le désir consumériste aujourd’hui, ressemble plus à un désir d’appropriation des objets, voire de leur destruction, et dans un autre cas, tend à n’être que désir du désir de l’autre, comme s’il s’agissait de s’approprier ce dernier, en détenant des objets qu’il désir sans jamais pouvoir les obtenir. Inutile donc de souligner combien dans cette culture, la haine de soi ressort de façon quasi-transparente, haine suscitée par une norme intraitable nous obligeant en permanence à nous livrer à un perpétuel examen douloureux de nos imperfections, du vide de nos vies, jamais assez remplies, toujours vaines, saturées par le manque que le désir suscite en nous, obligeant notre regard à constamment se tourner vers des choses que nous ne posséderions pas encore, voire que nous ne pourrions jamais posséder.

« Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement », selon Epicure. Il ne s’agit donc ni de poursuivre tous nos désirs, au risque de perdre notre liberté en s’asservissant au hasard des caprices de ces derniers, ni de craindre la souffrance. Il s’agit de ne pas la craindre aveuglement. Il s’agit pour nous dès à présent d’apprendre à maîtriser nos désirs et nos plaisirs, en restant maîtres de nos choix, en optant pour les plaisirs les plus simples, car plus compliqués sont-ils, plus ils nous apportent maux et souffrances. L’épicurisme contrairement à l’idée qu’on s’en fait, nous recommande une vie acétique sans privation, ascèse à la fois intelligente, subtile et quelque peu civilisée, dont le seul but pour nous, est la pleine sérénité. Il s’agit donc de relire Epicure d’urgence, et de recourir, comme de militer pour une philosophie du plaisir « vrai ».


(Chronique parue dans Les carnets de la philosophie, n°1, sept-oct-nov. 2007.)

Bibliographie indicative :
Epicure, Lettres, maximes et sentences, Livre de poche
Geneviève Rodis-Lewis, Epicure et son école, Folio Essai
Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ? Folio Essai

 

Commentaires

  • Eh bien, Marc, vous m'avez donné envie de m'y plonger. Les lettres et maximes, du reste, sont assez courtes, si bien que je pourrai poursuivre sans entrave ma lecture au long cours de Kierkegaard.

  • Oui, bravo pour cette note sur Epicure, on devrait le prescrire au lieu de médicaments.
    L'ataraxie est un palier à conquérir pour une constance du bien-être, du "bonheur" : où toute heure comme toute humeur sont bonnes ou du moins acceptées.
    Mais j'ajouterai que pour accéder à la joie, au sublime, à l'ivresse, il faut la dépasser !

  • Philosophie très proche du bouddhisme ...

  • Je ne sais pas si l'art a "perdu la notion essentielle de plaisir", en tout cas il me paraît tout à fait "désincarné"... la chair et le désir sont omniprésents chez les artistes contemporains, et pourtant ! quelle tristesse... Je pense qu'essentiellement, l'art n'est ni plaisir ni jouissance, mais plutôt une "exaltation" diabolique ! Comment en effet concevoir toute action sans le vertige du néant, sans le taedium vitae qui fait chanceler chaque jour notre foi ? Cela aussi, la pensée grecque l'avait bien compris.
    Bien à vous,

  • Tiens!
    J'aimerais bien savoir comment elle a tourné Caela ?
    (Après avoir en neuf parties thésaurisé sa vindicte par le truchement du concept!)
    Peut être l'un d'entre vous est au courant...

  • Peut-être pourrriez-vous d'abord vous présenter, Juste en passant ?

