Tintin au sommet
Cette recension m'a été commandée par Livr'arbitres pour son numéro 49.
Faire renaître Tintin dans un récit autobiographique, montrer comment le capitaine Haddock vocifère dans un style typiquement célinien, démontrer qu’Hergé est un artiste élégant qui déteste la grossièreté, c’est le pari de Maxime Dalle, écrivain inspiré qui ressuscite un personnage de la bande dessinée de notre enfance, probablement démodé aujourd’hui, mais qui plaît encore aux happy-few, et qu’on appelle, par manque d’élégance, les « boomers ».
Rassurez-vous, Un cœur pur (Herodios, 2025) n’est pas un roman nostalgique, quoi qu’un peu ! Du moins, il est armé pour vous ficher le cafard ! Qui n’a pas lu Les aventures de Tintin dans son enfance ? Je me souviens encore de mon premier volume acheté dans une librairie en bas de chez moi, et des émotions que les couvertures cartonnées inspiraient au jeune enfant de 7 ans qui venait de débarquer en France, et qui découvrait émerveillé tous ces personnages devenus cultes. Le capitaine Haddock particulièrement, qui « n’abandonne jamais l’ami [...] bourre sa pipe et boit du whisky [...] mêle en lui l’ange et le diable [...] porte en lui une pointe de misogynie lucide, ce qui ne l’empêche pas d’aller sauver la Castafiore des geôles de Tapioca » (p. 121).
Maxime Dalle raconte donc par le menu comment il a découvert Tintin dans son enfance, comment cette série est devenue une obsession, puis comment il s’en est détournée dans l’adolescence, pour y revenir une fois adulte, frappé par le syndrome du siècle et que les psychologues appellent bien maladroitement « l’adulescence » (contraction d’adulte et adolescence pour désigner une forme rare de refus de sortir de l’enfance). Avec quelques amis, il décide de créer la revue Raskar Kapac en hommage à la momie Rascar Capac : « je veux donner vie à un collectif de frères d’armes [...] une confrérie de jeunes artistes possédés » (p. 52. C’est alors qu’il redonnera vie à la momie de l’empereur inca qu’on trouve au centre de l'intrigue des Sept Boules de cristal, paru en 1948, momie rapportée en Europe d’un voyage au Pérou, et qui est « Celui-qui-déchaîne-la-foudre ».
Ce sera aussi l’occasion pour Maxime Dalle de refaire le voyage en sens inverse. Direction le Pérou, inspiré certainement par l’ouvrage suivant, formant ainsi un diptyque, et paru en 1949, Le Temple du Soleil, quatorzième album de la série créée par le dessinateur belge Hergé. Ce sera encore l’occasion de chapitres entraînants, sur l’idéal communautaire, Bianca Castafiore, mieux connue sous le nom de la Castafiore, et qui est cet archétype de la diva italienne, courageuse, généreuse, mais aussi émotive et susceptible, et qui a le don d’agacer Haddock, Tchang qu’on découvre dans le vingtième album de la série Tintin au Tibet paru en 1958.
C’est ainsi qu’on suit l’auteur dans son périple et qui est l’occasion d’un « temps extraordinaire » (p. 173), d’une remise en cause profonde, et d’une longue aventure intérieure que Maxime Dalle nous propose en convoquant bien sûr tous les écrivains et les gens de lettres qui l’habitent autant que Tintin et ses amis.
Maxime Dalle, Un cœur pur, sur les traces de Tintin au Népal, Éditions Heliopolis, 2025.