  • Et bien moi je n'aime pas du tout les épicuriens. Je les trouve inhumains, hypocrites et menteurs.
    Inhumains parce que la peur de la mort reste la condition de la vie. Et que si la philosophie, la science ou je ne sais quelle sagesse orientale avait réussi à nous débarrasser de cette peur, cela se saurait. La mort reste encore une terreur pour n'importe lequel d'entre nous (sinon pour nous, du moins pour nos proches), qu'il soit papou ou bobo, de notre siècle, comme de celui d'Epicure. Par ailleurs, l'on peut se demander si ce serait d'une grande sagesse que de ne plus avoir peur de la mort, ou même de ne plus avoir peur du tout de rien. Le désespoir et l'angoisse ne sont-ils pas l'honneur de l'homme et de la femme ? Contre l'inhumanité épicurienne, je choisis l'humanité chrétienne ou, ce qui n'a rien à voir, l'orgueil stoïcien. Chez Marc-Aurèle et les autres, aussi l'on n'a pas peur de la mort mais de manière différente que chez les épicuriens. Chez eux (les stoïciens), on est conscient de la surhumanité que cela représente, et on se complaît, c'est vrai, dans la conscience de cette grande force. Mais cet orgueil extrême prouve en même temps que la résistance à la peur de la mort n'est pas une simple opération de l'esprit comme veulent le faire croire les épicuriens. Chez ces derniers, tout est fallacieusement trop simple. Ils font fi de l'angoisse comme s'il était facile de se désangoisser, comme s'ils ne prenaient pas du tout en compte la réalité humaine.... ces inhumains.
    Hypocrites parce que ce qu'ils appellent "plaisir" n'est rien d'autre que la satisfaction des besoins, et non, contrairement à ce qu'ils disent, des désirs. Or, désir et plaisir sont toujours des excédents par rapport aux besoins - j'entends des choses qu'il n'est pas utile de vivre... pour vivre. Le plaisir, en effet, n'est pas un assouvissement des sens mais une délectation. Le plaisir, ce n'est pas boire de l'eau quand on a soif mais du champagne quand on n'a plus soif. Le plaisir n'a rien à voir avec la faim mais tout à voir avec l'appétit. Le plaisir n'est pas de faire l'amour pour faire un chrétien, mais pour jouir foutre dieu ! Le plaisir, ce n'est pas lire le botin pour trouver l'adresse de l'hôpital où l'on doit se rendre d'urgence, mais Hamlet dans son canapé. Le plaisir a donc plus à faire avec la (petite) mort qu'avec les petits besoins de la vie. Le plaisir n'a rien à voir avec la vie. Le plaisir est un luxe, non une condition vitale. La preuve, quand on vous met en prison, on vous prive de vos plaisirs (ou de vos désirs) mais non de vos besoins. On vous met au cachot avec un morceau de pain et une carafe d'eau par jour, plus une bassine pour faire caca, et vous pouvez vivre là-dedans soixante dix ans. Sans liberté, sans faire l'amour, sans manger de succulents mets ou boire de délicieux vins. Sans écouter Mozart ni lire Shakespeare. Et pourtant, selon le credo épicurien, du moment que vous pouvez satisfaire vos besoins (en gros ne pas mourir et ne pas souffrir), vous êtes dans le plaisir, tout enchaîné dans votre merde.
    Menteurs enfin, car leur idée qu'il ne faut pas se soucier de la douleur, dans la mesure où "si elle est forte, elle est brève et si elle est longue, elle est faible" me semble être la pire des idées fausses. A la l'extrême limite, et malgré ce que je disais dans les paragraphes précédents, peut-on s'arranger avec la mort et même avec l'absence de plaisir, mais, comme disait Cioran, on ne dialogue pas avec une rage de dents. Une fois de plus, les stoïciens ont vis-à-vis de la douleur une attitude plus héroïque et plus humaine. Ils ne la sentent, ou ne veulent pas la sentir, mais toujours au nom de cette surhumanité dont ils sont conscients alors que les épicuriens font comme si la douleur était un détail. Comme si elle ne faisait pas vraiment mal. Et l'on vient à se demander s'ils n'ont jamais assisté à une crucifixion, un écorchement ou un écartèlement qui peuvent durer des heures, des jours et dont on se rendra bien compte que ce n'est pas en disant au patient qu' "une douleur brève etc....". qu'on le soulagera. Ainsi donc, cette "philosophie du plaisir" reste comme l'un des plus grands mensonges sur la marchandise que la philosophie n'est jamais faite et que si l'idée d'ataraxie est une merveilleuse idée, elle n'a rien à voir avec la méthode épicurienne censée nous y mener. On ira même jusqu'à dire qu'il y a chez l'épicurien quelque chose de profondément détestable car en nous invitant dans son jardin, nous promettant les délices du ventre et l'insouciance morale, il nous offre un crouton de pomme en guise de délice du ventre et un sophisme anti-douleur qui ne calmera ni notre colique néphrétique ni notre crise de méningite aiguë. Il ne reconnaît rien à nos maux, n'a que de mauvais palliatifs pour nous soigner, et nous laisse dans notre misère encore plus seul qu'avant. Le stoïcien pourrait nous dire "résiste et sois plus fort que tout le monde", le chrétien "je t'aime et je suis avec toi", l'épicurien, tel le maître tailleur de monsieur Jourdain qui lui dit qu'il a mal au pieds, nous répond "vous vous imaginez avoir mal." Et moi, quelqu'un qui me dit que j'imagine avoir mal est au mieux un imposteur, au pire un ennemi.

  • Cher Montalte, il est clair que la peur et la mort n'ont pas été débarrasées de nos vies, encore moins de notre époque postmoderne dans laquelle, elles n'ont plus droit de citer. Il faut prendre Epicure, dont les enseignements sont très théoriques, je le reconnais, comme un enseignement de sagesse : sagesse du corps et sagesse de l'âme. Première méthode en philosophie pour atteindre le bonheur. On connait un autre vaste projet qui va dans le même sens : celui de Spinoza qui, avec son Ethique, comptait nous offrir non moins que la béatitude.
    Montalte, avec ce long et brillant commentaire, tu reposes le problème fondamental de la philosophie, et son efficacité à nous guérir des grandes pathologies existencielles. Spinoza était-il heureux ? Nietzsche était-il un surhomme ou un pauvre type ? Epicure nous a-t-il ôté à tout jamais la peur de la mort ?
    On trouve dans cette philosophie épicurienne un rappel un l'ordre. Ce rappel à l'ordre, qu'il ne faudrait pas prendre au mot, vient à point nommer s'opposer à une vision purement hédoniste de la vie : hédonisme proche de la jouissance vaporeuse et destructrice : "Jouissez sans entraves !" Voilà en quoi, je trouve cette philosophie intéressante à lire ou re-lire. Il nous est parlé ici de sagesse, d'ascétisme, de retour à une adéquation avec des principes. Rien à voir avec cette fausse liberté dont on nous pame à longueur de temps, où cette hystérie collective à se noyer dans l'entertainment et la consommation.
    Par ailleurs, il est intéressant de noter combien Epicure avec ses théories sur la crainte des dieux qui ne se préoccupent pas de nous a, en élaborant une physique matérialiste, emprunté le chemin de la physique moderne qui, depuis Galilée, s'est chargée de la mort de Dieu, et du désenchantement du monde. Désenchantement opéré par la science, que la consommation et l'ère du dvertissement se sont occupés à recomposer. Depuis l'effondrement du symbole de Dieu, et la perte des croyances, de l'effacement du fantasme et du mythe des arrières-mondes, quel sens donner à sa vie ? La jouissance au jour le jour semble être cette magnifique fuite en avant que l'on nous propose.
    Mais tu fais bien de le dénoncer : est-ce que le terme "plaisir" n'est pas ici abusif. Est-ce bien du plaisir dont on parle, ou plutôt d'un bonheur, dont on ne comprend quasiment plus rien, une façon d'être heureux qui est pour nous, à jamais perdu ?

  • Waw, j'adore votre travail, grand merci à vous de partager vos idées, et notez tout d'abord que je partage votre point de vue ! Permettez-moi d'insister, votre article est sincèrement excellent, je viens d'ailleurs de twitter ce billet (en espérant que ça vous aide)... J'attends avec impatience la suite !

  • Ben oui mais bon il ne faut pas oublier les cons, et dés que tout est prévu-listé-cachetonné c'est moins intéressant !!

    Surtout qu'ils (les cons) sont tendance de nos jours...

  • Marc, votre article est très scolaire, très académique, et facile d'accès:c'est là son grand mérite!
    cela dit dès le début de votre article vous évitez ce qui est à mes yeux, après le trétrapharmakos, la pierre angulaire de l'Épicurisme, c'est l'idée que 'le ventre est l'origine du plaisir'. N'auriez-vous du pas insister sur le rapport qui existe entre la nutrition (le biologique) et l'éthique, entre le vital et le moral? Se nourrir n'est-ce pas acquérir tout ce qui est nécessaire au maintien de la vie, à son accroissement, à sa persévérance? Bien entendu, rien ne vous oblige à tenir compte des élucubrations d'un ignorant comme moi...
    Amitiés et bonne continuation,

  • Cher Hansemane, la réponse à votre question est contenue dans la question même. Vous l'avez vous-même dit : cet article avait été écrit pour introduire le plus simplement possible Epicure à un débutant en philosophie. Aborder les rapports nutrition/éthique (ce qu'un Onfray a d'ailleurs fait de manière plus large dans un livre qui s'intéressait au ventre des philosophes) aurait, je pense, perdu le lecteur... mais la remarque est intéressante, et m'ouvre des pistes... Pourquoi pas, mais dans un article moins didactique... Merci pour votre commentaire en tout cas, il y a, en effet, beaucoup à dire sur les questions du vital et du moral chez Epicure...

Les commentaires sont fermés.